Crédits : Mémorial Leclerc musée Jean Moulin (Ville de Paris)
Leclerc et ses hommes Récits de campagne

2. Un héros pour les jeunes

Après la seconde guerre mondiale, il est nécessaire de proposer des héros nouveaux pour la jeunesse et d'effacer le souvenir de la défaite de 1940 et de Vichy.

Leclerc, révélé par sa personnalité et les circonstances, est consacré comme héros après sa mort prématurée. C'est le début de la construction de sa légende. L'épopée du général Leclerc " héros de légende " est retracée dans 63 numéros de Tintin, " le journal de tous les jeunes et de tous les amis des jeunes ", hebdomadaire qui paraît tous les jeudis, et dont le premier numéro sort en octobre 1948, à peine un an après sa mort. C'est une bande dessinée dont les textes, très proches de la réalité historique, sont de Roger Louis et les dessins de Le Rallic.

Charles Pichon, auteur d'un Leclerc, illustré par Guy Arnoux et préfacé par Jean Nohain, adjudant Jean-Marie Legrand dans la 2e DB, conclut : " Si j'ai pu faire connaître aux Français d'aujourd'hui la figure de ce nouveau Bayard, je m'estimerai largement payé de mes peines, et il ne me restera plus alors qu'à rejoindre, avec joie, l'ombre anonyme qui doit être le lot du " loyal serviteur ".

 

3. Ses années de formation

Philippe de Hauteclocque grandit au sein d'une famille nombreuse, chrétienne, aux traditions patriotiques très ancrées, qui a payé un lourd tribut à la guerre 1914-1918 (ses deux oncles officiers sont tués dès l'automne 1914).

Le 22 novembre 1902, Philippe de Hauteclocque voit le jour au château de Belloy Saint-Léonard en Picardie. Il est le cinquième des six enfants du compte Adrien de Hauteclocque et de Marie-Thérèse de Waziers. Cette famille de noblesse terrienne, qui a donné des soldats de haut rang, est enracinée en terre d'Artois depuis le XIIIe siècle. Philippe connaît une enfance heureuse près d'un grand-père historien et archéologue, deux oncles officiers, un père gentilhomme campagnard et une mère pieuse et très attentionnée.

Jusqu'à l'âge de 13 ans, il a reçu l'instruction de ses parents et de ses soeurs. Il entre, comme pensionnaire en 4e au collège de la Providence tenu par les jésuites à Amiens. Elève studieux et brillant, il souffre néanmoins de la séparation d'avec ses parents. Après son baccalauréat, il choisit la carrière militaire et prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr où il choisit la cavalerie sans être un cavalier de concours. De Hauteclocque sorti cinquième de la promotion " Metz et Strasbourg ".

Ces années de jeunesse révèlent sa personnalité : il est exigeant avec lui-même, doté d'énergie, de volonté et de persévérance.

 

4. Le Maroc

La France est présente en Algérie (1830), en Tunisie (1882) et au Maroc (1912). Le protectorat sur le Maroc doit faire face à une insurrection menée par Abd el-Krim. La pacification (rallier les tribus insoumises), confiée d'abord au maréchal Lyautey, s'achève en 1924

Le lieutenant de Hauteclocque choisit une affectation au Maroc (8e régiment de spahis algériens) à Taza en 1926.  En septembre 1927, il rejoint l'école des officiers marocains de Dar el-Beïda, créée en 1918 par Lyautey pour former les cadres des troupes. Professeur d'instruction générale et instructeur de cavalerie, il emploie ses loisirs à étudier la religion musulmane auprès de ses élèves et à perfectionner sa pratique des langues arabe et berbère. Il reçoit ses élèves dans sa propriété de Tailly. Dar el Beïda a été, pour lui, un lieu riche d'échanges culturels. Il est séduit par le Maroc traditionnel.

En 1929, impatient d'opérer en zone insoumise, il rejoint M'zizel, comme commandant du 38e goum. Il est cité à l'ordre de l'armée pour son courage lors du combat de Taguendoust le 13 juillet 1930. Peu après, il est nommé instructeur à Saint-Cyr.

En 1933, profitant des vacances, il embarque, à ses frais, sur un Latécoère assurant la liaison Toulouse-Rabat. Court-circuitant le commandant supérieur des troupes du Maroc, il obtient le poste d'adjoint au commandant d'un goum pour l'attaque du Kerdouss à laquelle il participe pendant un mois et se distingue le 11 août au combat d'Aghbadlou.

