Rapport d'opérations du 12 mars 1942

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)


Exécution des prescriptions N/S 68/CSO du 12/3.

 

RAPPORT D'OPERATION

 

Journal de marche de l'unité - Résumé -

 

Peloton quittent la région de Wour (dépôt w) pour Uigh el Kébir par Korizo. Le premier peloton comptait 12 voitures Bedford 7 - 1500 kgs, 5 - 3T - le deuxième peloton 10 Bedford : 4 1.500 kgs - 6 - 3T et 3 Spa.

La veille le 3éme peloton, dit patrouille D avait quitté le dépôt W pour Uigh el Kébir par Toummo ; i1 comprenait 10 Bedford : 7-1500 kgs, 2 - 3T et 1 - 750 kgs n'emmenait qu'une 13,2 et un mortier de 81.

Le 27 Février la patrouille D réalisait la surprise à Uigh el Kébir, s'emparait du Chouf de Démazé (2 Askaris) et du Chouf de Uigh el Kébir (8 Askaris). Le 28 Février, elle filait vers le nord en passant au large de Gatroum et arrivait à la nuit sur la Ramla, ayant couvert dans la journée 30Km, pour ne pas être en retard sur les patrouilles de la 2e D.C. qui devaient se trouver le 27 à Témessa.

Le 1er peloton arrivé à Uigh le 27 derrière la patrouille D en partant le 8 à 11 heures pour s'emparer par surprise du poste de Gatroum vers 17 heures - Le premier mars, il se déplaçait de 15 Kms vers l'Est, le 2 et le 3 également.

Le 2e Peloton arrivait à Uigh le 28 à 9 heures et y était maintenu jusqu'au 2 mars.

Cependant, la patrouille D accompagnée d'un T.C d'essence et de 5 voitures FORD passait la Ramla le 1er au matin, défilait vers l'Ouest en vue de la palmeraie, ne coupait aucune trace fraîche et demeurait en observation durant la matinée dans le relief ouest d'Umm el ARANEB, à proximité de le piste de TRAGHEN. Le calme du secteur n'annonçait aucunement la présence des patrouilles de la 2e DC qui devaient se trouver les premières à Umm el Araneb (instructions verbales du colonel) et avaient du normalement alerter tous les postes, le chef de la patrouille D décidait de fêter dans la journée la résistance des postes de la région qui lui avait été impartie Oum el Araneb. L'opération sur Oum el Araneb avait été menée avec trop de vigueur et le décrochage n'était possible qu'au départ des avions ennemis, à la nuit.

Deux européens avaient été tués, 2 indigènes blessés dans les premiers mouvements d'un détachement à pied opérant sous la palmeraie au NO du fort, 20 coups de mortier de RI avait été tirés sur le fort, la mitrailleuse de 13,2 avant de répondre aux avions, avait réduit au silence les défenseurs sous créneaux. Le chef de la patrouille ne jugea pas utile de perdre encore du temps et peut-être du personnel UMM el ARANEB. Pensant- à la nécessité absolue d'une liaison avec les patroui1les de la 2e DC en vue d'un combat avec une " saharienne ", objectif principal, il employa la journée du 2, sans souci des incessants bombardements et mitraillage d'avion, qui blessèrent le Sous- officier Radio (une bombe éclata dans l'arrière du camion radio) à patrouiller RU Nord de la ROFRA d'Umm el Araneb à ZUILA.

Dès l'aube du 2, la patrouille D coupa 15 traces fraiches 10 traces de jumelées, 5 de roues simples qui lui semblèrent aller vers ZUILA. Le bruit des moteurs de la saharienne avait été perçu pendant la nuit par le gradé de quart ; le TC de la patrouille avait été renvoyé vers le Sud quelques heures auparavant.

