La Libération de la Sarthe

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

LA LIBERATION DE LA SARTHE

 

Tourangeau de naissance mais Manceau depuis 1939, Jacques Berthelon, durant l'hiver 42/43, décide de rallier la France Libre.

Jacques BERTHELON

 

Il passe par les Pyrénées. Un guide le conduit vers l'Espagne. Il tombe comme beaucoup, dans les mains de la "Guardia Civil", il est interné avec beaucoup d'autres jeunes qui suivaient le même chemin. Il passa quelques jours, dans un hôtel d'une ville d'eaux Cestona. Cette situation relativement confortable ne durera pas. Tous ces garçons vont être dirigés sur le camp de Molinar où la vie sera spartiate. Il y restera 6 mois. Avec ses camarades, il sera enfin autorisé à passer au Maroc et il s'engage à la 2e D.B. alors en formation à Temara (petite plage entre Casablanca et Rabat) il est affecté au 2e Bataillon du R.M.T. Puis ce sera l'Angleterre, dans la région de York à Hale. Enfin, le grand départ que nous attendions tous, direction les plages de Normandie.

Malheureusement, pour lui la Campagne de France sera courte. Il sera très durement touché par des éclats de grenade lors des rudes combats de Doucelles le 11 août 1944. Doucelles où s'illustreront le Capitaine Scimmarcelli futur Conseiller à la Cour de Cassation, le lieutenant Lucchesi qui après la guerre devient Secrétaire Général de la Préfecture de la Sarthe, puis Préfet de l'Orne. Le Lieutenant H. Karcher qui 15 jours plus tard recevra la reddition du Général Von Choltitz, Gouverneur de Paris. Plusieurs de nos camarades trouveront la mort dans ces combats dont le Lieutenant Bissagner, Compagnon de la Libération. Jacques Berthelon fût soigné au Café Breton avant d'être pris en charge par une ambulance des Marinettes (Ambulancières des Fusiliers Marins). Il souffrira toute sa vie de ses blessures. Ses yeux avaient été atteints et l'âge venant son acuité visuelle ira en diminuant. Le Conseil Municipal de Doucelles l'avait nommé "Citoyen d'Honneur".

Démobilisé après l'armistice, il entre à la Préfecture de la Sarthe. Puis il prendra la direction du Bureau d'Aide Social de la Ville du Mans. Il dirigea ce service jusqu'à sa retraite.

Dès le retour de nos camarades, il participe à la formation des Associations des Anciens Forces Françaises Libres (F.F.L.) et des Anciens de la 2e D.B. au côté de Raymond Dronne dont il était l'ami.

Il restera à la Présidence de  ces deux associations jusqu'à son décès. Jacques Berthelon était titulaire de la Croix de Guerre, de la médaille militaire et Chevalier de la Légion d'Honneur.

 

Marcel BOISJEAN Président des Français Libres de la Sarthe

 

 

LA 2EME D.B. DANS LA GUERRE À SON DÉPART DE NORMANDIE

 

Le Général Leclerc avait, de son poste de commandement à La Chapelle-Saint-Aubin, mis en place diverses unités de sa Division pour le franchissement de la Sarthe à Neuville afin de les lancer par Maule et la Trugalle dans les communes du Nord du Département.

Très rapidement, les éléments de reconnaissance se heurtent à des unités de la 9e Panzer, arrivée de Nîmes, retardée par la Résistance ; cette Division a pour mission de protéger le noeud vital d'Alençon et les grands itinéraires de décrochage de la r" Armée allemande, menacée d'encerclement en Normandie et battant en retraite devant la pression des forces anglo-américaines.

Ceci explique le degré de violence et l'acharnement des combats entre les Panzers nazis et la 2e D.B.

 

 

L'insigne célèbre de la DB

 

 

L'INTERVENTION DE L'AVIATION ALLIÉE PERMET LA LIBÉRATION DU NORD SARTHE EN DIRECTION DE MÉZIERES-SOUS­PONTHOUIN.

 

Cette bourgade, située à l'écart des grands axes routiers nationaux ou, départementaux et dont la population compte alors 690 habitants, ne s'attend pas à ce que sa commune soit le lieu d'un des premiers combats, pour ne pas dire le premier, sur le Territoire National entre Allemands et Français, si le bourg par lui-même ne fut pas touché, deux lieux-dits "Le Sablon" et "La Saunerie" vont connaître de vifs et brefs affrontements.

En ce premier jour, la mise en route est tant soit peu laborieuse, l'avant-garde du sous-Groupement Massu est arrêtée au carrefour des Quatre-routes (intersection de la R.D. Le Mans-Ballon et du V.O. Joué-l'Abbé-Cour­ceboeufs par le Général Leclerc qui brandit sa canne ; à des véhicules du Groupement Dio se mêlent des éléments du sous-Groupement Massu et auxquels un contre-ordre n'est pas parvenu à temps. A quelques kilomètres, le sous-Groupement Minjonnet venant de Savigné-l'Evêque, traverse Courceboeuf sans marquer le moindre arrêt, paraissant ignorer les acclamations des villageois, sidérés par le défilé de cette colonne ferraillante qui transforme le calme de ce matin d'été en un véritable orage d'acier.

Un hameau est traversé en trombe, les Marsouins du Régiment de Marche du Tchad notent machinalement son nom, à la sortie, le Jarrossay, dans les cours des fermes, les paysans, bras ballants, pensent qu'il vaut mieux remiser les outils pour la journée, il est 9 heures.

