Emission radiophonique du 4 aout 1940

Emission radiophonique du 4 août 1940

(Sources : Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Introduction

Il y a quelques jours, caché dans un village de la France envahie, j'ai pu entendre, grâce au patriotisme d'un Français, la radio française de Londres.

J'ai vivement ressenti à ce moment-là l'impression de réconfort donnée par les seules voix françaises encore libres. Aussi, est-ce avec une conviction profonde que je m'adresse aux Français de France prisonniers de l'ennemi ou à ceux de l'étranger. Puissent tous ceux qui m'ont aidé à échapper aux mains des barbares, entendre mes remerciements.

Deux faits m'ont particulièrement frappé au cours de mon évasion : le premier, c'est le nombre de Français dans tous les milieux qui furent indignés par cette capitulation sans excuse. Dans combien de maisons où je me suis réfugié, n'ai-je pas entendu ces questions : " comment a-t-on pu faire cela ?... Et nos colonies ?...Et la parole donnée ?... "

Le patriotisme de certaines femmes françaises a fait en particulier mon admiration. Cette désapprobation, par de nombreux Français qui ne sont pas encore mûrs pour l'esclavage, aucun journal français n'a le droit de l'exprimer, mais il faut que le monde entier la connaisse. Le deuxième fait c'est une conversation que j'ai eue avec un commandant allemand, parfaitement correct par ailleurs " La guerre avec la France, me dit-il, sera finie dans quelques jours, et ce sera la dernière fois, car nous nous arrangerons pour que la France ne puisse jamais recommencer ". En appuyant sur ces dernières syllabes, il me toisait d'un air ironique et froid que je n'oublierai pas. Aussi, pendant les longues journées où j'eus ensuite à circuler au milieu de l'envahisseur, toutes les fois que j'entendis le refrain officiel appris par coeur et sans cesser ressassé " La France n'est pas notre ennemie, c'est l'Angleterre que nous voulons abattre ", je me rappelai plutôt l'affirmation de l'officier allemand, affirmation en plein accord avec Mein Kampf et avec Bismarck.