Fezzan-Tripolitaine Novembre 1942 - Janvier 1943

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

FEZZAN-TRIPOLITAINE Novembre 1942 - Janvier 1943

 

La Conquête du FEZZAN

Avant la campagne

 

-        Activités à la fois offensive et défensive.

-        L'organisation ennemie. Différence avec la campagne du Printemps

-        Les allemands en LIBYE

 

L'activité s'était transportée en des lieux hier désolés et sans vie mais auxquels la guerre donnait une soudaine valeur. Elle était devenue une activité souterraine :

Des tranchées, des abris, des emplacements de canons et d'armes automatiques, des puits se creusaient hâtivement suivant des plans soigneusement établis.

Ces positions nouvelles présentaient un certain nombre de caractères que nous allons préciser.

Elles étaient complètement enterrées, leur tracé général avait été établi suivant le terrain de façon à donner des champs de tir rasant pour armes d'infanterie.

Elles étaient vastes, plusieurs kilomètres de développement. Des champs de mines avaient été placés sur certaines faces. L'ensemble était ceinturé de réseaux de fil de fer barbelé. Les garnisons semblent avoir été à peu près uniformes dans chacune de ces organisations défensives : une centaine de nationaux, dix à quinze officiers, 150 askaris. L'armement était en général de quatre 77 m/m, six canons de calibre de 65, 40 et 20 m/m, vingt à trente armes automatiques, quatre à six mortiers de 80 m/m. Un terrain d'aviation avait été établi à proximité même de la position.

A GATROUN, à UMM EL ARANEB, les positions établies en terrain légèrement accidenté, étaient très peu visibles pour un assaillant.

A BRACK, la position, non terminée à notre arrivée, avait été établie au sommet d'une vaste "gare" se terminant en plateau, les organisations avaient été creusées dans le rocher. Le plateau trop vaste pour être organisé défensivement dans son ensemble avait en son sommet, été barré par un réseau de fils de fer très puissant.

La densité des feux à appliquer sur la partie du plateau abandonnée en quelque sorte par la défense, avait été renforcée.

 

La présence des troupes allemandes au FEZZAN établie de façon certaine par notre service de renseignement du Tchad - est d'ailleurs confirmée par des prisonniers italiens faits à UMM EL ARANEB le 4 janvier 1943.

Ces prisonniers déclarent : " oui, ils défilaient partout en criant - Heil Deutschland ! Mais ils sont partis juste avant votre attaque.

LES MOYENS

Unités, Base, PC

 

UNITES

PERSONNEL

VEHICULES

 

Européens

Indigènes

Organiques

A fournir

Deux compagnies de DC

Groupe nomade de Borkou

12e compagnie portée

Cie portée du Cameroun

Section d'Artillerie n°11

Sect. D'artillerie n°28 et 29

Bataillon de marche n°1

Sect. D'Artillerie n°15 bis

Sect. D'Artillerie n°16 bis

Gr sanitaire Colonne

Groupe Aviation Bretagne

Base Zouar + Garnison Tibesti

Groupe nomade de l'Enedi

Groupe nomade du Tibesti

Goum Libyen

PC colonel

Deux pelotons d'AM à 3 AM et 3 sides.

200

28

28

28

15

6

70

7

7

10

42

45

15

15

 

12

27

300

200

200

200

80

35

650

30

30

45

30

465

180

200

40

12

16

95

26

26

26

20

12

 

8

8

21

2

 

 

 

 

 

4

 

 

 

 

 

 

70

 

 

 

14

10

 

 

 

8

 

 

555

2713

248

102

             

 

NOTA : De plus, la Section d'Artillerie n°12 (5Européens, 30 Indigènes) sera mise en route de Moussoro sur Zouar le 12 décembre 1942. Elle ne participera pas aux opérations de Fezzan mais sera engagée pour les opérations de Tripolitaine.