Philippe de Hauteclocque obtient une palme supplémentaire à la croix de guerre des théâtres d'opérations extérieurs. Cet épisode atypique dans la vie d'un lieutenant de l'époque, révèle un meneur d'hommes qui n'hésite pas à monter en première ligne avec ses soldats.

 

5. Officier et citoyen

Doté d'une solide culture historique et politique, Hauteclocque s'inquiète très tôt du péril nazi et de la politique d'expansion pratiquée par Hitler à partir de 1935. Hauteclocque est plus un officier instructeur qu'un officier de troupe. Il passe treize ans en Ecoles : cinq comme élève-officier et officier stagiaire (Saint-Cyr 1923-1924, Ecole de cavalerie de Saumur en 1924 puis 1934). Il est reçu major à l'école de Guerre en 1938 et le reste à l'issue de la première année, la guerre interrompant la formation. Il effectue deux années d'état-major au Maroc (1930-1931) et en opérations, et trois années en corps de troupe : un an au 5e régiment de cuirassiers en Allemagne (1925-1926), un an au 8e régiment de spahis à Taza (1926-1927) et un an au 38e goum à M'zizel (1929-1930).

Promu capitaine, premier des cavaliers de la promotion " Metz et Strasbourg ", le 25 décembre 1934, il est nommé l'année suivante au commandement de l'escadron de Saint-Cyr, poste très prisé et attribué généralement à des officiers appelés à un brillant avenir.

Comme Juin, Koenig ou de Lattre de Tassigny, il est le modèle de l'officier préférant l'action dans les combats au Maroc à la vie de garnison en France. Il a fait sienne le précepte du père de Foucauld "  se commander à soi-même ". Son premier officier supérieur le juge ainsi : "  Comme il a du tempérament, et une forte personnalité, il demande à être commandé avec doigté... "

Il est exigeant envers lui-même comme envers ses hommes. Hauteclocque laisse poindre Leclerc

 

6. La guerre et la défaite 1939-1940

Après plus de sept mois de " drôle de guerre ", l'armée allemande déferle en quarante jours sur la France, malgré de durs combats. La défaite de l'armée française est un drame psychologique et politique sans précédent : 92 000 tués et 1 800 000 prisonniers.

Lors de la percée allemande sur le front français le 13 mai, le capitaine de Hauteclocque est chef du 3e bureau à l'état-major de la 4e division d'infanterie, rattachée à la 1ère armée. En position dans le secteur fortifié de Maubeuge, la division subit les violentes attaques allemandes et, son général étant blessé, c'est Hauteclocque qui conduit les opérations. Le 25 mai, la 4e DI reçoit l'ordre de repli et décroche, encerclée, dans le secteur de Lille. Le désordre régnant, Hauteclocque obtient du général de tenter sa chance hors des lignes. Abandonnant ses effets militaires, il se joint au flot des réfugiés pour gagner le front.

Le 29 mai, arrêté par un Allemand, il s'évade et rejoint le 2e groupement cuirassé du général Buisson. Le 8 juin, il participe aux combats dans la région de Mourmelon. Le 15, en traversant l'Aube à Magnant, il est blessé. Il est évacué sur ordre à Avalon où les Allemands arrivent le lendemain.

Alors que le président du Conseil, le maréchal Pétain, appelle à cesser le combat le 17 juin et demande les conditions d'armistice à l'Allemagne et à l'Italie, le général de Gaulle rejoint Londres d'où il appelle le 18 juin les Français à poursuivre le combat.

Entre temps, fuyant l'avance allemande, Hauteclocque gagne Paris à bicyclette puis l'Anjou chez sa soeur où il a connaissance d'un des appels du général de Gaulle et décide de le rejoindre à Londres. Le 26 juin, il se dirige vers la frontière espagnole après avoir revu sa femme. Il adopte le pseudonyme de " Leclerc " pour protéger sa famille et retrouve en Angleterre, la poignée de Français libres résolus à se battre envers et contre tout. Il rencontre, le 25 juillet, le général de Gaulle qui le nomme commandant.

 

7. Premiers ralliements

Les débuts de la France Libre sont difficiles : les ralliements de soldats et officiers à de Gaulle sont peu nombreux. Quelques territoires lointains de l'Empire français, telles les Nouvelles-Hébrides, sont les premiers à rallier la France Libre. En Afrique, le gouverneur général Félix Eboué est favorable au ralliement du Tchad.

