La Division Leclerc, la 2e Division Blindée

LA DIVISION LECLERC, LA DEUXIEME DIVISION BLINDEE.

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

Le 24 août 1943, le général Leclerc reçoit le commandement de la 2e division blindée à former. Sa création résulte de la décision prise par le CFLN, le 1er août 1943, de réorganiser l'armée française en rassemblant Forces françaises libres, Armée d'Afrique et troupes coloniales. La 2e DB est l'une des trois divisions blindées dont l'équipement par les Américains, a été négocié par Giraud avec Roosevelt à Anfa (janvier 1943). Leclerc établit son PC à Témara au Maroc près de Rabat, non loin du port de Casablanca où sont débarqués les matériels américains et pour recevoir l'instruction indispensable à la maîtrise de ces nouveaux engins. C'est la première grande unité dans laquelle se trouve réunis des Français qui, depuis trois ans étaient séparés par les circonstances. Il organise sa division, selon le modèle américain des combat commands qu'il appelle " les groupements tactiques ", formation interarmes qui associe des chars, de l'infanterie portée et des canons automoteurs. Leclerc considère que sa plus belle victoire a été la constitution de sa division. La formation de la 2e DFL, future 2e DB n'a pu être réalisée avec la seule " Force L " même avec des renforts FFL de Libye. Au noyau initial de 3 500 Français libres, Leclerc intègre des unités de l'armée d'Afrique, le 12e RCA et le 12e CUIR composés de 3 600 soldats de l'empire dont une majorité d'Algérie et du Maroc, 3 000 évadés de France par l'Espagne, des Corses, des Républicains espagnols, des volontaire féminines recrutées aux Etats-Unis puis au Maroc. Le groupe Rochambeau doté de 19 ambulances Dodge, a été créé aux Etats-Unis par une Américaine, Florence Conrad, en hommage à la participation du général français à la guerre d'Indépendance américaine. Leclerc a accepté avec réticence les femmes intégrées finalement au 13e bataillon médical, comme ambulancières et qui resteront jusqu'à Berchtesgaden. Lors de son départ en Angleterre, l'effectif de la division est de 14 490 hommes. Réalisant l'amalgame avant l'heure, Leclerc réussit à construire une division cohérente constituée d'hommes et de femmes de confessions, de convictions multiples et d'origines géographiques très diverses. Depuis le ralliement du Cameroun, Leclerc a commandé des Français et des Européens convaincus de la nécessité de poursuivre la guerre, des soldats de l'Empire,Tchadiens, Syriens, Alaouites, Libanais Nord-Africains et des volontaires étrangers. Si les Africains ont constitué l'essentiel des ressources de la colonne Leclerc et de la " Force L ", la mise sur pied de la 2e DB, se fait à leurs dépens. Ils sont versés à la 1ère DFL sur injonction américaine lorsqu' est décidée sa transformation en division blindée. Ce " blanchiment " imposé ne doit pas occulter le rôle de l'Afrique noire dans la constitution du noyau historique originel. La 2e DB trouve son unité au combat. De Gaulle ayant fixé en décembre 1943 l'objectif de libérer Paris à Leclerc, la 2e DB est transférée en Angleterre en avril 1944 pour parfaire son instruction. Pour matérialiser l'union, il fait réaliser un insigne, une France sur fond bleu, surchargé d'une croix de Lorraine. Intégrée à la 3e armée de Patton, la DB débarque à Utah le 1er août et reçoit l'épreuve du feu pour la fin des opérations de la libération de la Normandie. Les groupements tactiques, et un groupement de reconnaissance progressent par le Sud et l'Ouest de la capitale. Ils cernent l'ennemi et l'oblige à capituler. La 2e DB aidée des FFI libère Paris rapidement et sans dommages le 25 août 1944. Elle livre du 26 au 30 août de durs combats au Bourget pour repousser la contre-attaque allemande. Ces combats lui valent de connaître les plus importantes pertes humaines pour la libération de Paris. Ayant reçu pour objectif Epinal, elle poursuit sa progression. Regroupée dans la région de Bar-sur-Aube, elle effectue la liaison le 12 septembre à Nod-sur-Seine, avec des éléments de la 1ère DFL du général Brosset, symbole de la participation de FFL à la libération de la France. La DB repousse une attaque ennemie à Dompaire (15 sept), libère Baccarat (30), enlève Badonviller (17-18 novembre), franchit les Vosges le 22, et libère Strasbourg le 23. Rattachée à la 1ère armée de De Lattre, elle participe à la réduction de la poche de Colmar. La campagne d'Alsace est éprouvante et coûteuse en pertes humaines. A la demande de Leclerc, la DB est replacée dans le dispositif américain. Après une période de repos à Châteauroux - une partie de la division aux ordres de Langlade participe à la réduction de la poche de Royan (15-17 avril 1945) -, elle prend part à la chevauchée finale en Allemagne avec la prise de Berchtesgaden le 5 mai. Le bilan de la campagne d'août 1944 à mai 1945 est de 1687 tués et 3 300 blessés. Unité d'exception, la 2e DB compte 155 hommes et quatre régiments Compagnons de la Libération.. Le 22 juin 1945, Leclerc, appelé à un autre poste, confie sa division au colonel Dio, un des premiers ralliés au Cameroun, et recommande à ses hommes de conserver leur esprit et leur conseille de se réunir. L'Association des Anciens de la 2e DB créée en 1945, en perpétue le souvenir depuis. (5186 c)

Christine Levisse-Touzé. In Dictionnaire historique de la Résistance
sous la direction de François Marcot avec la collaboration de Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé,
collection Bouquins chez Robert Laffont, 2006

Pour en savoir plus : Général Compagnon, Leclerc, Maréchal de Franc, Flammarion, 1994 ; André Martel, Leclerc, le soldat, le politique, Albin Michel, 1998 ; Du capitaine de Hauteclocque au général Leclerc, sous la direction de Christine Levisse-Touzé, Complexe 2000 ; Christine Levisse-Touzé, Philippe Leclerc de Hauteclocque, la légende d'un héros, 1902-1947, Tallandier, 2002.