M. Prêcheur

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)


Témoignage : Philippe de Hauteclocque

Comment j'ai connu le Capitaine Philippe de Hauteclocque

 

En l940, je commandais - depuis sa formation le 27 août 1939 la compagnie télégraphique de la 23e Division commandée par le Général JEANNEL. Le 18 mai 1940, notre Division prit le secteur, alors totalement dépourvu de troupes, qui s'étend de Guiscard à Chauny. Ce jour-là, je fixai mon. P.C. à Grandrue (7 km au N-E, de Noyon) où, le lendemain, le Général JEANNEL vint à son tour installer son P.C. avec l'état-major de la Division. Chaque jour, à partir du 18 mai, je venais à cet état-major prendre les ordres du commandant et des transmissions.

Or, le 4 juin, vers 10 heures du matin, je repus l'ordre de Présenter au Capitaine PAOLI, chef du 24me bureau. Chemin faisant je cherchais ce que cet ordre insolite pouvait cacher ou annoncer. Avait-on capturé quelque Allemand et voulait-on me demander de faire fonction d'interprète? Pourtant, il y avait à l'état-major deux adjudants-interprètes parfaitement qualifiés.

Arrivé au P.C. de la division, j'aperçois par une porte ouverte assis entre le capitaine PAOLI à gauche et, à droite, le Capitaine GRAFFIN, sous-chef de l'Etat-major, un civil en bleu de mécanicien portant une barbe de huit jours, Qu'on me présente aussitôt : le Capitaine Philippe de HAUTECLOQUE. En deux mots, on m'explique qu'en franchissant les lignes dans la nuit, Philippe de HAUTECLOCQUE était tombé dans le secteur de notre division, et que le problème immédiat était, pour lui, de trouver une tenue militaire. Graffin n'avait pu lui fournir qu'une vareuse de capitaine...d'artillerie il est vrai, mais peu importe. Où trouver le reste ? C'est alors que GRAFFIN s'est souvenu, ou a trouvé dans les documents de l'état-major, que le commandant de la compagnie télégraphique détenait, dans une de ses camionnettes, des effets d'habillement pour un ou deux hommes. Et me voilà parti jusqu'à cette camionnette avec Philippe de HAUTECLOQUE que j'ai rhabillé avec chemise, cravate, culotte, bandes moletières et bonnet de police, le tout du modèle kaki règlementaire pour hommes de troupe.

Enfin, j'ai raccompagné mon visiteur d'une heure jusqu'à l'état major de la division où il a été invité à déjeuner à la popote du Général puis il est parti...vers sa destinée, emportant mes regrets de ne pouvoir le suivre, car j'avais été immédiatement sensible au rayonnement de chef qui émanait de sa personne.

Bien souvent, ma pensée est allée, depuis, vers lui, surtout quand, à la Libération, j'ai enfin su que le Général LECLERC était le même personnage que ce Philippe de HAUTECLOQUE à qui j'avais rendu un habit militaire.

 

M. PRECHEUR