Le 6 août 1940, Leclerc, accompagné d'un civil, René Pleven et du capitaine Boislambert, est envoyé par de Gaulle pour rallier l'Afrique équatoriale française. Parti du Nigéria, Leclerc, avec une vingtaine d'hommes, prend Douala dans la nuit du 25 au 26 août et rallie ainsi le Cameroun cependant que le Tchad et le Congo rejoignent la France Libre à l'initiative de Félix Eboué et du général de Larminat. Le 28 août, le ralliement de l'Afrique-équatoriale au général de Gaulle, à l'exception du Gabon.

Le général de Gaulle, de passage à Douala le 8 octobre, donne son accord à l'opération militaire réalisée avec l'aide des Forces françaises libres, repliées après l'échec de l'expédition de Dakar (23-25 septembre). Le débarquement a lieu près de Libreville, le 8 novembre, et Leclerc obtient le ralliement du Gabon le 10.

Pour de Gaulle, l'Empire colonial doit servir de base pour continuer la lutte aux côtés des Alliés, permettre la libération du territoire et priver Vichy d'un atout face aux Allemands. Français européens et Saras (tribus du Tchad), forment l'essentiel du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad, noyau de la colonne Leclerc qui participera aux opérations en Libye. Tous veulent combattre jusqu'à la libération de la France.

 

8. Le serment de Koufra

Au sein d'unités britanniques, les Français libres de la brigade d'Orient ont démontré l'utilité des armées françaises en Erythrée, à Cub-Cub le 23 février 1941. Koufra est la bataille qui fait entrer les Français libres dans la légende.

Devenu commandant militaire du Tchad en décembre 1940, Leclerc projette d'attaquer Koufra, oasis italienne au sud-est de la Libye, distante de près de 2000 km. Auparavant, il envoie quelques hommes se joindre à un raid britannique au nord du Tibesti contre des postes du Fezzan. L'accrochage contre les Italiens à Mourzouk, le 11 janvier 1941, marque l'entrée de la colonne Leclerc (quelques centaines d'hommes bien encadrés) dans la guerre.

Les 18 et 19 février, l'attaque est lancée sur Koufra avec 300 hommes, dont une majorité de Saras, et un seul canon contre la Compagnie saharienne italienne. Après un siège d'une quinzaine de jours, l'ennemi se rend le 1er mars. Le général de Gaulle lui témoigne sa reconnaissance en le faisant Compagnon de la Libération (récompense donnée à ceux qui se sont distingués dans la libération de la France, 1061 personnes, unités et villes françaises de novembre 1940 à 1946).

Premier succès d'armes, cette victoire, relatée dans " le Courrier de l'Air ", publié à Londres par les services anglais, a valeur de symbole puisque Leclerc jure devant ses hommes de ne déposer les armes que lorsque les couleurs françaises flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.

Pour Leclerc, la prise de Koufra apporte la certitude qu'en améliorant les moyens logistiques le Fezzan, au sud-ouest de la Libye italienne, objectif suivant fixé par le général de Gaulle, est à sa portée. A partir de cette victoire s'affirme le climat de confiance entre les hommes et leur chef. Leclerc fait le serment qu'il ne s'arrêtera que lorsque Strasbourg sera libéré.

 

 

 

9. Les campagnes du Fezzan

Le déclenchement de l'offensive au Fezzan dépend étroitement de la grande offensive britannique en direction de Tripoli. Or, à la fin de 1941, les Britanniques repoussent les italiens vers Benghazi mais sont arrêtés par la contre-offensive du général Rommel. Il faut attendre l'offensive réussie du général Montgomery, chef de la 8e armée britannique, contre les forces de l'Axe à El Alamein, début novembre 1942, pour que la jonction soit possible.

Leclerc décide alors de réaliser des opérations de harcèlement contre l'ennemi, sans s'engager à fond, pour ne pas laisser ses hommes inoccupés. Il lance ses colonnes sur plusieurs axes pour attaquer les postes italiens. Déclenchée le 17 février 1942, la première campagne du Fezzan s'achève le 14 mars.

Leclerc y a engagé 500 hommes et 150 véhicules qui ont mené une guérilla motorisée sur un territoire grand comme la France. Les oasis de Tedjeré et Ouaou el-Kébir tombent respectivement les 28 février, 1er et 7 mars. L'opération échoue devant Oum el-Araneb. La présence de deux compagnies italiennes rend la situation difficile d'autant plus que les avions italiens et allemands se montrent très actifs. La saison sèche arrivant, Leclerc ordonne le repli, le 7 mars.

