oraison funebre prononce par Philippe Peschaud lors des obseques de la marechale Leclerc de Hauteclocque

ORAISON FUNEBRE PRONONCEE PAR PHILIPPE PESCHAUD POUR LES OBSEQUES DE LA MARECHALE LECLERC DE HAUTECLOCQUE

(Sources : Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

Le capitaine de Hauteclocque ne serait pas devenu le Général Leclerc si, au soir du 30 juin 1940, vous n'aviez pas approuvé sa décision de rejoindre Londres pour se mettre aux ordres du Général de Gaulle. Votre consentement donne le départ : l'Epopée peut commencer.
C'est à travers la personnalité du Général Leclerc que nous avons fait votre connaissance. En effet, dès le Tchad, la profondeur et la fidélité de l'amour qu'il vous portait ont frappé les hommes qui vivaient dans son intimité. Après la Libération de Paris, la Division toute entière a été émue par le récit de vos retrouvailles familiales, tel, sur une image d'Epinal, le Général arrive à Tailly, du ciel par avion pour retrouver les siens après une séparation de quatre ans.

Au soir de la mort du Général, le Général Vézinet est allé chez vous, avenue Kléber et vous a demandé de venir au siège de l'association où, vous a-t-il dit, les anciens, désemparés, se sentaient des enfants orphelins. Vous avez surmonté votre chagrin et vous avez rendu confiance aux soldats perdus que nous étions. Le Général vous avait confié, avant son départ, le service social de la Division. Bien au-delà de cette charge, vous avez été l'âme de notre association.

Peu après, vous avez tenu à prendre en charge la présidence de deux associations dont les seuls noms disent tout le dévouement qu'elles impliquent : Entraide des Veuves et Orphelins de Guerre, Parents des tués. Au sein des anciens de la Division Leclerc, vous avez été celle qui inlassablement, compatissait avec la souffrance. Vous étiez investie d'une mission et du plus petit d'entre nous au plus grand vous avez été notre providence, vous vous définissez vous-même comme la hampe du drapeau qui nous conduit. Les liens spirituels que vous entreteniez avec le Général étaient si forts que vous restituiez une part de son autorité et de son rayonnement.

Nous avions perdu celui auquel nous avions voué une fidélité totale. Votre présence constante, votre dévouement sans limite, ont forgé une association forte, unie, ayant gardé l'enthousiasme, le volontariat de la jeunesse. Vous nous avez guidés, derrière vous nous avons parcouru un long chemin. Au nom de tous les anciens, je vous exprime notre reconnaissance filiale.

Madame la Maréchale nous ne nous consolerons jamais de votre départ. Nous partageons votre foi profonde en Dieu, en la vie future, et vous remercions de continuer à veiller sur nous. La place qu'occupait la grande dame qui nous a consacré cinquante ans de sa vie restera vide à jamais.