Liste du détachement débarqué à Douala entre les 26 et 27 août 1940

Liste Nominative du Détachement venant de Nigéria Britannique et débarqué à DOUALA (Cameroun) dans la nuit du 26 au 27 Août 1940.

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Colonel

Commandant

Capitaine

Lieutenant

Lieutenant

Lieutenant

Lieutenant

Aspirant

Adjudant-chef

Margis-Chef

Sergent

Sergent

Margis

Sergent

Sergent

Caporal-chef

Caporal

Caporal

Caporal

Caporal

Révérend-Père

Soldat

Soldat

Soldat

LECLERC de HAUTECLOCQUE

HETTIER de BOISLAMBERT

TUTENGES

DENISE

FOUGERAT

QUILI CHINI

SON

PENANHOUAT

DROUIHL

BEZAGU

FRATACCI

FRIZZA

de BODART

CIVEL

LACROIX

THEVENET

ARNAL

LAUMONIER

MARTIN

HUGUES

DEHON

LAVIGNE

MERCIER

MOSER

Philippe

Claude

Emile

François

Henri

Robert

Jean

Marcel

 

 

Philippe

Henry

Jacques

Armand

 

Fernand

Henri

Paul

Jacques

Henri

Emile

Noel

Eugène

Ernest

 

 

Mémoire du COLONEL TUTTENGES Premier Compagnon du Colonel LECLERC ayant débarqué à DOUALA dans la nuit du 26 Aout 1940

 

C'est le mois de Juin 1940, je me trouve au DAHOMEY depuis le 29 Juin 1939, je finis mon temps de commandement afin d'accéder au grade de Chef de Bataillon. J'avais été promu Capitaine au grand choix en décembre 1933.

En octobre 1938, j'avais été affecté à DAKAR à l'Etat-major du Commandant Supérieur 2e bureau. Je m'étais fiancé avant de partir de France et j'avais remis mon mariage à fin 1940.

En mai 1939, j'avais demandé au colonel NYE , qui avait succéder au Colonel BONAVIT comme Chef .d'Etat-major , l'autorisation de parfaire mon temps de Commandement et j'avais obtenu satisfaction, J'avais chois le DAHOMEY car je connaissais le Colonel MARGUET commandant de ce Territoire. J'avais servi sous ses ordres au 2e bureau à HANOI, quelques années auparavant, et sa femme était de CHELLES en Seine et Marne ou demeurait le frère de ma tante.

J'avais été affecté au Nord DAHOMEY à KANDI, et m'y trouvais depuis peu de temps quand la guerre éclata. Le Colonel MARGUET m'appela à COTONOU siège du Commandement Militaire comme chef d'Etat-major des Troupes du DAHOMEY-TOGO­NIGER OUEST.

A la drôle de guerre avait succède l'invasion puis l'écrasante défaite. Officiers d'active nous assistions impuissants et inactifs à ces événements qui nous bouleversaient. COTONOU est un port. Alors que pendant des mois et des mois les noirs mobilisés s'entassaient dans les dépôts faute de navires pour les transporter, en ce mois de juin des bateaux souvent étrangers venaient les chercher. C'est ainsi que le 15 Juin 1940 le commandant d'un navire NORVEGIEN nous annonce que la France allait signer un armistice.

Cette nouvelle nous stupéfia.

Officiers célibataires nous prenions nos repas chez un restaurateur.

Nous parlâmes longuement de cette question de l'armistice et nous convînmes que nous continuerions la guerre aux côtés des ANGLAIS car nous pensions que ceux-ci poursuivraient la lutte.

Le 17 Juin 1940 nous étions en train de déjeuner atterrés par toutes les mauvaises nouvelles concernant le déroulement de la lutte en France quand survint AGIER sous-officier de réserve, sortant d'HEC et servant à mon Etat-major , Il nous dit : ça y est le Maréchal PETAIN , en qui nous avions grande confiance , venait d'annoncer qu'il allait signer l'armistice . Nous décidâmes de mettre notre projet le soir même à exécution.

En fin d'après midi nous nous mettions en route en utilisant deux véhicules pour nous rendre à LOME Capitale du TOGO ou AGIER travaillait avant la guerre dans une maison d'import-export.

De là nous comptions franchir facilement la frontière dans la nuit.

Nous partîmes à six dans deux voitures, moi mine j'étais le plus ancien dans le grade le plus élevé, selon la formule bien connue dans l'armée, le Capitaine OLLIVIER de l'artillerie coloniale, les lieutenants QUILICHINI de mon Etat-major, FOUGERAI, POL et le sergent AGIER.

Nous parvînmes à LOME sans difficulté, là AGIER nous mena à son domicile ou nous nous restaurâmes abondamment. Le temps passait et nous étions toujours là.

Nous apprîmes par la suite qu'AGIER avait pris contact avec son ancien patron et que celui-ci n'approuvait nullement notre plan.