 

COMPAGNIES DE TRANSPORT

 

UNITES

PERSONNEL

VEHICULES

 

Européen

Indigène

Utilisable dans les TO

TR

Cie Auto n°5

Cie Auto n°2

Cie Auto n°4

 

Cie Auto n°3

Section de Transport Nord

20

30

25

 

20

20

185

350

150

 

160

550

75

105

34

+16

80

150

 

15

18

 

 

50

115

1395

460

83

A déduire :

Camion à fournir à la colonne de combat

 

 

 

 

 

 

 

 

102

 

Totaux

115

1395

358

83

             

 

AVIATION

 

3 Glenn Martin Maryland

5 Blenheim (reçus de la RAF en Septembre 1942)

5 Lysanders

1 Lockheed Hudson

1 Lockheed Lodestar

1 Potez 540

1 Beschcraft

1 Cant (prêté par la "Syref")

 

QUELQUES CARACTERISTIQUES DE CES OPERATIONS

 

Incertitude sur la situation au nord du Fezzan, manque d'aviation de chasse. Manque de pratique du sable de certaine unités et problèmes des guides. Caractère uniquement français des ces opérations.

Le 21 novembre 1942, le Général Alexander écrit, de son quartier général au Général Leclerc :

" Dans le but d'assurer que ces opérations (les opérations françaises au Fezzan) soient coordonnées avec nos propres opérations, je m'efforcerai de vous donner au minimum 8 jours d'avertissement de la date à laquelle votre première colonne doit arriver à Uigh el Kébir. Je suis informé que ceci est le temps qu'il faut pour faire mouvement en ce point, à partir de Zouar ".

Toute la mise en place à Zouar devra donc être faite avant toute certitude d'entrer en action. Pour les unités venant de Fort-Lamy, la mise en place demande un délai qui dure 14 jours à 2 mois (voir tableaux techniques), sans compter la remise en état des unités à la base de Zouar et les perceptions diverses.

Le lecteur pourrait être tenté de se dire " qu'importe si les troupes attendent dans la région de Zouar, l'essentiel est de les faire arriver à temps ".

Il n'en est rien : un groupement de 4000 indigènes et de 600 européens représente par jour, environ 7 tonnes ½ d'alimentation à apporter du sud. Les possibilités en eau dans la région de Zouar sont limitées. Le rassemblement d'effectifs importants dans cette région risque de faire perdre toutes possibilités de surprise... survol fréquent d'avions ennemis... danger d'informateurs indigènes venus du Fezzan.

Le lecteur pourrait être tenté de se dire " qu'importe si les troupes attendent dans la région de Zouar, l'essentiel est de les faire arriver à temps ".

Il n'en est rien :

-                     un groupement de 4000 indigènes et de 600 européens représente par jour, environ 7 tonnes ½ d'alimentation à apporter du sud.

-                     Les possibilités en eau dans la région de Zouar sont limitées.

-                     Le rassemblement d'effectifs importants dans cette région risque de faire perdre toutes possibilités de surprise... survol fréquent d'avions ennemis... danger d'informateurs indigènes venus du Fezzan.

Toutes les unités de 2e échelon reçoivent à Fort-Lamy une instruction " sable " sur un territoire spécialement choisi. Mais l'entraînement pendant quelques centaines dans le sable, ne peut remplacer l'expérience acquise par les anciens qui totalisent des milliers de kilomètres au Sahara. La pratique seule peut créer des réflexes indispensables... réflexes de conduite... réflexes de l'oeil pour le choix des points de passage, l'aspect du sol. Le sable " parle " disaient les anciens aux nouveaux venus.

La formation des guides est difficile. Il faut tout d'abord trouver un indigène apte, intelligent, connaissant le désert. Il faut ensuite le former comme guide automobile car le guide chamelier est initialement complètement inapte à faire un guide automobile. Le transport par avion de guides pour le trajet de retour Zouar-Korotoro avait été envisagé pour les opérations de 1943 mais le manque de moyens d'aviation n'a pas permis cette réalisation.

 

-                     LE PROBLEME DU DECLENCHEMENT

-                     LA MISE EN PLACE ET LE STATIONNEMENT

-                     LES DEPOTS D'ESSENCE DE KOURIZO

-                     LE DEBOUCHE COMPOSITION ET FRACTIONNEMENT DES GROUPEMENTS

Dans l'ensemble, la région de Zouar est favorable au camouflage : masses rocheuses tombant à pic sur des terrains recouverts d'une végétation constituée d'arbustes épineux souvent serrés entre eux, blocs rocheux d'importance très variables dans les sables.