Le combat a été éprouvant. Les problèmes logistiques sont considérables. Leclerc profite de cette pause pour renforcer ses moyens en matériels et parfaire l'entraînement de ses hommes. Le 22 décembre 1943, Ouigh el-Kébir est occupé et devient la base d'opérations. Début janvier 1943, les oasis tombent les unes après les autres. Le Fezzan est conquis. Leclerc est à Tripoli le 26 janvier. La fonction avec les Britanniques est faite.

 

10. La campagne de Tunisie

La guerre s'étend en Afrique du Nord avec le débarquement américain et l'arrivée des renforts allemands en Tunisie avec l'accord de Vichy. L'armée française d'Afrique, après s'être opposée temporairement (1825 morts) aux Anglo-Américains, combat à leurs côtés contre les troupes de l'Axe en Tunisie. Après l'invasion de la zone sud, de nombreux officiers de l'armée d'armistice rejoignent les Alliés pour reprendre la lutte.

A l'issue de la conquête des oasis du Fezzan, Leclerc convainc le général Montgomery le 26 janvier 1943, de l'engager en Tunisie pour créer un second front contre les forces germano-italiennes. La participation des Forces françaises combattantes sur ce théâtre d'opérations est importante pour le général de Gaulle, tenu à l'écart des négociations politiques d'Alger par les Alliés. Le chef de la France Libre a donné l'ordre, dès le 17 janvier 1943, au général de Larminat, commandant ces forces pour " qu'elles participent dans la plus large mesure possible, à la bataille aux côtés de la 8e armée britannique ". La colonne volante du colonel Rémy et trois compagnies de chars, du génie et de transmission, renforcent la colonne Leclerc. Rééquipée par les Anglais, elle s'enrichit d'une centaine d'officiers grecs de l'Escadron sacré du colonel Gigantès et prend le nom de Force L .

Montgomery confie à Leclerc la couverture du flanc gauche de sa 8e armée le long de la ligne Mareth, ligne de fortification du sud-tunisien. La Force L pénètre en Tunisie, le 20 février 1943. Le 10 mars, à Ksar Rhilane, elle se heurte au groupement de reconnaissance allemand de la 90e panzerdivision chargée d'empêcher la 8e armée de déborder la ligne Mareth. La Force L arrête l'ennemi, tient fermement la position avec l'aide de la Royal Air Force malgré des moyens peu adaptés au combat contre des blindés. Montgomery gratifie les Français d'un " Well done ! " " bien joué "

La Force L facilite ensuite la prise de Gabès, le 29 mars, puis certains de ces éléments s'emparent avec beaucoup de difficultés du Djebel Garci, au nord de Kairouan, le 20 avril. Le 10 mai, un détachement entre à Tunis avec la 8e armée britannique. La célébration de la victoire à Tunis le 20 mail, souligne toutefois les antagonismes existant entre l'armée d'Afrique et les Forces françaises libres qui défilent séparément. Surmontant ces divergences, Leclerc réussit à adjoindre des unités de l'armée d'Afrique aux Forces françaises libres pour former la 2e Division blindée.

 

 

11. l'artisan de la 2e DB

Créée le 24 août 1943, la 2e DB (division blindée) est constituée d'hommes et de femmes venant d'horizons multiples, d'opinions politiques et religieuses diverses.

Aux Français libres d'origine se joignent des spahis d'Egypte, des compagnies de chars reconstituées en Angleterre, des unités entières d'Afrique du Nord (12e régiment de chasseurs d'Afrique, 12e régiment de cuirassiers), une unité de fusiliers marins, deux groupes d'artillerie. Des volontaires sont venus de nombreux points du monde, des évadés de France par l'Espagne (près de 3 000), des Corses, des prisonniers de guerre évadés par la Russie, des Alsaciens-Lorrains, des hommes du Corps Franc d'Afrique, des républicains espagnols, des quakers, objecteurs de conscience qui intègrent le bataillon médical. Des femmes, venant des Etats-Unis avec leurs ambulances, forment le groupe Rochambeau, en souvenir de l'aide du général français lors de la guerre d'indépendance américaine, et des Marinettes, conductrices appartenant à la marine française. 3 600 soldats originaires d'Afrique noire, d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient, illustrent l'importance de la contribution de l'Empire à la libération de la France.