Il alerta le Colonel MARGUET à COTONOU et le Gouverneur du TOGO MONTAGNE. Agier essayait de faire trainer les choses en longueur mais l'impatience nous gagna et nous nous mîmes enfin en route.

Ayant appris que la barrière frontière de LOME ville toute proche de la GOLD­COAST avait été fermée sur ordre du Gouverneur nous empruntâmes alors une route qui longeait la frontière et qu'AGIER connaissait. Au bout de quelques kilomètres nous arrivâmes à une barrière frontière qui était également fermée. Le chef douanier était un noir. Certains parlaient d'utiliser les armes en leur possession. Je descendis du véhicule et m'avançai vers lui, et lui demandai, pourquoi la barrière était abaissée. IL me répondit qu'il avait reçu l'ordre d'empêcher de passer, tout véhicule qui voudrait se rendre en GOALD-COAST. Je Lui dis alors : mais nous sommes une mission militaire chargée d'aller prendre la liaison en GOLD-COAST et je lui demandai de lever la barrière ce qu'il fit. Par La suite, je pensai qu'il avait du se faire sérieusement attraper par ses chefs. Nous voulions nous rendre à ACCRA capitale de la GOLD-COAST mais la douane ANGLAISE nous demanda de passer chez le DISTRICT COMMISIONER (Commissaire de District). Celui-ci était en tournée et il fallait l'attendre pendant plusieurs heures. Nous arrivâmes à ACCRA à la nuit tombée. Nous passâmes chez te Consul de France et nous apprîmes alors que le général de GAULLE venait de lancer un appel de LONDRES.

Nous fûmes invités à diner par des officiers anglais en particulier le secrétaire général du Gouvernement   m'apprit que le Gouverneur de La Gold-Coast avait demandé à me recevoir le lendemain matin 19 Juin. Les Anglais m'offrirent de servir dans l'armée Anglaise avec notre grade. Ils manquaient d'Officiers.

Le lendemain matin au moment de me rendre chez le Gouverneur je vis arriver le Colonel MARGUET ! Dès qu'il fut averti que nous étions partis il s'était lancé sur nos traces.

Nous nous rendîmes tous les deux chez le Gouverneur. Alors que je lui disais notre résolution de poursuivre la lutte à leurs côtés mon chef était plus réticent.

Le Colonel MARGUET nous apprit que l'armistice n'était pas signée et que la lutte continuait et nous convainquit de repartir avec lui en nous disant que le moment venu si l'armistice était conclu nous combattrions à côté des Anglais.

Revenu à COTONOU le Colonel MARGUET me garda à l'E/M/V mais envoya QUILICHINI dans une compagnie. Notre contact avec le Gouverneur de Gold-Coast fut connu de LONDRES et aida je suppose le Général de GAULLE dans son action le 19 Juin. Il n'avait à peu prés avec lui que GEOFFROY de COURCEL.

La Gold-Coast envoya peu de temps après une commission en NIGERIA pour tenir les autorités Britanniques de cette colonie au courant de ce qui s'était passé. Je revis à COTONOU le Secrétaire Général de Gold-Coast et lui dis que notre résolution demeurait la même.

Les Britanniques envoyèrent des commissions de liaison dans toutes les colonies françaises de l'AOF et de l'AEF voisines de leur possession. L'une d'entre elles se rendit au CAMEROUN Français.

Les jours passaient, l'armistice était signé et peu à peu les Gouverneurs et Commandants Militaires se rangeaient sous la bannière du Maréchal Pétain.

Nous reçûmes des instructions pour libérer les prisonniers Italiens. Le Colonel MARGUET établit un plan de défense contre tout débarquement britannique à COTONOU. Puis ce fut MERS EL KEBIR. J'avais beaucoup réfléchi depuis le 17 Juin. Je savais que si je partais à nouveau je serais considéré comme un déserteur c'est ainsi que le Gouverneur MONTAGNE nous avait appelé en rendant compte à DAKAR de notre passage en GOLD COAST. D'autre part est-ce que les Anglais allaient poursuivre seuls la lutte ? MERS EL KEBIR me convainquit de leur résolution. Pour en arriver là, il fallait qu'ils soient décidés à se battre contre l'Allemagne. Je décidai aussitôt de repartir mais cette fois du côté de la NIGERIA. Je prévins QUILICHINI, FOUGERAT et AGIER. Les deux premiers me donnèrent leur accord quant à AGIER il me dit que pout l'instant ses affaires l'empêchaient de partir, mais qu'il nous rejoindrait. Sur le champ je crus à un échappatoire, j'eus un jour l'heureuse surprise de la voir arriver au CAMEROUN FRANÇAIS.

Je mis un Anglais, appartenant à une compagnie anglaise de commerce, et que je fréquentais depuis mon arrivée à COTONOU en Octobre 1939 dans la confidence. Je regrette d'avoir oublié son nom. Il mit sa voiture à notre disposition et nous donna le nom d'un commerçant grec de POTO NOVO qui pourrait mettre une embarcation à notre disposition pour nous amener en NIGERIA pat la lagune. Ce plan réussit parfaitement. Réveillé par nous en pleine nuit le commerçant montra en nous voyant en uniforme une grande frayeur. Il pensa sans doute que nous venions L'arrêter.

