Synthèse des documents relatifs au débarquement des troupse françaises à Haiphong du 9 mars 1946

COMMANDEMENT SUPERIEUR DES TROUPES FRANCAISES EN EXTRÊME-ORIENT
COMMANDEMENT DES TROUPES DE CHINE ET INDOCHINE NORD
ETAT-MAJOR- 3e BUREAU
No 453/3.OP

HANOI, le 9 Mars 1946 à 22h30

SYNTHESE  DES DOCUMENTS RELATIFS AU DEBARQUEMENT  DES TROUPES FRANCAISES A HAIPHONG

I. Dans le texte des accords généraux entre le Gouvernement français et le Gouvernement chinois, on relève les points de détail suivants :
- La relève des troupes chinoises par les troupes françaises au nord du 16éme parallèle doit avoir lieu entre le 1er et le 15 Mars 1946
- Dans ces limites, la date d'arrivée des troupes françaises est à fixer par le Commandement français, à charge pour lui d'en aviser le Commandement chinois local
- L'État-major chinois est d'accord pour l'utilisation par les troupes françaises de la plus grande partie du port de HAIPHONG. Ce texte est d'ailleurs confirmé à plusieurs reprises au cours des conversations menées à TCHUNGKING par le Colonel CREPIN représentant le Général SALAN. (Cf.T.O. n°85/SC du Colonel CREPIN- n°61/SC du colonel Crépin- n°426/3.OP du Général SALAN).

II. Afin d'éviter tout incident fâcheux, les autorités françaises ne profitent pas immédiatement des facilités que leur donne ce texte. Avant de prendre contact avec les autorités chinoises locales pour régler avec elles les modalités de la relève, les autorités françaises n'attendent que les ordres du Gouvernement Central chinois relatif à l'exécution de cette relève soit parvenues à HANOI.

Ces ordres très complets- quatre ou cinq télégrammes parviennent en même temps le 4 Mars 1946 à l'État-major du Général LU HAN. (Déclaration faite par le Général MA YING qui a fait l'objet du T.O. n°353/3. OP du 4 Mars 1946).

III. Le même jour, une première conférence destinée à fixer les conditions du débarquement des troupes françaises a lieu au Palais Puginier entre une délégation militaire chinoise présidée par le Général MA YING et une délégation militaire française présidée par le Général SALAN. Au début de la conférence, le Général SALAN communique officiellement aux autorités chinoises
- La date du débarquement des troupes françaises (6 Mars - Les effectifs débarqués et demande au Général MA YING de donner les ordres nécessaires pour que
- Les troupes françaises puissent débarquer sans incident
- Des casernements leur soient attribués.
Celui-ci répondit que les ordres du Gouvernement Central seraient strictement exécutés ; mais que la date du débarquement était trop rapprochée pour qu'il puisse prévoir et faire exécuter les mesures nécessaires pour parer aux troubles que l'arrivée des troupes françaises ne manquera pas de créer, surtout si les accords franco-annamites ne sont pas encore signés.
Il demande que cette date soit repoussée. S'engage alors une longue discussion au cours de laquelle le Général SALAN expose le point de vue français :
- Les accords ont prévu que la relève aurait lieu entre le 1er et le 15 Mars et que la date d'arrivée des troupes françaises était à fixer par le commandement français sous réserve d'en aviser le commandement chinois local.
- La date du 6 Mars a été choisie pour des raisons techniques (marée notamment)

- Le Commandement chinois avait d'ailleurs été mis au courant de ce débarquement à plusieurs reprises.En particulier, le 16 Février 1946, au cours d'un entretien qu'il eût avec le Général LU HAN, le Général SALAN ayant annoncé l'arrivée des troupes françaises au début Mars, reçut la réponse suivante : " quelle que soit la date de cette arrivée, elle sera acceptée ". Ensuite au fur et à mesure de l'évolution des accords, le Général SALAN a remis au Général MA YING tous les documents établis et lui a chaque fois fait part du point de vue français. En outre de nombreux échange ont eu lieu avec le 2éme bureau de l'État-major chinois.
- Il ne s'agit d'ailleurs plus d'accord diplomatique, mais d'accord sur le plan local ; tout est à régler entre Général MA YING et le Général SALAN. Le Général MA YING expose la thèse chinoise :
- La date du 6 Mars est trop rapprochée
- Elle est communiquée trop tardivement au Quartier Général chinois
- Les chinois sont responsables de la sécurité et n'ont pas les délais voulus pour prendre les dispositions en conséquence.