Fin avril 1944, la 2e DB (environ 15 000 hommes) est acheminée dans le sud de l'Angleterre où sont concentrées les troupes alliées (Américains, Anglais, Canadiens, Polonais, Belges, Néerlandais, Tchécoslovaques). Tous ces hommes se préparent à débarquer en France. Lors d'une prise d'armes, à Dalton Hall, le 3 juillet 1944, le général Koenig remet leurs drapeaux aux unités et Leclerc fait distribuer à chacun l'insigne de la 2e Division blindée.

 

12. D'Utah Beach à Paris

Les Alliés débarquent le 6 juin 1944 en Normandie. C'est l'ouverture du second front en Europe réclamé à cor et à cri par Staline, le dirigeant de l'Union soviétique.

Mise à la disposition de la 3e armée du général Patton, la 2e DB débarque à Utah Beach, à Saint-Martin de Varreville, dans la Manche, le 1er août 1944. La 2e Division blindée du général Leclerc est associée à la manoeuvre alliée pour couper la retraite des forces allemandes venant de Bretagne et les empêcher de gagner la Basse Seine (Rouen).

Par Mortain (Manche), Fougères (Ile-et-Vilaine) et Château-Gontier (Mayenne), la 2e Division blindée atteint le Mans le 9 août et attaque la 9e division de Panzer en direction d'Alençon. C'est le premier combat de chars contre chars de la division.

La ville d'Alençon est libérée le 12. La 2e Division blindée du général Leclerc pousse vers Argentan (Orne) et attend les ordres de foncer sur Paris, tandis que les divisions américaines amorcent le contournement de la capitale par le nord-ouest et par le sud. La division de faire libérer Paris de la 2e DB remonte à décembre 1943. Le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la République française, évoque alors avec Eisenhower la participation de la division aux opérations de débarquement et à la libération. Il fait alors prévenir Leclerc que sa division doit libérer Paris et qu'il en est le gouverneur militaire par intérim.

 

13. La libération de Paris

Leclerc et ses hommes sont impatients de libérer Paris, qui s'est insurgé le 18 août au soir. Leclerc envoie de sa propre initiative, le 21 août, en direction de Versailles, un détachement aux ordres du commandant de Guillebon pour tester les défenses allemandes. L'insistance de Leclerc, l'intervention du général de Gaulle, l'envoie d'un émissaire par le colonel Rol-Tanguy, chef des FFI, amènent Eisenhower à donner l'ordre à la 2eDB de foncer sur Paris avec la 4e division d'infanterie américaine. De Gaulle dit à Leclerc " Vous avez de la chance ! ".

Le 24 août, la division Leclerc, organisée en deux colonnes, se dirige vers Paris : à l'ouest, le groupement Langlade (par la vallée de Chevreuse, Jouy en Josas, Clamart), au sud, le groupement Billotte (par la Porte d'Orléans, Longjumeau, Massy, Wissous, Fresnes). Ils rencontrent une forte défense allemande. Le soir, à la Croix de Berny, Leclerc sentant qu'une occasion se présente, ordonne au capitaine Dronne avec trois chars et trois sections sur halftracks d'entrer dans Paris pour prévenir les résistants de l'arrivée de la 2e DB le lendemain. Le  24 août à 21h22, le capitaine Dronne et ses hommes arrivent place de l'hôtel de Ville. Les cloches de la capitale sonnent à toute volée. Le 25, la 2e DB entre dans la ville, fait prisonnier le général von Choltitz, commandant du Gross Paris, qui signe la convention de reddition.

A la gare Montparnasse où il a installé son PC, des proches entendent murmurer Leclerc après la signature de la vingtaine d'ordres de cessez-le-feu par von Choltitz : " Enfin ça y est ! " Il est un peu moins de 17h lorsqu'il accueille avec Rol-Tanguy, le général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française. L'Etat est restauré sans heurt. Jusqu'à           u 30 août, la 2e DB livre de durs combats au Bourget pour arrêter la contre-attaque allemande sur Paris.

Paris, insurgé depuis le 18 août, est libéré le 25 sans destructions importantes. La libération de Paris est une victoire politique de première grandeur pour le général de Gaulle, puisqu'elle confirme son autorité comme chef du Gouvernement provisoire de la République française. Mais la guerre n'est pas terminée.