Le soir du 2, trouva la patrouille, liaison non faite avec la 2e DC, cherchant à redescendre sur Djebel TRAGHEN, mais fort empêchée par un ouadi non porté sur la carte, un large  lit de Féch-féch. Après 3 tentatives successives qui reportaient la patrouille vers GODDMA, le chef décida de rejoindre TRAGHEN par le sud de la Hofra en contournant celle-ci au large d'UMM el ARANEB par l'itinéraire de la veille au soir. L'éclipse de lune fit perdre un temps précieux et la dernière inspiration de la nuit fut de tenter une dernière fois au jour la chance de trouver la 2e DC en retardant le départ vers l'ouest. La Gara isolée, 7 à 8 kms SE d'UMM el ARANEB reconnue le 1er à l'arrivée parut une position d'observation intéressante. Le chef et son navigateur y conduisirent la patrouille le 3 vers 3h30 ; reçus à 50 mètres à coup de mitrailleuse tirés du haut de le Gara, le chef pensa d'abord à une méprise et une patrouille de la ,2e DC le prenait pour l'ennemi il reconnut aussitôt sur la pente sud de la Gara des voitures différentes du CHEVROLET, qui se mirent en marche vers l'Est, tandis qu'un feu d'artifice de projectiles traceurs de 20 et de calibres au-dessus permettait à la patrouille de décrocher vers l'Est en se faufilent par section sous les trajectoires. Le chef de patrouille arrêta à 2 kms de la Gara sa 1er section qui décrochait vers lui. Ure voiture de la 2e section conduite par son Officier avait décroché Est Nord-est et n'avait pas rejoint. Le chef de patrouille retourna en arrière pour retrouver à 500 mètres de là (environ 1500 mètres de la Gara) la voiture de l'Aspirant LEVY intacte mais en panne d'essence (un réservoir vide, pompe désamorcée). Le chauffeur [...] dépanneur de la section, s'apprêtait à remplir le réservoir, un bidon d'essence avait été déchargé, le chef de patrouille, à la question posée par l'Aspirant LEVY.

" Qu'est-ce que je fais ? répondit - " Dépannez et rejoignez Puis il aperçut dans le clair de lune la ligne des voitures ennemies qui approchaient, pensa aux voitures de la 2e section qu'il n'avait pas encore revues, et file à leur recherche.

Il les rejoignait 500 mètres plus loin qui serraient en bon ordre sur la 1ère Section, quand se retournant, il constata l'embrasement de la voiture LEVY; le feu d'artifice italien retrouvait son intensité sur la patrouille, qui dut continuer à décrocher par bonds de 2 kms.

Le chef de patrouille espérait trouver derrière le Ramla le 1er et le 2e peloton qui devaient couvrir son décrochage (Instructions verbales du colonel). Il passa la Ramla sans aucun ensablement cependant que le feu italien se dirigeait vers le Sud avec intensité (rescapé voiture LEVY ?) et au jour s'arrêta aux premières garas MAGHDUL ; aucun élément ami ; les liaisons radio n'avaient jamais fonctionné. Après une attente de 1h30 pour LEVY et VEROT, le chef de patrouille se décida à redescendre pour prévenir la Colonel. Les voitures italiennes furent vues à ce moment sur les traces de la patrouille qui contourna les garas et revint sur le reg sableux, pour rencontrer aux GARET El GUERAT une patrouille du 1er peloton qui la conduisit au Commandement du Groupement 1 à 40 Est de CATROUN. Le soir du même jour, la patrouille D  trouvait à GATROUN le Colonel avec une patrouille du 2e peloton. Le 2e peloton avait détaché le 2 cette patrouille avec le Colonel vers TEDJERE, elle fut attaquée par HEINKE.

Le 4 mars à 16h, les 1er et 2e pelotons avec le Colonel et le Chef de la patrouille D (celle-ci restant à GATROUN) partaient pour les GARET el GEURAT, où le 5,  liaison avec LYSANDER était effectuée, les 2 indigènes de la voiture LEVY retrouvés et où le colonel obtenait des nouvelles des patrouilles de la 2e DC.

Dans la nuit du 5 au 6, la patrouille D rejoignait xxxx et la 1ère DC était enfin au complet pour attaquer la saharienne ; pas pour longtemps ; le colonel apprenant le décrochage du chef des patrouilles A et B renvoyait la patrouille D moins son navigateur et partait le 6 avec 8 voitures, dont 6 du 2e peloton (2 canons de 20) vers UMM el ARANEB, tandis que le 1er peloton et le reste du 2e attendaient aux GARET de MEJEDOUL qu'il les appelle par radio.