C'est ainsi que dans la nuit du 7 au 8 Juillet 1940 nous fîmes un voyage enchanteur. Par une nuit magnifique nous naviguâmes en silence dans une végétation luxuriante, traversant des villages lacustres, le  jour pointait quand nous débarquâmes sur un ponton flottant en pleine lagune. C'était un poste de douane Anglaise.

Celui-ci prévint le District Commissionner de BADAGRAV petite localité voisine. Dans la matinée nous partîmes en barque pour cette ville. Nous restâmes là 48h.

LAGOS où se trouvait le Gouvernement général envoya une chaloupe avec trois officiels. Ce voyage sur la lagune dura quelques heures. Nos hôtes nous apprirent quelques jeux de cartes qui permirent de passer agréablement te temps. J'eus par la suite l'impression que par ce moyen ils avaient cherché à déceler notre caractère et notre tempérament.

A LAGOS les autorités anglaises nous séparèrent. Nous étions les hôtes d'hommes charmants mais qui cherchaient à déceler quelles étaient non intentions. Il était beaucoup question de cinquième colonne à cette époque et FOUGERAT qui comprenait un peu l'Anglais avait entendu parler d'elle au cours d'une conversation entre Anglais. Quoiqu'il en soit les autorités du NIGERIA décidèrent de nous éloigner du DAHOMEY en nous envoyant servir au CAMEROUN Britannique. LAGOS n'était pas pour moi une vitre inconnue car peu de temps avant l'armistice le Colonel MARGUET m'avait désigné pour une mission de Liaison, et le Gouvernent m'avait reçu a sa table. J'avais conservé le souvenir d'un repas étrange ou l'on avait servi de la confiture avec je ne sais quel plat de viande.

Un beau jour nous embarquâmes sur un bateau à destination de VICTORIA capitale administrative du Cameroun britannique. Nous fîmes relâche à PORT-HARCOURT où noua rencontrâmes du Français qui étaient de coeur avec nous.

A VICTORIA nota fûmes affectés avec notre grade dans des unités britanniques. Je sus par la suite que nous ne touchions pas la même solde que non camarades britanniques du grade correspondant. QUILICHINI et moi testâmes à VICTORIA qui était dominé pat te Mont Cameroun qui dépasse 4000 Mètres et ressemble à un corps d'éléphant et FOUGERAT fut affecté à une unité de l'intérieur. Les cadres britanniques comprenaient un capitaine d'active et deux lieutenants de réserve. Nous allions à l'exercice tous les jours ? Chaque Officier était muni, d'un parapluie car c'était l'époque des pluies et les averses étaient diluviennes. Je ne connaissais pan un mot d'Anglais et il me fallait cependant commander les mouvements dans cette langue. Les soldats avaient l'air de comprendre. C'étaient des camerounais, mais je pense qu'ils manoeuvraient aux cris. Parmi la troupe se trouvait un vieux sergent originaire du DAHOMEY, je crois qu'il avait rengagé dans l'armée britannique ne me cacha pas qu'il regrettait d'avoir quitté l'armée française.

Une vieille Anglaise, femme d'un officier de marine de réserve qui était responsable du port de VICTORIA me donna des leçons d'anglais. Au bateau je passais mon temps à apprendre cette langue... mes progrès étaient lents. Nous faisions quelque bridges et je me rappelle que cette vieille anglaise n'était pas très contente quand je contrais ses annonces.

Un jour le capitaine décidé que les officiers feraient un cross mais sur route de quelques kilomètres ? Nous partîmes un beau matin sous la pluie. Le Capitaine menait le train et assez rondement. Ayant fait du cross dans ma jeunesse et étant alors assez doué je n'eus aucune peine pour le suivre tandis que QUILICHINI était semé. Les autres lieutenants avaient également tenu te coup.

Le dimanche matin nous nous rendions QUILICHINI et moi à la messe dans une petite localité voisine où se trouvaient une petite mission Hollandaise. Ces prêtres parlaient très bien le Français et étaient très aimables pour nous et ne manquaient pas de nous inviter au petit déjeuner après l'office.

Notre existence poursuivait ainsi son train quand nous fîmes connaissance de jeunes Anglaises dont une était très jolie. Peu de temps après me trouvant un dimanche matin au bureau c'était une décision toute récente de travailler le matin dominical un officier britannique vint nous prévenir qu'on nous attendait à la maison du Gouverneur de la Colonie. Là quelle fut notre surprise de trouver deux officiers français. Nous nous saluâmes en anglais, nous portions l'uniforme britannique et sans doute n'avait on pas fait connaitre aux nouveaux arrivés notre qualité.

 Le Commandant LECLERC nous dit qu'il avait l'intention de tenter une action sur un territoire français afin de le rallier au Général de Gaulle et nous demanda si le cas échéant nous serions prêts à le suivre. Je répondis par l'affirmative mais à la condition que nous n'aurions pas à nous battre contre d'autres Français.