 

 

14. Vers Strasbourg

Après avoir complété ses effectifs pour l'incorporation de FFI, dont les deux fils aînés de Leclerc, Henri et Hubert, la 2e DB reçoit pour objectif Epinal, dans les Vosges. Un détachement de la division effectue la liaison, le 12 septembre, avec des éléments de la 1ère DMI (ancienne 1ère DFL) du général Brosset, à Nod-sur-Seine (Côte d'Or)

Leclerc pousse jusqu'à Vittel, Contrexeville et Dompaire. Baccarat est libéré le 30 octobre avec l'aide des Forces françaises de l'intérieur et d'une résistante, Marcelle Cuny. Badonviller est libéré le 17 novembre.

Leclerc prépare la prise de Strasbourg et le franchissement des Vosges de part et d'autre de la trouée de Saverne pour atteindre la plaine d'Alsace. Les sous-groupements Rouvillois, Massu, Cantarel, Putz et Debray, parvenus en Alsace, sont tous bien placés pour libérer Strasbourg.

Rouvillois, commandant le 12e régiment de cuirassiers, arrive le premier avec ses hommes et des éléments du RMT, le 23 novembre. Dans une proclamation, Leclerc rappelle aux Strasbourgeois que la libération de la capitale de l'Alsace a été leur obsession pendant trois ans.

La libération de Strasbourg constitue un double symbole. C'est l'aboutissement du serment de Koufra. C'est la Libération de la capitale de l'Alsace annexée par le IIIe Reich.

 

 

15. L'Alsace et l'Allemagne.

De la prise de Strasbourg, le 23 novembre 1944, à la capitulation allemande, le 8 ami 1945, se déroulent de durs combats, les allemands luttant jusqu'au bout. Cette période sera très meurtrière.

L'ennemi envoie des renforts et organise sa défense dans la poche de Colmar. L'hiver 44-45 est dur pour les hommes : c'est la neige et le feu. A cause de la contre-offensive allemande dans les Ardennes, la 2e DB est envoyée au nord des Vosges et Strasbourg est menacé. Fin janvier, la 2e DB revient en plaine et sous le commandement de la 1ère armée du Général de Lattre de Tassigny, livre de durs combats dans des conditions climatiques extrêmes, dont ceux pour le village de Grussenheim, le 28 janvier sont le point d'orgue.

La division est envoyée au repos à Châteauroux. Mais des éléments sous les ordres du général Langlade participent à la réduction de la poche de Royan en Charente-Maritime.  A la mi-avril, le général Leclerc et sa division participent aux opérations en Allemagne. La 2e DB pénètre le 4 mai  1945 à Berchtesgaden ; le drapeau français est hissé sur la demeure d'Hitler au Berghof et son chalet au Nid d'Aigle. Le bilan de la campagne d'août 1944 à mai 1945 est de 1687 tués et 3300 blessés. Au sein de la 2e DB, unité d'élite dont l'origine FFL est fortement marquée, la 2e DB compte 155 hommes, Compagnons de la Libération, et quatre régiments dotés de la même distinction ; le régiment de marche du Tchad, le 1er régiment de marche de spahis marocains, le 3ème régiment d'artillerie coloniale et le 501ème régiment de chars de combat.

 

 

16  Le retour de la France en Cochinchine.

La guerre n'est pas finie en Extrême-Orient, les Japonais occupant de fait l'Indochine française depuis le coup de force du 9 mars 1945. Le nationalisme s'y est développé pendant la guerre, avec la création de la Ligue pour l'indépendance du Vietnam, dirigée par Hô Chi Minh.

Le général de Gaulle désigne le 29 mai 1945, le général Leclerc, chef du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient pour participer sous commandement américain. aux opérations dans le Pacifique où les Japonais mènent un combat jusqu'au-boutiste. Entre temps, les bombes atomiques lâchées par les Américains sur Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août) contraignent l'empereur Hiro Hito à demander l'armistice. Leclerc représente la France à la signature de la capitulation japonaise le 2 septembre 1945. Le même jour, Hô Chi Minh, chef du Vietminh, en profite pour proclamer l'indépendance de la République du Vietnam.

Entre temps à son arrivée à Ceylan le 22 août, Leclerc a eu connaissance des résultats de la conférence de Postdam, qui a réuni du 17 juillet au 2 août, Américains, Anglais et Soviétiques. Y est décidé le partage de l'Indochine en deux zones d'occupation de part et d'autre du 16ème parallèle, au nord les Chinois, au sud les Britanniques, pour combattre les Japonais. La France se trouve ainsi évincée de sa colonie. La Grande-Bretagne ne s'oppose pas au retour de la France à la différence des Chinois. Leclerc entreprend, avec l'aide des Anglais, la reconquête de la Cochinchine.