Le 6 dans la nuit le Colonel revenait, ayant trouvé la saharienne au poste d'Umm el ARANEB et décrochant en passant par la Gara inoccupée et l'emplacement où la voiture LEVY avait brulé. Dans la nuit du 6 eu 7 commençait le décrochage vers UIGH el KEBIR par les Garet el GUERET (stationnement le 7- 1 bombardier et 4 chasseurs ennemis à l'Ouest - aller et retour sur GATROUN, mission réussie des LYSANDER) le navigateur de la patrouille D était reparti sur GATROUN ordonné le décrochage vers UIGH pour le matin du 7.

Le 8 au matin la 1er DC se retrouvait au complet à UIGH. Le Colonel confiait une liaison d'action retardatrice au profit des méharistes à remplir à UIGH el KEBIR jusqu'à la nuit du 10 au 11. Le détachement de 3 AM était mis à ses ordres. Le Commandant de Compagnie laissait le 8 au soir la patrouille SPA du 2e peloton à le grande Gara DEMAZE, le détachement AM aux petites Garas Sud de celle-ci avec des ordres de détail pour le cas d'attaque par une saharienne ; il se portait avec le reste de le Compagnie à 10 Kms au Sud de façon à avoir devant le gros de ces forces la plaine d'UIGH eu terrain mou.

Le 9 ou matin le Colonel partait pour le Sud. Dans la journée, 2 reconnaissances d'itinéraire étaient effectuées chacune par 2 voitures, l'une par l'Ouest de DEMAZE l'autre par l'est; toutes deux positives. Un avion ennemi survolait UIGH vers midi. A 16h un bombardier et deux chasseurs atteignaient le détachement AM incendiaient la voiture de liaison des AM, tuaient dans son AM le Chef DEBEUGNY, à la même heure le Commandant de Compagnie faisait décrocher vers KOURZO la patrouilla D, le gros du 2e peloton et tout le TC.

Au départ des avions ennemie la patrouille SPA et les AM étalent récupérées et dans le nuit du 9 au 10, le Cdt de Compagnie faisait effectuer décrochage de 13 miles par le
poste de TOUMMO en se rabattant ensuite sur des Garas à bord franc, voisine de la piste de KOURO, dernière position lui permettent de continuer à remplir se mission (la piste de KOURO se sépare au Sud de ces Garas de la piste chamelière pour filer à 1'Est.

Le 10 à 9h30, un avion survole les garas lâche des bombes loin au Sud, mitraille au hasard. Aucune position ne paraissait plus favorable dans le secteur. A 15h un bombardier et 7 chasseurs survolent et repèrent, les chasseurs en 10 minutes de piqués, mettent le feu à 5 Bedford du 1er peloton (3 3T et 3 1500Kg), 1 Bedford 1500 Kg sanitaire, 1 SPA, I FORDSON de ravitaillement des AM, 7 indigènes sont brulés en cherchant à éteindre l'incendie de leur voiture, 1 chasseur est mis hors de combat par une 13,2 du 1er peloton. Les soins aux blessés la répartition des équipages pour les voitures rescapées, les réparations aux voitures à peu près toutes atteintes précédent le décrochage de nit qui s'effectue péniblement dans 1e féch-féch. Un autre camion de ravitaillement des AM qui ne peut-être réparé doit être incendié.

Le gros du 2e peloton avait laissé dans le Féch-Féch son dépanneur et un Bedford qui après un dépannage infructueux, de 6h doit être également détruit.

Toute la Compagnie avait passé KOURZO le 12, l'un des indigènes brulés mourait KOURZO le 13, un autre le 14 à ZOUAR où le 2e peloton et la patrouille D étaient arrivés le 13, le 1er peloton le 14.

 

CONCLUSION

Le manque de liaisons a empêché la 1er DC de réaliser davantage. Elle aligne comme résultats la capture des choufs de UIGH el KEBIR et UIGH es SEGUIR par la patrouille D ; la prise de GATROUN par le 1er peloton, magnifique coup d'audace du lieutenant DUBUT, la manifestation téméraire de la patrouille D qui, ne se sachant pas seule à agiter le secteur le 1er Mars, ne s'est jamais cachée, a infligé au moins des destructions, sans doute des pertes au poste d'UMM el ARABEB, a détruit un important dépôt " volant " d'essence de bombes et de cartouches d'avion, a fixé la position d'une " saharienne ", a éprouvé son propre personnel et l'a aguerri ; enfin la dernière reconnaissance d'UMM el ARANEB par le Colonel et le 2e peloton dont les 2 canons de 20 ont répondu au feu de la " saharienne " devant le fort.