A l'heure d'arrêt de la circulation du matin : 9h30, des équipes de " tirailleurs-balayeurs " effacent toutes les traces des passages de véhicules.

En fait, l'ennemi, malgré de nombreux survols de la région, n'identifiera aucun de nos éléments. Un matin, vers 10h30, un Heinkel passe près de ZOURE, à proximité immédiate du groupement 910 (plus de 100 camions) mais ne voit rien.

Mais ce placement de dépôts d'essence forcément importants et forcément lointains de notre base, pour qu'ils aient de l'intérêt, risquaient de nous faire perdre le bénéfice de la surprise, soit que l'ennemi identifie nos convois en déplacement, soit faire la preuve qu'il se rend compte de la création de ces dépôts. De ce risque découlait une conclusion impérative : les dépôts devaient être créés à une date aussi rapprochée que celle de la date du débouché.

Les dotations de première urgence furent placées dans les deux jours qui précèdent le débouché par des convois qui effectuèrent une grande partie des déplacements de nuit.

 

 

LA MARCHE D'APPROCHE ET LES OPERATIONS QUI ABOUTISSENT A LA CAPITULATION D'UMM EL ARANEB (prise d'UIGH EL KEBIR - canonnade de Gatroum - siège et capitulation d'UMM

16 décembre 1942 - 4 janvier 1943

La marche d'approche de nos troupes n'est marquée par aucun incident. Elle échappe complètement à l'ennemi :

-                     Le groupement D atteint la région d'UIGH EL KEBIR le 22 Décembre, le PC du colonel l'atteint le 22 au soir.

-                     Le groupement G atteint la région de SEBHA le 27, puis se rabat vers UMM EL KEBIR le 29 Décembre.

-                     Le groupement M est en position à 7 kms Nord de GATROUM Le 30 Décembre.

-                     Le CNT est à UIGH EL KEBIR le 30 à 8 heures du matin.

-                     L'alerte est maintenant donnée à l'ennemi. En conséquence les troupes en mouvement et tous nos postes reçoivent l'ordre suivant : " fin silence, radio. Consignes, sécurité aérienne restreignant circulation supprimées. Accélérez mouvements ".

-                     A 13 heures 45, heure locale, GATROUN passe à tous les postes du Fezzan un long télégramme en priorité absolue. Le code de chiffrement est d'un type nouveau. C'est sans aucun doute " l'alerte générale " déclenchée par le Chouf de Uigh el Kébir dès son arrivée à Gatroun.

-                     Les journées des 24 et 25 vont être employées à la préparation du prochain bond en avant, remise en état des véhicules,... perceptions diverses... plein d'eau... reconnaissances emplacement terrains d'aviation, bases.

-                     Des " Savoïas " viennent à plusieurs reprises bombarder la région de stationnement des troupes mais ils ne nous infligent aucune perte.

 

GATROUN

Un détachement léger composé d'une patrouille DC et de la patrouille britannique est envoyée vers GATROUN avec mission de sonder. La palmeraie au Nord et au Sud du poste et de vérifier la présence ou l'absence de motorisés.

Ce détachement est pris en chasse vers 13 heures par deux Savoies et cinq chasseurs Fiat. Les voitures attaquées en rase-mottes se dispersent aux quatre coins de l'horizon et rejoignent isolément le gros vers 16 heures.

Dans la soirée, un de nos postes radio intercepte une communication en clair de UMM EL ARANEB à GATROUN : un officier d'UMM EL ARANEB dit à GATROUN, qu'il sait évidemment menacé : " je te plains tu es dans la gueule du loup... la boca del lupe. "

 

MARCHE SUR UMM EL ARANEB

Etablissement d'une position de siège.

26 Décembre - 1er Janvier

 

La marche en avant du groupement est reprise à partir du 26 à 10 heures du soir. La lune, bientôt se lève et favorise cette marche. Les voitures progressent lentement suivant exactement les traces des précédentes. Quelques ensablements.