Le Corps expéditionnaire y rétablit l'ordre et l'autorité française. A Saïgon, le général Leclerc accueille, le 15 octobre, l'amiral Thierry d'Argenlieu, nouveau haut-commissaire, son supérieur hiérarchique. A la fin de l'année, la Cochinchine et l'Annam sont pacifiés.

 

17 Le Tonkin.

La reconquête du Tonkin apparait plus délicate car il faut négocier avec les Chinois le retrait de leurs troupes hostiles aux Européens et trouver les termes d'un accord avec Hô Chi Minh dont le pouvoir révolutionnaire est solidement implanté. Le 20 janvier 1946, le général de Gaulle a quitté le gouvernement en recommandant à d'Argenlieu de maintenir " le cap ".

Leclerc, haut-commissaire par intérim depuis le 13 février, presse Jean Sainteny, commissaire de la République au Tonkin de conclure un accord avec Hô Chi Minh en vue de débarquer les troupes françaises à Haïphong, le 6 mars, à cause des impératifs de marée. Le général Leclerc en a informé le Gouvernement et d'Argenlieu à Paris qui l'ont autorisé à lancer l'opération militaire. Les Français obtiennent des Chinois de Tchang Kaï-Chek qu'ils retirent leurs troupes pour la fin mars en échanges des concessions de Shangaï et Canton et de l'obtention d'une zone franche à Haîphong et d'avantages commerciaux au Tonkin.

L'accord signé le 6 mars 1946 entre Hô Chi Minh et Sainteny doit mettre fin à la guérilla dans tout le Vietnam, reconnu comme un Etat libre dans le cadre de l'Union française. Il est complété par une convention miliaire qui limite les effectifs français à 15000 hommes et qui envisage la relève progressive par l'armée vietnamienne dans un délai de cinq ans.

Les premiers éléments français sont accueillis à Haïphong par des tirs de soldats chinois. Ils ne ripostent pas malgré d'importantes pertes, mais réussissent à prendre pied et un cessez-le -feu est conclu. Les Français conduits par Leclerc font leur rentrée dans Hanoï le 18 mars. C'est l'ultime étape de la Libération. L'application de l'accord est difficile car d'Argenlieu veut en limiter la portée et reporte ses espoirs sur la création d'une République autonome de Cochinchine. Le général Leclerc incite l'Amiral d'Argenlieu à poursuivre les négociations, en vain. C'est la rupture entre les deux hommes. En désaccord avec d'Argenlieu sur l'évolution politique de l'Indochine, Leclerc demande au général Juin, chef d'état-major de la Défense nationale, en inspection en Indochine en avril 1946, une autre affectation.

 

 

 

18 - Inspecteur en Afrique du Nord.

Si la France a dû largement son salut à l'Empire pour la libération de son territoire national, elle doit se pencher, maintenant, sur les revendications nationalistes des pays colonisés. Le 11 janvier 1944, le manifeste d'Istiqlal (parti de l'indépendance) est proclamé au Maroc. Le 8 mai 1945 éclate l'insurrection de Sétif, Guelma et Kherrata, en Algérie. Les fêlures apparaissent au sein de l'Empire français.

Le 12 juillet 1946, Leclerc est nommé inspecteur des forces terrestres en Afrique du Nord et le 14, promu au rang de général d'armée. Le 12 avril 1947, ses attributions sont étendues aux forces de l'Air et de Mer. Immédiatement, il entame une série d'inspections.

En fin d'année, en raison de la reprise de la guérilla par le vietminh, le président du Conseil Léon Blum propose d'envoyer Leclerc en mission d'inspection en Indochine. Leclerc refuse de remplacer d'Argenlieu. Il ne croit pas à l'extinction de la guérilla uniquement par la force et préconise la négociation. En Afrique du nord où les mouvements nationalistes ont pris de l'ampleur, son action est faite d'inspections.

Fin 1947, Leclerc écrit : " L'une des conséquences les plus graves de la guerre [ ...] aura sans doute été de précipiter l'évolution politique, économique et sociale des populations de l'Islam. Nos territoires de l'AFN en offrent un exemple frappant... ".