Enfin, le 5 à 3 heures 25, le Général SALAN ayant accepté de prendre l'entière responsabilité des incidents pouvant survenir au cours du débarquement, le Général MA YING donne un accord ferme réglant la question. Il est décidé qu'une mission mixte : Général Chef d'État-major de la 53éme Armée. Lieutenant-colonel LECOMTE partira le lendemain matin pour HAIPHONG afin de régler sur place le débarquement.

IV. Au moment du départ de la mission, le Général TCHAO Commandant Adjoint de la 53éme Armée reçoit un T.O du Général Commandant l'Armée(1) lui ordonnant de surseoir à tout débarquement en raison de sa date trop rapprochée. Il ordonne alors à son Chef d'État-major de remettre sont départ à HAIPHONG. Toute la question du débarquement est remise en cause. (Cf.T.O. 1.387 du 5 Mars à 15 heures 20).
Nouvelle conférence, à l'issue de laquelle, à la suite de négociations longues et pénibles entre Général SALAN d'une part, le Général MA YING et le Général TCHAO d'autre part, le Général SALAN obtient que
- Les bateaux français puissent remonter le CUA CAM le 6 Mars et mouiller à proximité du port, sous réserve qu'elles ne débarquent pas avant d'avoir obtenu l'autorisation du Commandement chinois
- Les troupes chinoises ne tireront pas sur les troupes françaises
- Le Commandement chinois donnera aussitôt les ordres nécessaires au Général Commandant la Place de HAIPHONG. (Cf. Compte rendu 2éme Conférence).

(1) Actuellement à TCHUNGKING

V. Le 6 Mars 1946, à 9 heures 15, alors que les bateaux français remontent la rivière de HAIPHONG, le " TRIOMPHANT " et des L.C.I. sont violemment pris à partie par les troupes chinoises à 2 Kms en aval de HAIPHONG. Les bateaux continuent leur route sans riposter ; mais au bout d'une demi-heure, le feu est si intense qu'ils font demi-tour et que la flotte riposte.
A 11 heures 00 seulement, le Commandement français et le Commandement Chinois peuvent faire cesser le feu. 32 morts-34 blessés- de grosses avaries à plusieurs bateaux, tel est le bilan de nos pertes.

VI. Incident maintenu sur le plan local et en partie réglé sur place. Par la suite, le débarquement autorisé par les Chinois débute le 7 au soir et se poursuit actuellement dans une atmosphère cordiale (Cf.T.O. n°426/3.OP du 8 Mars 1946).

CONCLUSIONS

Incident local peut-être, mais dont la responsabilité totale incombe aux autorités chinoises, puisque :
- aux termes des accords, les conditions d'exécution du débarquement étaient à régler sur un plan local. Ainsi les autorités chinoises ne peuvent pas se retrancher derrière les ordres du Gouvernement Central.
- à l'échelon Commandement local il n'y a pas eu surprise puisque :
- en dehors des conversations menées entre le Général SALAN, le Général LU HAN et son État-major, dès le 16 Février de nombreuses entrevues annonçant l'arrivée des troupes françaises pour le début Mars eurent lieu entre les autorités françaises et chinoises fin février et début Mars.
- les 4 et 5 Mars des conversations furent menées sans interruption.
- à deux reprises le Commandement chinois local a donné son accord
o initialement pour un débarquement
o ultérieurement pour la montée de la rivière.
- le Général Commandant la 53éme Armée a affirmé lui-même le 5 Mars à l'officier de liaison qu'il avait donné les ordres nécessaires au Général Commandant la Place de HAIPHONG.
- Les troupes chinoises ont ouvert le feu les premières sur des navires qui remontaient la rivière, les troupes françaises n'ont riposté qu'après avoir supporté sans répondre le feu adverse pendant prés d'une demi-heure.
NB: Une protestation énergique a aussitôt été adressée au Général LU HAN par le Général SALAN (lettre N°384/3.OP du 6 Mars 1946).