Tout à coup, il est environ 6 heures 30 : apparition d'un Heinkel à très basse altitude. Les " croix de fer " sont très visibles, et, pour quelques uns, c'est une satisfaction de voir ces croix de fer. Il y a du  " Boche ".

 

LE CAMOUFLAGE

 

Dans l'après-midi, bombardement et mitraillage par deux bombardiers  et quatre chasseurs de la position occupée le matin (gare Magedoul) et de la palmeraie Magedoul. Il est évident que l'ennemi a perdu nos traces. Nos troupes acquièrent la certitude que, bien camouflées, elles sont à peu près invisibles dans les palmeraies.

A partir de ce jour, nos camions vont se garnir, même pour les déplacements des longues palmes donnant ainsi à nos colonnes, dans cette campagne, un aspect bien caractéristique qui fait songer à des cortèges de carnaval.

Au cours des déplacements des jours suivants, nos troupes prendront aussi l'habitude de rendre très visibles les emplacements abandonnés... terre remuée...boîte de conserve...et ce n'est pas sans satisfaction qu'elles verront souvent au loin les Savoies et les CR 42 s'acharner sur leurs emplacements de la veille ou du matin.

 

LE BLESSE ITALIEN

 

Le blessé succombera à ses blessures. C'est un soldat de 20 ans arrivé depuis peu en Afrique. Sur lui, il possède un fascicule illustré qui montre la formation fasciste...bambino de 7 ans orgueilleusement campé à la Mussolini...adolescent au regard autoritaire moulé dans un bel uniforme...soldat enfin, l'image le suit, changeant à chaque âge. La dernière page est blanche, on songe qu'il y manque la scène d'aujourd'hui : une fausse creusée au pied d'un palmier touffu. Le bambino ne l'avait pas entrevue.

 

UMM-EL-ARANEB

 

Dès le 4 janvier au matin notre pression s'effectue, non seulement de la position occupée le 1er janvier par le GNB, mais aussi de l'ouest et du nord ouest :

-          A 10 heures du matin, notre infanterie (1 section d'infanterie, 1 mitrailleuse, 1 mortier) a progressé jusqu'à 800 mètres à l'Ouest de la position ennemie.

-          Au début de l'après-midi, le capitaine d'Abzac et le sous-lieutenant LE CALVEZ sont arrivés à 200 mètres au nord ouest du réseau qui entoure la position.

-          Le tir de l'artillerie s'intensifie d'heure en heure. Nos mortiers rapprochés ouvrent un feu plus précis sur les abris légers du personnel qui semble très nombreux dans la partie palmeraie de la position. Nos armes automatiques tirent, l'ennemi répond faiblement.

-          Vers 15 heures, des désertions individuelles d'askaris commencent sur les faces nord et nord ouest. Les italiens nationaux ne réagissent pas. Un sous officier indigène gagne nos lignes... " ils veulent bien se rendre mais pas aux tirailleurs ". ce sous officier est renvoyé dans les lignes italiennes. Il lui est signifié qu'un officier italien doit venir se présenter en avant des lignes avec un drapeau blanc. La sécurité lui est garantie.

-          Un quart d'heure à peine s'écoule...un officier italien sort de la position, c'est le commandant.

-          Il est précédé d'un askari portant un grand pavillon blanc, encadré de deux soldats italiens nationaux, suivi de deux chiens, un sloughi, un basset mal racé.

 

L'ERREUR

 

A la question posée : " vous venez vous rendre " l'officier italien répond " non, je n'ai pas demandé à me rendre ".

-          " Que signifie alors ce drapeau blanc ? "

-          " je ne sais pas ".

L'officier italien demande à se retirer un instant, ce qui  lui est accordé. Il se présente de nouveau, peu après, et déclare qu'il s'est décidé pour la " resistencia ".

 

LA CAPITULATION

 

Bientôt une longue colonne sort de la position et s'avance vers nos lignes. Nos tirailleurs sont joyeux : " tout cela Daniels " disent-ils. (Le mot italien étant difficilement prononcé par nos indigènes, l'habitude était venue d'appeler les Italiens des " Daniels ").