Lors d'une inspection, Leclerc prend l'avion. La dégradation des conditions météorologiques à la fin du vol sont à l'origine de l'accident du 28 novembre 1947, près de Colomb-Béchar, à la frontière algéro-marocaine.

 

19  Les obsèques et le Maréchalat.

L'annonce de la disparition de Leclerc provoque la stupeur. On ne veut pas croire à la mort de ce général de 45 ans. On refuse d'admettre cette mort accidentelle. La légende commence.

D'Oujda (Maroc) à Alger, l'hommage des populations est unanime. Les dépouilles de Leclerc et de ceux qui l'accompagnaient dans l'avion sont embarquées le 4 décembre 1947 sur le croiseur " Emile Bertin ", navire du commandement de Leclerc en Indochine, qui accoste à Toulon le lendemain. Un piquet de fusiliers-marins leur rend les honneurs en présence du fils aîné du Général, le lieutenant Henri Leclerc de Hauteclocque.

Le trajet vers la capitale s'effectue en  camions en suivant aux abords de Paris l'itinéraire symbolique du libérateur. Le cercueil est transféré à Saint-Louis des Invalides où le général de Gaulle vient s'incliner le soir même. Le 7 décembre, la dépouille du général Leclerc est placée sur l'automoteur Alsace sous l'Arc de Triomphe, flanqué du " Tailly ", char du général, et du " Romilly ", premier blindé entré dans Paris, pour que les Parisiens rendent un dernier hommage à leur libérateur. Le 8 décembre, jour de deuil national, se déroulent à Notre-Dame les obsèques en présence des plus hautes autorités du pays. Le cortège gagne les Invalides où le cercueil est déposé dans le caveau des gouverneurs.

Le 26 juin 1952, l'Assemblée nationale vote à l'unanimité le projet de loi autorisant la Gouvernement à conférer à titre posthume la dignité de Maréchal de France au général d'armée Leclerc de Hauteclocque. Le 28 novembre 1952, le président de la République, Vincent Auriol, remet à la maréchale Leclerc de Hauteclocque, le bâton de maréchal de son mari.

 

 

 

20 Un héros dans la légende.

La renommée de Leclerc s'est construite progressivement. La prise de Koufra, en mars 1941, lui assure la confiance de ses supérieurs, l'estime et le respect de ses soldats et l'admiration des Français, qui ont eu connaissance en France de l'exploit par la BBC. Il a été d'abord pour les Français cette lueur d'espoir du fond de leur " nuit ".

La décision de Léon Blum, président du Conseil, de faire appel au vainqueur de Koufra et au libérateur de Paris pour effectuer une mission d'inspection en Indochine, est relatée par Léon Blum dans Le Populaire des 18 et 19 juin 1949 : " Je n'avais jamais rencontré le général Leclerc [...] Marius Moutet m'apportait au milieu de la nuit la nouvelle du massacre d'Hanoï. Je voulus voir aussitôt Leclerc. [...]Je lui demandai de partir aussitôt pour l'Indochine [...] il accepta encore. Le libérateur de Paris aurait été, j'en suis convaincu, le pacificateur de l'Indochine [...] Ce qui frappait en lui, c'était la simplicité, la franchise, la droiture, une sorte de noblesse parfaitement modeste, et ce courage dans le bon sens qui s'égale chez les hommes d'action aux plus hautes qualités de l'esprit. ".

Le général de Larminat a dit : " On pouvait en faire indifféremment un gouverneur de la banque de France, un capitaine d'industrie, un ambassadeur, un haut-commissaire de territoire, ou tout autre grand emploi étranger à sa formation ; il assimilait les éléments essentiels de sa fonction, et surtout avait ses subordonnés en main, car il n'était ni faible, ni complaisant, ni aveugle ".

Le tandem Leclerc-de Gaulle a joué aussi un rôle important dans l'imaginaire collectif. Il est estimé par toutes les personnalités de droite comme de gauche . Dans le paysage urbain, Leclerc a laissé des marques importantes. Quelle commune n'a pas sa rue ou son avenue Leclerc ?

La 2e DB qui a contribué à construire la gloire du général Leclerc, devient le Groupement blindé n°2 de 1948 à 1960, puis la 2e Brigade blindée et la 2e Brigade mécanisée, avant de renaître en 1979 en 2e Division Blindée et se transformer en 2e Brigade blindée le 1er juillet 1999, équipée des chars Leclerc.