résumé de la situation militaire à la date du 30 avrill 1946

RESUME DE LA SITUATION MILITAIRE A LA DATE DU 30 AVRIL 1946

Les différents théâtres d'opérations de l'Indochine présentent une grande variété :
. Quant au but que nous y poursuivons
. Quant à l'adversaire et au terrain
. Quant au résultat atteint Nous passerons en revue ces trois facteurs pour chacun des théâtres.

COCHINCHINE :
Le but poursuivi fut la libération de toute la Cochinchine. En Septembre dernier, le Viet-Minh, violemment anti-français, déclenche une guerre réelle contre nous par tous les procédés depuis les enlèvements d'Européens jusqu'au attaques et destructions des villages amis...... Etant donné la situation de cette colonie, il ne pouvait être question d s'y contenter de demi-mesures : la restauration de l'autorité française sur tout le territoire s'imposait.
L'adversaire évolua. Il tenta d'abord une ébauche d'organisation territoriale, essayant de dominer tout le pays par la terreur. Il transforma ensuite en bandes d'effectif, armement et organisation variable pouvant aller jusqu'à 1.000 ou 1.500 hommes par bandes. Celles-ci se fractionnent actuellement pour devenir demain des groupes et des sociétés secrètes. Les avantages de l'adversaire résident en un excellent réseau de renseignement et d'alertes, une grande fluidité, un armement correct, un encadrement auxiliaire par les Japonais et enfin une parfaite utilisation de toutes les voies d'eau.

Résultat au 30 Avril.
La reconquête du pays est pratiquement achevée sauf quelques ilots au Nord Est et Sud ouest, mais une occupation dense par nos forces est nécessaire pour protéger la masse des Annamites ralliée à la France. Tout village trop éloigné de nos postes est infaillible attaqué.
Une grande activité d'éléments mobiles est nécessaire ne laissant aucun répit aux bandes, les rejetant dans la zone forestière ou dans les marais. Après les accords du 6 Mars un essai loyal de cessation du feu a été fait de notre part avec condition extrêmement avantageuses aux chefs de bandes : les négociations furent sur le point d'aboutir avec plusieurs d'entre eux mais HO CHI MINH leur transmit l'ordre ferme et absolu de continuer.
Actuellement une grande lassitude se fait sentir, certains déserteurs japonais sont rentrés. Les enragés comme NGUYEN BINH sur l'ordre d'Hanoi continueront à lutter sans mollir contre la France mais leur action devient chaque jour moins puissante. En résumé la Cochinchine demandera encore pendant longtemps des effectifs d'occupation importants et très actifs.
Les français sont complétés et remplacés progressivement par des indigènes d'abord simple partisans puis réguliers ou gardes civils. La situation s'améliorera de façon continue si les habitants ne sentent pas chez nous de flottement ; au contraire un recul de la France, si minime soit-il, provoquerait une véritable panique de nos fidèles.

TONKIN :
Pendant tout l'hiver nous fumes appelés au secours par nos compatriotes du Tonkin, en outre nous savions que c'est du Tonkin que partait les ordres de guerre contre nous. Enfin le problème de l'incrustation chinoise se posait. Nous étions donc certains que rien ne serait résolu aussi longtemps que la France n'aurait repris pied au Tonkin. Notre arrivée se fit par surprise, le but n'étant pas comme en Cochinchine l'occupation complète du pays, mais la main mise sur les bases vitales. Depuis, c'est l'amélioration lente en demeurant en garde vis-à-vis des Chinois et des Annamites.
Outre les incidents locaux toujours possibles, il est prudent d'envisager une révolte plus ou moins généralisée. Il est donc nécessaire de tenir solidement les bases et les axes qui les relient, ce qui réclame d'ailleurs moins d'effectifs qu'en Cochinchine. Si toutes les négociations entre Gouvernement français et vietnamien éclatent, il sera vraisemblablement nécessaire d'étendre notre action dans le Delta sans toute fois nous lancer dans une oeuvre de pacification complète : tenir les ports, Hanoi, protéger certains massifs peuplés de minorités favorables et voir venir... tel me semble être l'objectif raisonnable. Si, au contraire, comme il est permis de l'espérer, les chinois partent et les Annamites signent, alors il s'agira de les aider à rétablir l'ordre dans leur propre pays (moyenne et haute régions) mais ceci semble infiniment moins urgent.