-          Passage en revue de la garnison au garde à vous

-          Visite de la position maintenant abandonnée...fusils épars, canons brisés...quelques cadavres non enterrés.

 

A BRASH " L'OFFICIER ITALIEN POUR LE MORAL "

 

La 7 il faut prisonnier un capitaine italien qui vient de s'échapper de Mourzouck avec deux voitures. Détail d'ordre ironique cet officier venait d'arriver de Rome avec la mission de faire des conférences de nature à élever le moral des troupes italiennes au Fezzan.

 

CAPITULATION D'UN DETACHEMENT ITALIEN A UN AVION

 

Le lieutenant Mahe découvre les fuyards à 70 Kms. Au nord de Mourzouck, les mitraille et provoque leur reddition sur sommation envoyée d'avion par un billet. Ils sont " pris en charge " (rapport Mahe) une heure plus tard par un détachement d'infanterie portée et A.M parti de Mourzouck au lever du jour et guidé ensuite par le lieutenant Mahe sur le lieu de la capitulation en rase campagne obtenue grâce au sang-froid et à la magnifique audace de cet officier.

 

OCCUPATION DE MOURZOUCK

 

Deux jours plus tard, le 11 janvier 1943, deuxième anniversaire de la mort héroïque du lieutenant-colonel d'Ornano, des honneurs militaires sont rendus à la mémoire du lieutenant-colonel d'Ornano sur sa tombe par la Garnison Française de Mourzouck.

 

LA RAPIDITE

 

Cette action est un modèle de rapidité, dans l'exécution.

En deux jours et demi, le Gouvernement d'Abzac, parti de Brack de Rhadames en traversant la Hameda et Homra, réputée infranchissable par les italiens.

Une action comme celle-là ne nécessite pas de longs détails.

Elle tient en quelques brefs télégrammes lancés dans ces instants d'arrêts radio jugés certainement bien longs par la capitaine d'Abzac au cours de son raid.

-          Le 26 à 10 heures : " occupé Derg "

-          Le 27 à 9 heures : " Rhadames occupé hier soir "

-          Le 27 : " reconnaitrai Fort-Saint ce soir "

-          Le 28 : " pris hier 2 officiers italiens, 100 askaris ". " Actuellement 100 Askaris sont rassemblés à Derg ".

-          Le 29 : " occupé Sinaouen (150 Kms Nord Rhadames) à 11 heures.

Le 28, le général commandant l'est saharien annonçait l'envoi à Rhadames d'un détachement auto de " Flatters " pour prendre liaison avec nos troupes. Cette liaison aura lieu le 29 janvier.

" La croix de Lorraine flotte sur Derg et Rhadames saluée par les détachements algériens ", écrit, le 30 janvier ; la capitaine d'Abzac.

 

CAPITULATION DE SCHIUREF

 

La 10, le détachement Alaurent est en vue de Schiuref qui est bombardé au mortier de 81m/m et capitule à 13 heures. Récupérations et destructions d'usage. Au cours de l'après-midi survol d'un avion ennemi qui, s'apercevant de la chute de Schiuref, bombarde et mitraille les nouveaux occupants.

 

 

MARCHE VERS MIZDA PAR LA HAMADA EL HOMRA

 

Une immense étendue plate et très roulable s'offre alors à la vue. Par radio, le lieutenant-colonel Dio donne l'ordre au reste de son groupement de le rejoindre en suivant le même itinéraire. La marche en avant est reprise en direction du Nord aussitôt que le gros a rejoint. Peu de vie sur la Hamada...quelques gazelles...d'un fourré, trois guépards s'enfuient à l'approche de la voiture du lieutenant-colonel Dio.

Il faut maintenant descendre la falaise. La chute est abrupte. Heureusement un renseignement indigène précise que les italiens ont aménagé récemment un passage de descente. Ce passage est en effet trouvé et sera utilisé (60 Kms sur ouest de Mizda). Il est défendu par de nombreux emplacements de combat que l'ennemi semble avoir abandonné depuis peu.

