COMPTE-RENDU E.M.F.F.I. SUR LES EMISSIONS DU 23 et 24 AOUT 1944 et le COMMUNIQUE S.H.A.E.F. du 24 AOUT 1944

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

COMPTE-RENDU E.M.F.F.I.

SUR LES EMISSIONS DU 23 et 24 AOUT 1944et le COMMUNIQUE S.H.A.E.F. du 24 AOUT 1944

D'après un message reçu dans la nuit et qui annonçait l'occupation des principaux bâtiments dans Paris, l'échec des assauts allemands et l'accord favorable aux F.F.I. qui avait pu être passé, et qui en même temps marquait une déception du silence de la B.B.C. sur cette affaire, il a été rédigé par M. BORIS un message du Général KOENIG à la population parisienne.

Le Gouverneur militaire de Paris exprimait sa satisfaction aux F.F.I. et donnait des consignes pour les jours à venir.

Dans la matinée cet appel a été transformé en un communiqué de la même teneur. Ce communiqué est passé à l'émission française de midi trente (pièce jointe N° 1). Il a été précédé de la Marseillaise et de la phrase suivante : "L'Etat-Major du Général KOENIG nous apprend la libération de Paris." Dans l'après-midi le Général REDMAN était saisi d'une protestation de SHAEF demandant d'où nous tenions ces informations et pourquoi le texte de ce communiqué n'avait pas été soumis à son visa.

Il a été présenté au Général REDMAN les messages qui donnaient une liste incomplète des nombreux points importants tenus dans Paris par les F.F.1 et en même temps les messages retraçant l'histoire des négociations et leurs suites. Nous avons pu faire remarquer que le terme "libération de Paris" ne se trouvait pas dans notre communiqué mais seulement dans la présentation de ce dernier par la B.B.C.

Dans la nuit du 23 au 24 et dans la matinée du 24 la suite des câbles confirmait les résultats acquis jusque là, indiquait que les combats avaient repris toute leur violence et demandait que l'aide des Alliés vienne permettre de consolider leurs positions.

Dans la matinée du 24, M. BORIS a rédigé avec notre accord une communication donnant les détails que nous connaissions sur la bataille dans Paris depuis le 19. Ce texte a été soumis à SHAEF et diffusé presque sans changements (pièce jointe n° 2). En fin d'après-midi nous apprenions par le Service d'Information de Carlton Gardens et par M. BORIS que SHAEF avait donné à l'Associated Press le communiqué ci-joint (p.j. N° 3) .

Ce texte ne tenait aucun compte du fait que les F.F.I. se sont emparés des principales positions de la ville seuls et avec un armement d'autant plus réduit qu'aucun parachutage d'armes n'avait été fait dans la région depuis plusieurs mois, et que s'il leur a été apporté une aide ce n'est qu'après 4 jours de combat. (suite annexe 16)A }6_ 2 - "On déclare officiellement que l'information radiodiffusée selon la¬quelle la 2ème Division blindée française, commandée par le Général LECLERC, était entrée à Paris, n'a pas été soumise à la censure du Commandement suprême" RESISTANCE ALLEMANDE ENTRE PARIS ET VERSAILLES La libération de Paris n'est pas encore un fait accompli.

La déclaration du G.Q.G. est sur ce point catégorique. Après avoir sollicité des F.F.I. maîtresses de la capitale, un armisLic les Allemands sont brusquement revenus sur leur parole, et il semble qu'à la suite de cela de violents combats se soient engagés dans certains quartiers.

Dans l'ensemble il apparaît pourtant que les Français continuent à con¬trôler la majeure partie de la ville. Les forces allemandes disponibles se sont plutôt disposées de manière à arrêter le plus longtemps possible les forces alliées qui poussent vers Paris, pour répondre à la demande d'aide des F.F.I. Les dépêches signalent d'importants points de résistance ennemie à l'Ouest de Paris, entre la capitale et Versailles, vraisemblablement dans la vallée de Chevreuse. D'après certaines informations, il semblerait que les Aile mands aient incendié une aile du palais de Versailles.

Hier soir, le correspondant de B.U.P., Gordon Fraser, télégraphiait : "Notre impression ici est que les Allemands n'ont nullement l'intention d'abandonner la région parisienne san:: combattre." Il s'agit là naturellement d'une impression personnelle. Les positions allemandes à l'ouest et au sud-est de Paris semblent en fait difficilement tenables, si on considère le front par son ensemble.

La déclaration de l'agence allemande d'information donnée au début montre bien d'ailleurs qu'à Berlin on n'a guère d'illusions là-dessus. L'agence allemande a annoncé que des "terroristes" ont tenté de s'emparer de certains quartiers de Paris. A la suite de quoi ces quartiers ont subi de grands dégâts.

(B.U.P.)