Le soir même rentrant vers minuit, nous avions été invités à diner par un ménage Anglais, je trouvais un mot de LECLERC. Il nous annonçait que le départ pour l'expédition projetée était pour le lendemain matin à 6h.

A notre arrivée à VICTORIA les anglais nous avaient désarmés !! Nos pistolets avaient été déposés dans le magasin d'armes. Avant de nous coucher nous allâmes aux bâtiments de notre compagnie pour récupérer nos armes. Le garde magasin indigène nous ouvrit la porte et ne fit aucune difficulté pour nous remettre nos armes. Le prestige de l'Européen à cette époque là était bien réel.

A l'heure dite le Commandant LECLERC et de BOISLAMBERT nous prirent, QUILICHINI et moi avec eux, dans une auto que de BOISLAMBERT conduisait. En passant dans la localité où se trouvait FOUGERAT nous embarquâmes ce dernier avec nous. Nous arrivâmes dans la matinée dans une petite localité située au bord de la mer TEKO, là nous trouvâmes 21 Camarades français qui avaient quitté le CAMEROUN pour reprendre la lutte. J'avais appris entre temps que le Commandant LECLERC avait décidé brusquement de se rendre à DOUALA pour s'emparer de cette ville et du Cameroun Français. La décision avait été prise si vite car il avait appris que le sous-marin PONCELET avait reçu l'ordre de se rendre à DOUALA ou la situation n'était pas sûre, en raison de nombreux partisans du Général de GAULLE, et où le Gouverneur BRUNOT et te colonel BUREAU Commandant militaire que je connaissais bien ; devaient être remplacés.

J'appris par la suite que le Commandant LECLERC avait cependant reçu l'ordre du Général de LARMINAT chargé du ralliement de BRAZZAVILLE, d'attendre pour faire cette opération l'arrivée d'un bataillon formé en GOLD COAST, de Français en provenant de colonies voisines, COTE D'IVOIRE et GUIGNEE. Dès ce moment là s'affirmait l'esprit de décision de ce Chef incomparable qui n'hésitait pas de se lancer avec 22 Compagnons dans une telle aventure !!!

Dans l'après midi nous embarquâmes dans une chaloupe dans laquelle se trouvait un officier de marine britannique qui était chargé de nous conduire jusqu'à la limite des eaux territoriales. Là nous attendaient trois pirogues avec quelques piroguiers indigènes qui devaient nous débarquer de nuit sur les quais du port de DOUALA. Nous savions que des emplacements de mitrailleuses étaient installés pour défendre le port contre tout coup de main. Il fallait donc arriver en pleine nuit et sans bruit.

Dans la chaloupe je remarquais que LECLERC portait des galons de colonel mais seulement sur une manche. Il avait en effet décidé de se donner ce grade en raison du grade de BUREAU Commandant militaire du CAMEROUN. Je lui fis remarquer qu'il avait perdu un galon. J'appris alors qu'il n'avait pas eu assez de galon pour les deux manches. A ce sujet bien des années captés Mr MASCART Directeur des Douanes de la Région Midi Pyrénées me rappelait qu'après notre débarquement à DOUALA j'étais allé lui demander du galon pour te Colonel LECLERC. Se fait ne m'était pas resté en mémoire.

Nous embarquâmes donc en fin d'après midi dans trois chaloupes. LECLERC et de BOISLAMBERT étaient dans une embarcation et moi et QUILICHINI dans une autre avec quelques camarades. J'en étais te Chef. Pour ne pas arriver avant 1 heure ou 2 heures du matin le Colonel LECLERC nous fit mettre pied à terre sut une île spongieuse garnie de palétuviers. Là nous prîmes debout un léger repas. Puis nous repartîmes mais nous ne tardâmes pas à nous perdre de vue les uns et les autres. La nuit était tombée, puis il se mit à pleuvoir. Notre chaloupe accosta vers 2h00 du matin sur les quais de DOUALA. Ayant prévu que nous pouvions être séparés, notre chef nous avait donné rendez-vous dans une maison amie.

Dès notre débarquement nous aperçûmes un petit groupe de douaniers indigènes, pistolet à ta ceinture. Je m'approchai du Chef et lui demandai de nous ouvrir une porte cadenassée afin de nous permettre de nous rendre en ville. Il faut que je précise qu'avant de quitter VICTORIA et le CAMEROUN Britannique les anciens militaires, car il y avait des civils parmi nous, avaient revêtu la tenue militaire française.

Le brigadier des douanes obtempéra sans hésiter. L'un d'entre nous connaissait la maison amie nous n'eûmes aucune difficulté pour nous y rendre. En essayant de pénétrer dans la maison dont la barrière était fermée je tombai dans un profond fossé rempli d'eau. Quelques ouvrages, au moins deux ; font mention de ce détail que j'avais du reste oublié.