A la tombée de la nuit, le groupement en entier est au bas de la falaise. De nombreuses traces d'automobiles sont visibles. Ce sont des traces italiennes qui se dirigent vers le Nord. La décision est prise par le lieutenant-colonel Dio de laisser ses troupes au repos jusqu'au lever de la lune.

Un brouillard extrêmement épais couvre tout l'ouadi jusqu'à mi pente des gares et empêche toute visibilité.

Le demi peloton Troadec n'a pu atteindre le bord opposé de l'ennemi qui, la nuit, semblait très proche ; il est fixé par le feu de l'ennemi au fond de l'ouadi, derrière de petites dunes couvertes de végétation. Lorsque le brouillard se lève, il prend sous le tir de ses armes la partie de la position qui se trouve au bas de la falaise et y interdit tout mouvement.

 

ENTREE A TRIPOLI - LA MER

 

Ils ont d'abord traversé rapidement la ville " direction Nord ". Sur le passage de leurs véhicules étranges, véhicules ceinturés de " guerbas " de filets, quelques uns portant à la craie l'inscription " Tchad ", armés de mitrailleuses lourdes, de canons, leurs servants blancs et noirs fixés près d'eux, des cris se lèvent : " les Français, les Français, Francesi, Francesi ".

" Direction Nord " car ce qu'ils désirent, ce qu'ils veulent, c'est voir la mer. La mer qui là-bas frappe du même rythme les côtes de Provence ? Elle leur apparaît soudain au débouché du " château de Tripoli " toute bleue, d'un bleu violent comme elle est à Cannes, Nice et à Marseille.

Ils s'arrêtèrent.

Ainsi s'arrêtèrent en Novembre 1918 nos régiments quand ils virent le Rhin.

La colonne de nos véhicules longe ensuite les boulevards qui bordent la mer et rentre dans la ville où, de nouveau sur le passage s'élevèrent plus nombreux encore les cris : les Français, Francesi, Gaullisti ".

Des britanniques, au passage lançaient " Free French ".

Nos hommes se sentaient mal à l'aise, étouffés dans ces rues bordées de maisons, eux qui n'avaient vu de ville depuis des années, mal à l'aise au milieu de tant de visages nouveaux entrevus en une heure, eux qui depuis si longtemps vivaient dans leur cercle étroit de gens de guerre.

Leur mission : " représenter dans les plus brefs délais les Forces françaises Combattantes du Tchad à Tripoli " était remplie.

 

TRANSPORTS PAR AVION

 

Il est aussi, dans cette dernière campagne, tout un domaine de l'aviation que nous ne pouvons passer sous silence : c'est le domaine des transports aériens.

Le total de ces transports s'est élevé à 42000 Kgs, le détail en est donné par le tableau ci-joint. L'attention doit être attire sur certains chiffres de ce tableau.

Le total de la première colonne " pièces auto " est de beaucoup le plus élevé. Ainsi, apparaît la très grande importance du ravitaillement en pièces auto pour les opérations sahariennes. Ce ravitaillement a été constant, il n'y a pratiquement pas un avion qui ne soit monté vers le Nord sans pièces auto.

 

VERS L'UNION

 

L'intérêt de ces opérations sahariennes n'est pas uniquement d'ordre militaire.

Peu d'évènements eurent au cours des années 1941-1943 une influence plus heureuse pour l'union des Français.

En voici quelques témoignages :

A Mizda où nos troupes se referment pour la campagne toute prochaine de Tunisie, quelques instants après notre entrée à Tripoli, parviennent ces télégrammes :

" Général Giraud à Général Leclerc - Tripoli

" Bravo...félicitations à vos hommes ".

" Ouargla - Général Delay à Général Leclerc "

" Extrêmement touché par nouvelles reçues cadre peloton Lieutenant Carret stop Campagne saharienne et familles vous remercient de votre sollicitude affectueuse ".

(ce télégramme a été adressé à la suite d'une visite faite par le général Leclerc à des officiers et sous-officiers d'une Compagnie saharienne du sud Algérien grièvement blessés dans un engagement avec les Italiens, faits prisonniers et en traitement dans un hôpital de Tripoli où le général Leclerc avait été les voir dès son arrivée).

En Tunisie délivrée, à Tunis, les témoignages verbaux seront multiples.

