La fidelite de la releve

(sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

LA FIDELITE DE LA RELEVE par Virginie Némard,
Master 2 droit bancaire et financier

La première fois que j'ai entendu parler du général Leclerc, j'avais dix ans. Avec ma classe de CM1 nous nous sommes investis dans un projet devant nous conduire à la célébration du cinquantième anniversaire de la libération de Strasbourg, en novembre 1994.

Comme tous les enfants d'une dizaine d'années, j'ai parlé du général Leclerc et de la 2e Division Blindée à la maison. Ma grand mère m'a donc confié un livre sur le Général qu'elle gardait précieusement : Leclerc et ses hommes. J'étais fière de ce que je faisais à l'école mais je n'avais pas encore réalisé l'importance de ce projet de classe.

Notre maîtresse nous a fait découvrir certains textes comme le serment de Koufra. Elle a aussi essayé de nous faire comprendre ce que le Général avait voulu dire à ses hommes : " Officiers, Sous-officiers et Soldats de la 2ème DB. En cinq jours vous avez traversé les Vosges malgré les défenses ennemies et libéré Strasbourg. Le serment de Koufra est tenu ! Enfin et surtout, vous avez chassé l'envahisseur de la capitale de notre Alsace, rendant ainsi à la France et à son armée son prestige d'hier. Nos camarades tombés sont morts en héros.
Honorons leur mémoire. " Le général Leclerc voulait les remercier d'avoir combattu, d'être allé au bout des choses depuis le serment de Koufra, prononcé le 2 mars 1941.

Voyant une certaine effervescence autour de moi, mes parents fiers de ce que je faisais, je me suis vraiment investie dans ce projet. Le jour J notre présentation fut fabuleuse, les applaudissements ont retenti dans toute la salle. Nous venions de faire une promesse : " Des mots inconnus sont entrés en nous : Honneur, Patrie, Sacrifice, Liberté. Vous êtes devenus nos héros et vous resterez toujours dans nos coeurs et dans nos mémoires. Grâce à vous, nous qui avons aujourd'hui, neuf, dix et onze ans, nous avons le droit de parler, de lire, d'écrire et de porter notre nom. Pour que cela ne soit pas oublié, nous faisons la promesse de nous retrouver dans cinquante ans, sur la place Broglie, non loin du lieu où s'envola pour la première fois la Marseillaise, au pied du monument dédié au Général Leclerc, pour célébrer les exploits de la 2e Division Blindée et de leur chef. Aujourd'hui, nous sommes vos petits-enfants, mais en 2044 nous raconterons votre chevauchée fantastique et votre lutte contre le fascisme à nos petits enfants. " .

En approchant les anciens combattants présents j'ai ressenti que ce que je venais d'accomplir avec mes camarades avait beaucoup d'importance. Une fantastique émotion régnait. Fière de présenter le livre de ma grand-mère à ses personnes, j'eu l'idée de leur demander de me signer un autographe car finalement ils étaient à mes yeux des héros. Après cette représentation, on nous baptisa " la relève ". A Paris, la maison des Anciens de la 2e Division Blindée voulait nous rencontrer. Les Anciens souhaitaient nous transmettre l'esprit Leclerc, nous conter la vie de leur chef et la leur. Ils nous ont même décerné une médaille que je garde précieusement dans la vitrine familiale. Avec mes yeux d'enfant, cette remise de médaille confirma l'idée que je faisais quelque chose d'important pour eux. Par ce geste, ils nous confiaient leur devoir de mémoire.

Le Général a su transmettre à ses hommes l'envie de défendre la France. Il leur a montré qu'avec la volonté et la foi on peut arriver à réaliser l'impossible. Cet homme a pris l'engagement de libérer la France alors que tout paraissait perdu. Il a convaincu ses hommes qu'ils pouvaient y arriver.

Cette rencontre avec les Anciens de la 2ème DB m'a appris à aller au bout des choses dans la vie de tous les jours et à ne jamais baisser les bras. Elle m'a aussi permis de rencontrer des gens formidables qui aujourd'hui ont une réelle importance dans ma vie. Je suis en contact régulier avec M. Jean-François Rossi, Manette, et Papy Véron et bien sûr mon cher " Mickey " (Claude Correia) que j'aime présenter comme mon grand-père de coeur, ce qui est à mes yeux plus important que le sang. J'ai rencontré tellement de personnes formidables que je ne peux toutes les citer ; ce n'est pas pour autant que je les oublie.
Grâce à eux, j'ai appris qu'il était possible de tisser des liens étroits avec des personnes d'une autre génération et que je peux compter sur eux comme ils peuvent compter sur moi.

Tous les ans nous nous rassemblons pour les célébrations de la libération de Strasbourg afin d'assurer le devoir de mémoire qu'ils nous ont confié. Cette année ces célébrations seront empreintes d'une émotion toute particulière puisque nous commémorerons le 60ème anniversaire de la disparition du Général Leclerc. Lors du 50ème anniversaire de sa disparition, avec mes camarades nous étions présents lors de la cérémonie à Paris. C'était fascinant de percevoir l'émotion qui envahissait l'assistance. J'ai ressenti une certaine fierté d'avoir été conviée à une cérémonie de cette importance, d'être présente et de participer à ma manière à ce grand hommage. Dans cette aventure, mon seul regret est qu'il nous ait quitté bien trop tôt ; je n'ai donc pas eu l'honneur de le rencontrer.

Dans ces quelques lignes j'ai exprimé mon ressenti. Toutefois je tiens à remercier mes camarades car, même si j'ai écrit cet article, je ne suis pas seule dans l'aventure de la relève. On a tous fait quelque chose, chacun à son niveau. Rien ne se serait fait sans notre très chère professeur des écoles Mme Elfy Pfalzgraf. Je tiens également à remercier tous les Anciens combattants que j'ai pu rencontrer. Ceux-ci nous ont toujours accueillis à bras ouvert, impatients de nous transmettre un petit bout d'eux-mêmes. Merci à tous ceux qui ont cru en moi pour réaliser ce document.