Nouvelle n°017 du 7 Octobre 1945

SOUS DELEGATION DU HAUT COMMISSAIRE DE FRANCE POUR LA ZONE SUD
DIRECTION GENERALE DE L'INFORMATION
JF/GM/7/122
Saigon, le 7 octobre 1945
NOUVELLE N°017
ALLOCUTION DU GENERAL LECLERC A LA POPULATION FRANCAISE DE SAIGON
DANS LE PARC DU PALAIS DU GOUVERNEUR GENERAL
LE DIMANCHE 7 OCTOBRE 1945 A II HEURES.

" Je ne vous ferai pas attendre longtemps sous le soleil, mes chers amis.
Mon premier devoir en mettant le pied dans ce pays est de vous apporter le Salut de la France et de vous affirmer que les problèmes qui restent à résoudre seront résolus. Je vous l'affirme. Pourquoi ? En raison de ce que nous avons vu depuis 5 ans. Ici, l'Indochine a été un parent pauvre. En quarante, seule dans le drame, la FRANCE a subi le choc de l'Allemagne, elle a perdu la bataille. J'ai eu l'occasion d'avoir sous mes ordres des Français du monde entier et de tout l'Empire. Vous connaissez le rôle qu'ils ont joué et aussi le rôle de la France sur la mer. Enfin rentrant en FRANCE, il y a un an, j'ai constaté ce qu'avaient fait nos compatriotes. Depuis quatre ans, je croyais en la victoire et j'avais raison d'avoir confiance. Depuis six mois, vous avez vécu des heures pénibles. Les mêmes heures que les Français pendant 4 ans.
Et c'est au moment où nous remportions la victoire, qu'en Indochine les difficultés ont commencé. La FRANCE, l'une des Nations Unies, a gagné la guerre. Nous avons célébré la victoire à PARIS, à STRASBOURG, à BERCHTESGADEN. Nous la célébrons aussi à Saigon et à Hanoi. Pendant 5 ans on vous a prêché la résignation. Aujourd'hui ayez une mentalité de victorieux. Mais prenez patience. Représentez-vous ce qui se passe aujourd'hui dans le monde entier. Peut-être avez-vous pensé que la FRANCE vous oublie, qu'elle est lente à agir ? Toutes les difficultés se présentent à la fois.
Il y a un an, tous nos ports étaient démolis. Nos voies ferrées l'étaient également. Pour recréer notre équipement industriel, nous allions nous heurter aux plus grandes difficultés, et, dans les autres pays, même victorieux, les plus grandes difficultés se présentent. Mais je pris vous affirmer, nous les vaincrons. Donc patience. N'oubliez pas qu'à l'époque de la T.S.F. il faut encore 40 jours à un bateau pour venir de FRANCE, et à certains bureaux français 60 jours pour adopter une solution. Ce que je vais vous demander, bien que peu d'entre vous soient en uniforme c'est le maximum de discipline. La discipline n'est pas difficile lorsqu'on a devant soi des ennemis même pour des civils.
Pour des militaires encore bien moins; peu importe une rafale de mitrailleuse de plus ou de moins, mais la situation est entièrement différente en Indochine. Les Indochinois, égarés momentanément par une propagande funeste, ne sont pas nos ennemis, ils auront encore leurs rôle à jouer dans la Communauté Française. Vous savez bien que, demain, ils seront prêts à reprendre ce rôle et je vous demande la plus entière et la plus complète discipline à leur égard, car ce ne sont pas des ennemis. De la discipline donc, surtout pour ceux qui ont été récemment remobilisés pour la sécurité de Saigon.
Je tiens à remercier ceux qui ont sauvé notre Indochine. En disant ceci, je ne puis guère donner de noms. Je ne connais pas suffisamment ceux qui depuis 5 ans, dans la résistance, ont maintenu le drapeau français. Je remercie particulièrement ceux qui depuis 2 mois nous ont aidés, et surtout le Colonel CEDILE, présent aujourd'hui, comme il l'était il y a cinq ans au Cameroun. Je remercie aussi particulièrement le général GRACEY, qui n'est pas ici-mais je vous l'affirme, qu'il a pris toutes les mesures indispensables. Enfin, je me recueille en songeant à ceux qui sont tombés pour la France.
Il y a quelques mois, les Français tombaient sous les bombardements des Alliés, sous nos propres coups, pour reprendre nos villages et nos villes. Vous n'avez que peu connu ces épreuves. Honneur à ceux qui sont tombés pour la FRANCE. Je m'incline devant eux et affirme qu'ils ne seront pas oubliés. Je pense aussi avec émotion à ceux qui ont disparu. Nous ferons tout pour les retrouver. Quant à moi, je suis venu ici préparer l'arrivée de l'Amiral D'ARGENTLIEU, en rétablissant l'ordre. Nous prenons toutes les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre. Mettez-vous à l'unisson du Peuple français qui vient de remporter la Victoire. Vous avez le droit de prendre part à cette victoire.
Maintenant, nous allons nous rendre devant le monument aux morts pour y déposer une couronne et songer à ceux qui sont tombés pour sauver l'INDOCHINE.

Vive De Gaulle
Vive la France

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