Ayant pénétré dans la maison nous trouvâmes LECLERC et de BOISLAMBERT en grande discussion avec un groupe de trois ou quatre Français en civil qui ne voulaient absolument pas que nous fassions le coup de main cette nuit là. Ils prétendaient que c'était trop tôt, qu'il fallait attendre alors que le temps pressait. Je leur dis que nous arrivions du DAHOMEY et que c'était pour agir. Nous étions quatre maintenant qui n'étaient pas du CAMEROUN. Au bout d'une demi-heure ils se laissèrent convaincre. Ils craignaient cependant qu'une compagnie venant de BANGUI et commandée pat le lieutenant DIO ne fasse obstacle. On décida de faire venir le Lieutenant DIO qui sans hésiter se rangea de notre côté. Pendant ce temps les amis étaient prévenus. Nombreux étaient les officiers qui étaient des nôtres. On apprit que certains qui faisaient opposition avaient été relevés de leur commandement. Le Capitaine PRADIER commandant de la place menaça d'arrêt de rigueur les officiers qui allèrent le prévenir. Quelques jours après il était nommé au grade de Commandant avec GARDET. Justice, justice tu n'es pas de ce monde.

Nous reçûmes une mission et chacun partit à son poste. Pour ma part je devais occuper le bureau de la Place. Quand le jour se leva tous les points sensibles du Gouvernement, PTT, poste radio etc étaient entre nos mains. Nous étions les maitres de La ville. Le drapeau à Croix de Lorraine flottait sur tous les bâtiments publics. Tout s'était passé sans incident notable. Nous avions fait cependant quelques prisonniers. QUILICHINI avait été chargé de les surveiller ; de temps en temps me raconta t-il, il manoeuvrait la culasse de son arme.

Le Colonel LECLERC s'installa à la résidence du Gouverneur à DOUALA, YAOUNDE est ta capitale du CAMEROUN, et se proclama GOUVERNEUR et COMMANDANT MILITAIRE.

Il me désigna comme Chef d'Etat-major. Je me rappelle que ce jour là je ressentis deux grands plaisirs, celui de voir des Françaises et de manger du pain. Nnous étions au 27 août 1940 au matin et il s'était écoulé près de deux mois depuis notre départ de COTONOU. QUILICHINI fut envoyé dans l'après-midi par le train à YAOUNDE la capitale pour mettre au courant le Gouverneur BRUNOT et le Colonel BUREAU des événements de DOUALA et surtout obtenir leur accord. Tout se passa sans mal.

LECLERC m'envoya à MANOKA à l'embouchure du WOURI pour mettre au courant le Capitaine CREPPIN commandant la batterie.

Nous nous mîmes au travail. Je montai mon E.M. Je pris avec moi QUILICHINI, LANGLOIS et BONNET. J'avais à YAOUNDE un couple ami le Capitaine BERNARD qui était intendant du CAMEROUN et sa femme Madeleine. Je Les fis descendre à DOUALA.

BERNARD fût pour moi un collaborateur très précieux. L'administrateur des colonies qui était en poste à DOUALA refusa de marcher avec nous. C'est un nommé de VILLEDEUIL qui le remplaça. Au moment de la passation des pouvoirs il prit soin de me dire d'être présent et consigna que cette passation s'était faite en la présence d'un officier. Ainsi il était en partie couvert. On ne sait jamais.

VILLEDEUIL devint l'adjoint de LECLERC pout les questions civiles et fut remplacé plus tard pat COURNARIE.

De bonnes nouvelles étaient arrivées. Le TCHAD ou Le Gouverneur EBOUE et Le Commandant MARCHAND se trouvaient s'était rallié dès que l'envoyé du Général de GAULLE je crois que c'était PLEVEN était arrivé à la capitale FORT-LAMY de même BRAZZAVILLE et le Congo Français où s'était installé le Général de LARMINAT après l'arrestation du Général Commandant Militaire, Le GABON aussi s'était rallié.

Mais ce ne fut que pout une courte durée.

Je décidai alors que les traités en vigueur l'interdisaient, le CAMEROUN étant sous mandat de la Société des Nations de créer un régiment de Tirailleurs de Cameroun. Je montai un jour à YAOUNDE pour une courte mission.

LECLERC s'absentait de temps en temps pour parcourir le territoire. Une nuit je fus réveillé par des camarades civils ; Magnanimes, nous avions offert à ceux qui ne voulaient pas se ranger à nos côtés de partir avec armes et bagages pour les territoires de t'Afrique Française se trouvant sous les ordres de Vichy. Un bateau transportant des Français venant de BRAZZAVILLE et autre lieu faisant escale à MANOKA à l'embouchure du WOURI et l'on me demandait de ne pas l'autoriser à repartir. Je refusai.

En raison de ses absences fréquentes LECLERC avait fait paraître un Décret dans le J.O officiel du CAMEROUN pat lequel il me déléguait ses fonctions de Gouverneur pendant ses absences. Auparavant au retour de l'un de ses voyages il m'avait dit " côté militaire ce dont je m'occupais tout à bien marché mais il n'en a pas été de même du côté civil.

