Caravane novembre 1949

 

LA CONQUETE DU GABON par les FFL (30 août-11 novembre 1940)

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Le 30 août 1940, le Gouverneur Masson, qui avait semblé approuver le ralliement du Tchad (26 août), du Cameroun (27 août), du Moyen-Congo (28 août), et de l'Oubangui-Chari (30 août), avisait le Colonel de Larminat, représentant du Général de Gaulle à Brazzaville, de la reconnaissance de la France Libre par sa colonie.

Jusqu'à cette date, tout s'était passé sans effusion de sang, ni perte de vies humaines. Malheureusement, le revirement de Masson, le surlendemain, allait provoquer une lutte fratricide contre laquelle s'est élevé le Chef des Français Libres.

. En effet, le 1" septembre, une dépêche arrivait à Brazzaville par laquelle le Gouverneur du Gabon annulait sa déclaration du 30 août et annonçait ne reconnaître d'autre autorité que celle du maréchal Pétain, représenté en Afrique Noire par le Haut-commissaire Boisson.

Afin d'enlever à Vichy une tête de pont d'où il 'pouvait gêner l'action des Alliés, une opération militaire fut décidée.

Mais comment expliquer le cas Masson ? Deux télégrammes permettent de le faire.

Le premier, en date du 21 septembre, de Larminat à de Gaulle, dorme quelques éclaircissements : " La raison de cette dissidence est qu'un sous-marin français était arrivé entre temps à Libreville et que son commandant avait exigé du faible gouverneur, sous la menace, de revenir sur sa décision... ".

De Gaulle, dans un télégramme du 6 novembre, adressé à la France Libre, précise en outre : " ...Renforts nombreux en marins de guerre à Libreville et Port-Gentil. Général d'armée Têtu, nommé par Vichy gouverneur général de l'Afrique Equatoriale, envoyé au Gabon avec des officiers sûrs. Mobilisation de tous les Européens et d'un grand nombre d'indigènes. Arrestations en masse des partisans de la France Libre. Propagande acharnée, subventions, menaces, promesses... ".

Ces deux télégrammes donnent également des détails sur les opérations militaires. De Larminat signale : " ...Depuis trois semaines nous avons vu se détacher de Libreville tous les départements de la périphérie du Gabonqui est réduit maintenant à la moitié de son territoire, avec Libreville et Port-Gentil et le cours inférieur de l'Ogooué. Le grignotage se poursuit par des voies pacifiques... ".

De Gaulle renseigne sur les opérations ultérieures, jusqu'au 6 novembre, date de son télégramme : " Deux colonnes, l'une partant du Cameroun (colonne Leclerc), l'autre de Pointe-Noire (colonne Parant), furent mises en marche à travers le Gabon. La première occupa d'abord Oyem, dont la garnison rallia, la seconde Mayumba, puis Sindara. Ces succès amenèrent le ralliement de la plus grande partie du Gabon. Mais Vichy fit établir, le long de l'Ogooué, à Lambaréné et à N'Djolé, une forte ligne de défense, prolongée par la Lara et Mitzig, jusqu'à la Guinée espagnole. Cette ligne de défense couvrait Libreville et Port-Gentil. Vers la fin d'octobre, les Forces Françaises Libres; progressant à travers une région extrêmement difficile et propice aux embuscades diverses, prirent le contact avec la ligne de défense établie par Vichy et, commencèrent une pression vigoureuse.

" Mitzig fut pris le 30 octobre, après résistance, La Lara, le 1" novembre, N'Djulé le 2, et les colonnes du Gabon et du Congo firent leur jonction devant Lambaréné.

" Lambaréné était très fortement tenu. L'adversaire se trouvait retranché dans une île de l'Ogooué très facile à défendre. 11 recevait régulièrement, à partir de Port-Gentil, par le cours de l'Ogooué, des renforts et du ravitaillement. Après avoir encerclé Lambaréné, par une série d'opérations très pénibles, les troupes françaises libres commencèrent le siège. Ce siège s'est terminé le 5 novembre par la prise de la ville. Sauf quelques fuyards échappés dans la brousse, la totalité de la garnison a mis bas les armes.

"     Inutile de dire que la population, là comme partout, s'est ralliée avec enthousiasme dès que les oppresseurs eurent disparu. Il faut ajouter que l'aviation de Vichy n'avait pas cessé de bombarder et de mitrailler nos troupes.

"     Seuls Libreville et Port-Gentil restent aux mains de Vichy.

"     Les Forces Françaises Libres ont encore des difficultés à surmonter au Gabon. Mais leurs succès permettent d'espérer que la question sera entièrement réglée dans un avenir assez proche... ".

En effet le télégramme ci-dessus est du 6 novembre. Le 8, Libreville, après un raid d'aviation, tombait sous les coups conjugués des colonnes Parant et Leclerc. La lutte fut assez vive, particulièrement pour la conquête de l'aérodrome, et il y eut des pertes dans les deux camps, sur terre et sur mer : dans l'estuaire du Como, le " Savorgnan de Brazza ", commandé par le capitaine de frégate Thierry d'Argenlieu, mettait hors de combat le " Bougainville ", tandis que le " Poncelet " se sabordait.

Enfin, le 11 novembre 1940, la garnison de Port-Gentil, chef-lieu du département du Bas-Ogooué, se rendait.

Le général Têtu, ayant perdu le seul territoire resté fidèle à Vichy, capitulait, invité par le gouverneur Masson -- qui devait se suicider, le 16 novembre, à bord du " Savorgnan de Brazza " - et par le colonel Claveau.

Le lieutenant-colonel Parant, qui devait trouver la mort dans un accident d'aviation, le 7 février 1941, fut désigné par de Gaulle pour le représenter au Gabon, lequel venait compléter l'Afrique Equatoriale Française Libre.  

 

Robert SEVOZ.

 


Le " Sidi-Ferruch "

Gouverneur Anet, Colonel Claveau, aviso " Bougainville ", sous-marin " Poncelet ", avions " Glenn-Martin ", officiers rapatriés de Brazzaville.

 

Haut-Ogooué (administrateur Caparrogy, médecin- capitaine Domaison) ; N'Gounic (médecin-commandant Fitousi).

Au nord, après la chute de Mitzig, le département du Volen N'Tem fut occupé par la colonne Dio, qui se dirigea ensuite vers N'Djolé, sur l'Ogooué, le 30 octobre.

A l'est, Caparrogy se rendit maitre de Makou-Kou et de Booué.