ANNAM :
Il fut nécessaire d'occuper le Sud-Annam en tant que bastion avancé couvrant Cochinchine, nous nous sommes limités à dessein à la région allant de Phan Tbiet à Van Gia, le territoire occupé couvrait ainsi Dalat, nous donnant les deux routes Ninh Hoa-Ban, He Thuot et Phan Rung-Dalat. La région servit ensuite d'expérience en ce qui concerne les commissions d'armistice franco-vietnamienne ; on connaît les résultats : l'hostilité du Gouvernement d'Ho Chi Minh à l'égard de la France s'y est affirmée.
Tourane, lui devaient également être occupées en raison de l'importante colonie française et en tant que escale intermédiaire navale et aérienne. Par contre tout le reste d l'Annam en particulier Qui Thon, Quang Hgai, Vinh, nous importent peu jusqu'à la signature des accords.

LAOS :
La reconquête du Laos, partie du sud, de la région du Savannakhet, vers le nord, présenta un caractère original car les adversaires principaux n'en furent pas les habitants.
A Thakhek, Paksane, Vientiane... nous nous sommes battus contre des Annamites, des Siamois et des chinois. Les combats en furent plus durs, mais par contre la pacification en est rendu infiniment plus facile. Les groupes parachutés l'été dernier dans tout le pays et ravitaillés par avions aidèrent beaucoup notre reprise. A l'heure actuelle nous progressons ver Luang -Puabang malgré l'opposition des chinois et, sans préciser de date, on peut affirmer que cette ville sera bientôt atteinte. Le Laos pourra ensuite être tenu par des effectifs faibles.

CAMBODGE :
Grâce à ces arrestations politiques opportunes en Octobre 1945, la pacification du Cambodge est infiniment plus avancée. Au point de vue militaire nous en sommes déjà à l'organisation de l'arche locale cambodgienne : 16 compagnies avaient été autorisées mais le budget royal ne permettra sans doute pas d'atteindre ce chiffre. En outre, le Cambodge a fournie de nombreuses recrues indigènes en particulier dans les groupes d'artillerie de Corps d'Armée ainsi qu'à la brigade de Madagascar.

CONCLUSION :

Etant donné l'étendue du pays et l'importance de la population, l'idée de manoeuvre fut toujours de reprendre ce qui est nécessaire, rien de plus. Sinon la France se trouvera entrainée dans une aventure dépassant les possibilités actuelles. Les ambitions dans ce pays à l'époque où nous vivons doivent être à la mesure des moyens, sinon c'est la catastrophe. Il vaut mieux tenir solidement la moitié ou le tiers plutôt que faiblement la totalité. Nous tenons maintenant tout ce qu'il faut pour négocier : ports, riz, caoutchouc, charbon, Cambodge, Laos, ... propices aux bases terrestres, navales ou aériennes.
Il ne faut pas être surpris du grand malaise régnant encore au Tonkin et en Annam. Ce malaise provient de ce que le Gouvernement d'Ho Chin Minh était fermement décidé à mettre la France à la porte.
Tous ses actes, ses paroles, ses écrits le prouvent. Notre retour beaucoup plus rapide et plus puissant qu'ils ne l'escomptaient les déconcerte. Il n'en reste pas moins que négociations et accords sont nécessaires, il ne s'agit plus à l'heure actuelle de s'imposer par la force à des masses qui désirent évolution et nouveauté. Sinon aucun relâchement de notre effort militaire ne sera possible avant longtemps. L'adversaire est d'ailleurs lui-même fatigué, et inquiet sur ses arrières du côté chinois ; il appartient à nos négociateurs de savoir utiliser ces circonstance favorables en discernent où doivent s'arrêter les concessions faites par le France sans compromettre notre avenir en Extrême- orient.