Mezières sur Ponthouin retrouve enfin son Sherman

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

Le 10 août 1944 à 9 heures du matin

Comme nombre de ses compatriotes du canton, notre correspondant Jacques Parisot s'est passionné pour cette histoire qui fait aujourd'hui de Mézières un site unique en Europe.

Grâce à divers témoignages et à l'immense travail de recherche mené par Alexandre Aubry, ce dernier a pu reconstituer par le détail les événements de cette fatidique journée du 10 août 1944. Ecoutons-le !

" C'est le 9 août à 11 heures du matin que le général Leclerc, commandant .la 2e D.B., reçoit à son poste de commandement avancé de la Chapelle-Saint-Aubin l'ordre de progresser en direction du Nord, de la part des Américains; en l'occurrence le général Haeslip.

Deux groupements tactiques, eux-mêmes divisés en quatre sous-groupements s'élancent donc entre la rivière Sarthe et le méridien d'Yvré-l'Evêque, l'itinéraire " D ", le plus à l'Est, étant placé sous les ordres du commandant Minjonnet Après avoir passé Savigné-­l'Evêque et Courceboeuf, c'est le premier accrochage à 9 heures du matin au lieu-­dit " Le Sablon " dans les faubourgs de Mézières-sous-Ballon. Les chars " Bordelais " et " Armagnac " tombent dans l'embuscade tendue par l'armée allemande.

Le blindage des Sherman ne résiste pas aux canons de 88 dont sont équipés les Mark IV de la Panzer division. Et puis comme le souligne M. Aubry, l'effet de surprise est total car les chars nazis sont particulièrement bien camouflés tandis que la 2e D.B., habituée aux campagnes d'Afrique, découvre le bocage du Maine-Normand.

Jusqu'à 11 heures, près de 400 obus seront tirés par les deux camps avant que la colonne Massu tente de prendre l'ennemi à revers.

C'est l'épisode de " Tertre Grippe " où cette fois l'équipe du " Navarre " est prise de plein fouet et dont le pilote Jean Castalion sera fait prisonnier.

Ces combats, les premiers sur le sol français de la 2e D.B. coûteront la vie à23 militaires français tandis que du côté allemand les pertes réelles ne seront jamais connues officiellement ".

 

 

Mézières-sur-Ponthouin retrouve enfin son Sherman

L'hommage du village à la 2e D.B.

  

Dans le petit matin frisquet, alors que les nappes de brume s'attardaient dans les vallons de ce coin du Saosnois, ils étaient quelques-uns à ressentir une émotion toute particulière.

 

Pourtant au bout de la grue dépêchée par l'entreprise Merdrignac, les 32 tonnes de ferraille d'un char d'assaut fraîchement repeint dans les ateliers de l'ETAMAT ne constituaient pas, à priori, un spectacle des plus bouleversants ; sauf que, parmi les curieux, muni de son appareil photo, Jean Castalion se replongeait forcément quelque 52 ans en arrière ; "pour la bonne raison que ce 10 août 1944, j'aurais dû mourir ici avec les copains. Comme le lieutenant d'Arcangues qui était avec nous à bord du " Navarre ", comme mon copilote ou le chargeur radio qui sont morts sur le coup ".

Jour de chance

Mais ce jour-là, malgré les cinq obus allemands qui ont transpercé le blindage du Sherman, Jean s'en sortit sans une égratignure.

" J'ai sauté dans le fossé en traînant mon pauvre lieutenant qui avait les deux jambes coupées. C'est lui qui m'a dit de foutre le camp I J'ai encore échappé à une grenade puis plus tard prisonnier quelques heures au château de Dangeul, j'ai réussi à m'évader avec un collègue. Comme m'a dit Massu j'ai vraiment eu beaucoup de chance ce jour-là ".

12 ans d'attente

Chaque année, à Mézières-sous-Ballon (associé à Ponthouin en 1964) une émouvante cérémonie le 10 août rappelle le sacrifice des libérateurs.

" Alors, forcément, à chaque fois que l'on accueillait un officiel, on parlait de ces choses-là et de ce que l'on pourrait faire pour aller encore un peu plus loin. C'est au 40e anniversaire qu'un général venu en hélicoptère a suggéré pour nous faire plaisir de nous attribuer un vieux Scherman. Vous pensez d'une belle fortune!"

Sauf que cette fortune-là, Massu ayant enfoncé le clou lors des commémorations du Cinquantenaire de la Libération, Marcel Lalluet allait l'attendre encore 12 ans, les militaires n'étant pas par nature des gens pressés.

" Faut plus parler de tout ça aujourd'hui ", efface le brave homme d'un coup de menton. "

 

Alors pour que personne n'oublie ses camarades morts en libérant le village de Mézières, Jean s'est démené pour que l'armée "marque le coup " d'une manière ou d'une autre.

" ici on a toujours été respectueux de cet épisode de guerre, le premier sur le sol français de la 2e D.B. Alors sans arrêt, j'ai écrit aux militaires et aux politiques pour qu'ils n'oublient pas ".

Heureusement, dans son combat, l'ancien pilote du " Navarre " n'était pas seul. De son côté, Marcel Lalluet, maire de la commune depuis 25 ans (avant de passer la main à Gilbert Garrouis) pour avoir été le témoin de ces faits, ne s'était jamais résolu à laisser cette " affaire " en l'état. L'important c'est que dimanche soit jour de fête et que ce char permette aux jeunes générations de mieux comprendre ce qui s'est passé à Mézières ".

Comme l'a dit si joliment l'historien sarthois Alexandre Aubry présent lui aussi hier matin "Aujourd'hui c'est notre patrimoine historique qui revit !"

 

Michel Bonté