Survinrent les événements de DAKAR. Un dimanche après-midi nous étions nombreux dans un café quand la radio annonça que le Général de GAULLE, appuyé par la flotte britannique, venait d'investir DAKAR ou de BOISLAMBERT s'était fait parachuter pour préparer te débarquement et ou il fut fait prisonnier. D'un seul mouvement nous nous levâmes et nous chantâmes La MARCHE LORRAINE qui était notre chant de ralliement. Seul un magistrat resta assis. La chose vint aux oreilles de LECLERC qui le convoqua mais tout finit par s'arranger.

Le GABON ai-je dit s'était rallié mais le Gouverneur MASSON et le Colonel CLAVEAU Commandant Militaire dirent allégeance à nouveau à Vichy. Un jour un avion survola DOUALA et lança des tracts signés par l'Evêque de LIBREVILLE. Il fut décidé que deux colonnes L'une partant du CONGO et l'autre du CAMEROUN seraient lancées en direction du GABON. Celle du Commandant DIO avait pour mission de se diriger sur OYEM, MITZI et LAMBARENE. Mais elle ne tarda pas à être harcelée par des tireurs perchés sut de arbres de la forêt Gabonaise. LECLERC fit plusieurs liaisons avec cette colonne et un jour il me dit que DIO piétinait et ne se montrait pas assez décidé. Ici un point d'histoire l'identité de notre chef nous était connue depuis longtemps car il y avait un militaire au Cameroun qui l'avait connu avant La guerre.

Le débarquement projeté à DAKAR avait échoué. Les britanniques tenaient rigueur au Général de GAULLE de cet échec et la rupture entre eux et lui était presque consommée. J'appris par la suite par des camarades ayant participé à l'action que l'un de nos bateaux de guerre léger avait pu accoster à RUFISQUE mais le Général de GAULLE ne donna pas l'ordre de débarquement. Je suis convaincu que le Colonel LECLERC n'aurait pas à sa place hésité une seconde et bien des choses auraient changé. Les Anglais dirigèrent la flotille transportant le Corps Expéditionnaire Français vers VICTORIA au Cameroun Britannique. Elle y demeura quelques jours. DOUALA était le seul port de la France Libre où elle pouvait se rendre. Nous apprîmes donc un jour que le Général de GAULLE et le Corps Expéditionnaire allaient venir à DOUALA. Deux ou trois jours avant leur arrivée, LANGLOIS, de mon E.M., fut envoyé en mission à VICTORIA afin de prendre liaison avec le Général de GAULLE. A son retour il me dit que celui-ci était sans entrain. 1l avait été déçu de ce contact.

Dès que le Général eut pris pied sur un territoire Français tout changea.

J'eus à préparer l'arrivée de ces troupes, ce qui n'était pas une petite affaire. Il fallait songer au logement de tous,  troupe et officier et à leur nourriture. Le Colonel Leclerc me laissait entière liberté de manoeuvre pour toute la partie militaire.

Il était très pris par ses fonctions de Gouverneur et aussi par la conduite de La colonne DIO dont il s'occupait personnellement. Je fus grandement aidé par mon ami l'Intendant Jean BERNARD. Tout marcha bien puisque le Général SPEARS qui, était chargé de cornaquer le Général de GAULLE, s'étonna devant moi de la façon dont l'accueil avait été organisé.

Vers La mi-octobre Le corps expéditionnaire arriva. Le même soir nous étions quatre à diner au Gouvernement Général, le Colonel LECLERC notre hôte, le Général de GAULLE; Pierre TISSIER Chef d'E.M. du Corps Expéditionnaire et moi-même. Je n'oublierai jamais cette soirée pour moi émouvante. Le Général de Gaulle parla peu. Je cédai ma chambre à Pierre TISSIER et logeai dans une plus petite. Nous formâmes avec lui et BOUTON popote dans mon appartement qui était spacieux et Luxueux. Le 25 Septembre 1940 je fus promus au grade de Chef de Bataillon.

Je. vis arriver un beau jour à DOUALA les jeunes anglaises dont nous avion fait connaissance quelques jours avant notre départ de VITTORIA., Nous passâmes des heures agréables.

De tout temps les administrateurs des Colonies nous avaient traités en gens de deuxième zone. Depuis notre débarquement à DOUALA ils se tenaient à carreau.

Mais COURNARIE reprenait peu à peu du poil de la bête et je savais qu'ils tenteraient de reprendre un jour la direction. J'en parlai au Colonel LECLERC.

Quand il apprit l'arrivée du Général de GAULLE il n'était pas rassuré.