Un délégué de la Municipalité de Gabes déclare à l'arrivée de nos troupes :

" La population de Gabes accueille avec enthousiasme les premiers soldats du Général de Gaulle, symbole de la Libération. En envoyant à leur chef le témoignage de son indéfectible fidélité dans l'Union de tous les Français, elle souhaite qu'il réalise ce qui a été son programme dès la première heure. "

De la France entièrement occupée, nous ne pouvons avoir de témoignages. Nous les trouverons demain quand nous y rentrerons les armes à la main.

Il nous sera certainement alors affirmé la très grande importance que présentèrent également ces opérations sahariennes du Tchad 1941-1943 pour le maintien de l'esprit de résistance à l'envahisseur.

 

TABLEAU INDIQUANT

 

-          Les distances kilométriques entre Fort Lamy et principaux points de l'avant

-          La consommation en essence par type de véhicule en comptant le trajet aller pour un camion en chargement  et le trajet en retour pour un camion vide.

 

 

Kilométrage

Consommation d'essence

 

Partiel

Total depuis Lamy

Ford et Dodge canadien

Chevrolet

 

 

 

Aller

Aller et retour

Aller

Aller et retour

Fort Lamy

 

 

 

 

 

 

Mossouro

280

 

225

 

200

 

Koro Toro

420

700

375

600

300

500

Tchié

200

900

270

870

240

740

Largeau

120

1020

130

1000

100

840

Zouar

600

1620

650

1650

560

1390

Uigh el Kébir

640

2260

700

2350

670

2060

Sebha

560

2820

500

2850

430

2490

Lamy à Zouar direct

 

1500

 

 

 

1600

 

 

1400

 

 

SCHEMA DE TRANSPORT DE 10 TONNES (ESSENCE AVIATION)

 

De Fort Archambault à la base des Opérations de 1942 (Uigh el Kébir)

-          Pour transporter 10 tonnes de Zouar à Uigh el Kébir il faut : 7 camions chargés à 2T500 qui dépensent (aller et retour) 1100x7 = 7700 litres d'essence auto

-          Pour transporter 10 tonnes d'essence aviation + 7700 litres d'essence de Largeau à Zouar il faut : 11 camions chargés à 2T500 qui dépensent aller et retour 900x11 = 9900 litres d'essence auto

-          Pour transporter de Fort Lamy à Largeau 10 tonnes d'essence d'aviation + 7700 litres d'essence auto + 9900 litres d'essence auto, il faut : 11 camions chargés à 3T500 (maximum qui ne peut être atteint que très difficilement) qui dépensent aller et retour 1000x11 = 11000 litres d'essence auto

-          Pour transporter de Fort Archambault à Fort Lamy 10 tonnes d'essence aviation + 7700 litres d'essence auto + 9900 litres d'essence auto + 11000 litres d'essence auto, il faut : 13 camions qui d dépensent (aller et retour) 500x13 = 6500 litres d'essence auto.

Au total, le transport effectué sans interruption sur 6400 kilomètres, en comptant le retour, dure deux mois et consomme : 35000 litres d'essence auto.

 

Calcule effectué par le chef d'escadron de Guillebon

Chef d'Etat major.

 


La possibilité pour l'ennemi de faire intervenir des renforts constitue aussi une caractéristique importante sur laquelle nous avons attiré l'attention dès le début de cet ouvrage.

C'est donc pour un mois de battement une perte de capacité de transport de 100 camions environ. Un battement supérieur à un mois risque de compromettre l'exécution de l'opération elle-même. Le problème devient encore beaucoup plus grave si le battement a lieu à Uigh el Kébir et non à Zouar.

Le guide s'oriente par repères successifs qui, pour lui, se présentent avec un échelonnement de temps prévu... tel caillou au bout d'une demi journée ou d'une journée de marche. Le parcours très rapide du véhicule automobile lui enlève toute notion de correspondance entre la distance parcourue et le temps écoulé.

On s'apercevra plus tard que ce drapeau blanc, vu de nos positions était le drapeau de l'ambulance (drapeau blanc très grand avec une croix rouge assez modeste au centre).