Je demandai à voir le Général de GAULLE. Au cours de cette entrevue je lui dis qu'à mon avis les militaires devaient garder La direction des affaires durant toute La durée de La guerre. Il me fit observer que lui même était à notre tête que de LARMINAT était à BRAZZAVILLE et que le colonel LECLERC était gouverneur du CAMEROUN et Commandant Militaire. Je Lui répondis qu'il fallait en affirmer le principe. Les événements allaient me confirmer que ces craintes n'étaient pas Vaines. Je parlerai, à son heure de l'instant ou LECLERC comprit que je voyais juste. La conquête du GABON s'éternisait. Nous avions appris que là-bas c'était la grande purge. Tous ceux qui étaient soupçonnés de sentiments Gaullistes étaient embarqués à bord d'hydravion et expédiés à DAKAR.

Nous avions une plaie à notre flanc et LECLERC comprenait la nécessité de la faire disparaitre. Il ne voyait qu'une solution c'tait un débarquement à LIBREVILLE.

Le Général de GAULLE était toujours à DOUALA quand le Colonel LECLERC
s'ouvrit à lui de cette idée. Il s'y opposa. Il devait penser à l'expédition de
DAKAR. LECLERC revint à la charge et le Générai finit par se ranger à son avis.

Le Général de GAULLE nous réunit un jour pour nous annoncer que la décision avait été prise d'opérer un débarquement à LIBREVILLE.

La préparation de cette expédition demanda beaucoup de soins. Le Colonel en était le chef, KOENIG commandait Les forces de terre, d'ARGENLIEU la marine et de MARMIER l'aviation. J'en étais le chef d'E.M. A propos de d'ARGENLIEU blessé à DAKAR, LECLERC me conseilla un jour d'aller lui laite une visite. J'allai donc le voir et je n'ai rien retenu de notre conversation mais je me rappelle qu'à quelques jours de là d'ARGENLIEU s'excusa à mon égard ? Je me demandai, pourquoi ? Je ne savais pas me dit-il quand vous êtes venu me voir que vous étiez le Chef d'E.M. de LECLERC.

Le 7 Novembre nous quittâmes DOUALA. Je me trouvai, avec LECLERC a bord de l'aviso SAVORGNAN de BRAZZA. Nous n'avions pas de bateaux. Il avait été décidé de débarquer à quelques kilomètres au sud de LIBREVILLE, puis de se porter sur cette ville par des canaux et par voie de terre. Après une traversée sans incident nous mouillâmes non loin de cette île. Un détachement du bataillon BOUILLON devait être envoyé en avant-garde pat voie d'eau pour s'emparer du terrain d'aviation de LIBREVILLE et un autre devait prendre pied sur le continent pour préparer notre venue. A propos du Bataillon BOUILLON, un point d'histoire. Quelqu'un parmi les officiers de cette unité eut l'idée de porter sur l'épaule des galons semblables à ceux de la marine. Je les autorisai officiellement à ce port et de là a été lancée la mode des galons portés sur l'épaule par les gradés de l'armée de terre.

Je me rendis sur le bateau ou se trouvait BOUILLON pour lui donner les dernières instructions et là j'appris qu'un espagnol qui avait été pris à DOUALA comme guide pour naviguer sur les canots paraissait plus que douteux. On jugea prudent de ne pas l'utiliser. Bien nous en pris car nous apprîmes plus tard qu'une embuscade avait été tendue à l'aboutissement du canal qu'il conseillait de pendre. Dans la nuit de notre arrivée alors que nous
couchions à bord je fus réveillé par le Colonel LECLERC qui me montra un télégramme annonçant que notre élément d'avant garde avait été mitraillé dans son embarcation par un avion et qu'il y avait trois ou quatre mots dont un officier. J'avais vu ce dernier sur le bateau de BOUILLON et il paraissait triste alors que tout te monde était plein d'entrain, sans doute un pressentiment.

Je sentais que LECLERC était touché par cet incident. Je lui demandai si le détachement avait pu prendre pieds sur terre il me répondit par l'affirmative. Je lui dis que nous avions gagné la partie.

Toute la journée du lendemain fut employée au débarquement sur l'île de MANOKA de tout le personnel et du matériel ce n'était pas une petite affaire.

Le colonel LECLERC avait décidé que L'E.M débarquerait pendant que le SAVORGNAN de BRAZZA se porterait sur LIBREVILLE.

Pendant le débarquement le désordre sur l'ile était indescriptible et j'admirai KOENIG responsable de l'opération qui conservait tout son calme.

Dans la nuit nous prîmes pied sur le continent c'était la fret gabonaise avec ses arbres magnifiques. Nous couchâmes par terre, sans couverture, heureusement la température était agréable.

Au matin pendant que nous nous organisions pour le départ nous fûmes survolés par un avion. C'est une chance que ceux-ci ne nous aient pas repéré la veille pendant notre débarquement.

Nous partîmes le Colonel LECLERC se plaça parmi les éclaireurs de tête Nous marchâmes ainsi, à la file indienne pendant un certain temps puis aux approches du terrain d'aviation la troupe se déploya. Dès que nos premiers éléments débouchèrent sur le terrain d'aviation ils furent pris à partie par de violents tirs d'armes automatiques, la lutte s'engagea meurtrière de part et D'autre. Nos troupes furent d'un courage incroyable ; n'hésitant pas à prendre d'assaut les nids de mitrailleuses plusieurs officiers de part et d'autre trouvèrent la mort. De notre côté tomba glorieusement le Lt DESPIAN un brillant officier qui devait partir avec moi en NIGERIA. A la mi-octobre le Général de GAULLE m'avait en effet désigné pour aller en NIGERIA où je serai le Chef de Mission de la France Libre dans cette colonie Anglaise. Ma mission était de travailler au ralliement du DAHOMEY tandis que DESPIAN travaillerait en liaison avec le NIGER d'où il provenait.

Plus tard j'appris de la bouche du Colonel CLAVEAU qu'un officier de marine avait été tué à ses côtés alors qu'il défendait t'entrée d'un pont. Cet officier de marine se trouvait là car lorsque l'aviso SAVORGNAN de BRAZZA, sur lequel se trouvait le capitaine de vaisseau d'ARGENLIEU, s'était présenté devant LIBREVILLE, l'aviso BOUGAINVILLE qui croisait devant ce port avait tiré au canon sur le BRAZZA qui répondit et le toucha. Le BOUGAINVILLE coula et dut être évacué.

J'admirai nos aviateurs qui n'hésitaient pas à atterrir alors que le terrain d'aviation était balayé de balles.

La nuit tomba et le combat cessa chacun couchant sur ses positions.

Vers minuit alors que je dormais avec le Colonel LECLERC dans un hangar d'aviation, chacun de notre côté, je fus subitement réveillé. Le Commandant KOENIG se trouvait devant moi. Il me dit que le Colonel CLAVEAU commandant les troupes de vichy était venu lui faire savoir qu'il arrêtait le combat. J'allai prévenir LECLERC. Celui-ci voulait obtenir de CLAVEAU que la lutte cessa sur tout le territoire du GABON. Plus tard dans la nuit il apprit que d'ARGENLIEU était en pourparlers avec les autorités du GABON. Il me donna alors pour mission de me rendre à LIBREVILLE pour prendre contact avec d'ARGENLIEU et pour que je voie le Colonel CLAVEAU afin d'obtenir de lui la reddition de toutes les forces qui poursuivaient la lutte au GABON.

Je partis en voiture et sous mes yeux j'eus le spectacle d'une débâcle. Les troupes d'en face profitant de la nuit avaient fui en abandonnant armes et bagages.

Arrivé à LIBREVILLE je me rendis au port. J'y trouvai un poste de marins civils. Par eux j'appris que toutes les embarcations du port s'étaient enfuies et qu'il n'y avait pas une seule pour me conduire à bord du BRAZZA. Heureusement ce poste put communiquer avec le BRAZZA par signaux optiques et une embarcation me fut envoyée. Je fis réveiller d'ARGENLIEU pour lui communiquer les ordres de LECLERC. Je revins à terre et pris contact avec CLAVEAU que j'avais connu à DAKAR, alors que j'appartenais au 2eme BUREAU du Génésuper, lui, commandait le 7e R.T.S. Il ne voulut rien savoir pour ordonner le cessez le feu sur tout le territoire. Au cours de la conversation il me dit qu'il avait été contraint d'arrêter le combat parce que ses troupes s'étaient enfuies. Il me demanda en quel point nous avions débarqué et me dit alors qu'ils avaient étudié toutes les possibilités de débarquement sauf cette-là.

La matinée était très avancée quand je revins au terrain d'aviation ou m'attendait le colonel LECLERC. Celui-ci était visiblement très impatient.

IL me demanda le résultat de ma mission et quand je lui fis part de la réponse de CLAVEAU il me dit : Et bien nous allons attaquer. Je lui fis remarquer qu'il n'y avait plus aucune force devant nous.

La troupe se forma en ordre de marche et nous partîmes à pied pour LIBREVILLE distante de quelques kilomètres. Il y avait fort peu de monde dans les rues pour nous accueillir. Comme je l'ai dit plus haut nos partisans avaient été dirigés les uns après les autres vers DAKAR. Nous étions le 10 Novembre 1940.

Le Colonel LECLERC s'installa à la résidence du Gouverneur. Je couchais dans une petite chambre attenante à la sienne. Le lendemain 11 Novembre une messe avec TE DEUM fut célébrée. Aucun prêtre de LIBREVILLE ne voulut officier.

It faut dire que dès notre arrivée l'évêque avait été arrêté et envoyé en résidence surveillée. Ce fut un aumônier de nos troupes qui officia. Nous restâmes à LIBREVILLE une dizaine de jours. En raison de mes qualités d'organisateur LECLERC m'avait donné mission de remettre de l'ordre.

A PORT GENTIL la garnison de Vichy était toujours en place. Je connaissais le commandant aussi je fus désigné pour me rendre avec un de nos petits bateaux de guerre commandé par le lieutenant de La PORTE des VEAUX un officier des plus originaux qui s'était trompé d'époque. Il aurait très bien figuré parmi les corsaires. Le commandant de PORT GENTIL se tendit à nos raisons et tout se passa donc sans lutte.