Le peloton de chars du Lieutenant Zagrodski aborde la départementale 6 reliant Ballon à Bonnétable, quelques maisons : le Hameau du Sablon, la manoeuvre est inspirée des idées défendues au Maroc par les cavaliers ; chars en tête, fantassins derrière. Il faut bientôt déchanter quant aux mérites de ce dispositif en découvrant la valeur de l'antichar, le 88 PAK. L'air vibre, agité par un invisible maelstrom horizontal, un craquement comme celui d'une branche morte ; au bout, l'éclatement d'un impact. Le char de Zagrodski hoquette semble se cabrer en secouant sa poussière et s'immobilise, empanaché de fumée grise ; le chargeur s'éjecte, roule dans la poussière.

Zagrodski s'assure d'abord qu'il ne peut rien pour son pilote puis s'extrait à son tour de son panneau ; il se laisse glisser le long du blindage, déjà brûlant, dont la peinture s'écaille en brunissant ; il pose pied à terre, parcourt un mètre, prend son élan pour se jeter dans un fossé. Il n'y arrive pas, une mitrailleuse griffe la terre devant lui ; les impacts se rapprochent, ils escaladent les jambes, percutent la poitrine.

 

ZAGRODSKI BOULE ET ROULE SUR LE DOS, L'OEIL FIXE REGARDANT LE CIEL SANS CILLER.

 

Les deux chars qui suivent n'ont pas le réflexe de stopper à temps. Invisible, camouflé dans le bosquet, juste en face un Jadgpanther est embusqué, fauve à l'affût. Il ne leur laisse aucune chance. Par deux fois son canon aboie. Par deux fois, touchés à mort les deux M.I. (chars légers) s'ébrouent sur ce coup de poing imparable.

Le sous-lieutenant d'Arganches, avec le second peloton franchit alors la départementale d'un seul élan et utilisant une zone boisée, déborde sur la gauche, suivi par la Section du Lieutenant Jamot du 2e Bataillon du Tchad qui galope sur ses traces.

Un sous-officier observateur ennemi, surpris juché dans un des grands arbres bordant la route est capturé, mais l'embuscade meurtrière se retourne contre d'Arcanches, mortellement atteint, pleinement conscient et serein ; il continue à donner ses derniers ordres ; les quatre chars survivants du peloton se replient avec la section d'infanterie. Bieder, un solide Lorrain de la section des Marsouins, ramène sur ses épaules deux blessés des Shermans détruits ; Djilali ben Lahcen, le boxeur amateur de Casablanca et son compagnon, Mohamed ben Allal sont restés sur le terrain, foudroyés sur leur mitrailleuse en batterie, surpris par le tir de flanc d'une arme invisible ; les deux premiers tués de la section.

Il est 11 heures, l'appui aérien demandé par Minjonnet survient, mettant fin à la résistance de l'automoteur allemand 75 PAK contre lequel l'artillerie du 40ème R.A.N.A. a été impuissante. L'intervention de deux Thunderbolt américains, termine le combat meurtrier du Sablon.

Ce 10 août, à 14 heures, l'avant-garde du sous-Groupement Minjonnet est stoppée au carrefour de "La Saunerie" et à 16 heures, la 6e Compagnie du Régiment du Tchad reçoit l'ordre d'enlever de vive force le pont sur l'Orne en direction de Ponthouin.

Le contact est brutal donnant lieu à un engagement de courte durée mais violent ; L'adversaire contre-attaque et emprunte le lit de la rivière pour arriver à portée de grenades des half-tracks des Marsouins mais la riposte immédiate des obusiers de 75, "les lance-patates" met fin à leur tentative de débordement.

C'est la débandade chez l'ennemi qui laisse sur le terrain une quinzaine de tués ou blessés et dix prisonniers; la Compagnie du Tchad a, quant à elle, sept blessés et sept tués dont l'Adjudant-chef Quentin, promu à titre posthume en 1946 Compagnon de la Libération ; du côté français, le bilan en cette fin de journée est très lourd : sept chars hors de combat, notamment deux au carrefour de l'Espérance et une vingtaine de tués, plus de 400 obus ont été tirés.

A 18 heures, la colonne repart pour Congé, Lucé, Nouans et aperçoit à 1 km de cette dernière localité une batterie Allemande épaulée par des armes anti-chars et des tireurs d'élite ; l'ensemble est mis hors d'état de nuire par les salves dés 105 du Capitaine Ramières.

 

 

LES S.S. OCCUPENT DANGEUL POUR S'OPPOSER À L'AVANCE ALLIÉE

 

Les 8 et 9 août, une formation motorisée de S.S. s'établit à Dangeul et prend ses positions de défense ; des chars se mettent en place pour s'opposer à l'avance des Alliés ; d'autres blindés stationnent dans le parc du château dans l'éventualité ou l'adversaire déciderait de ne pas attaquer par la route mais par les bois environnants.

Vers 15 heures 30, les écuries et les étables d'une ferme toute proche sont en flammes, incendiées sur l'ordre d'un Colonel de 25 ans, nommé Baker sous le prétexte que des communistes ont tué quatre de ses soldats.

A Monsieur de Fleuriau, propriétaire du Château et maire de la commune, le nazi oppose un refus catégorique à sa demande de se rendre sur les lieux du sinistre.

Au même moment, les habitants de Dangeul entendent le fracas de chars en progression, accompagné du tac, tac, tac de mitrailleuses et de coups de canons.

Les blindés et half-tracks de Minjonnet sont en contact avec l'ennemi, après avoir traversé une campagne déserte et étrangement silencieuse... le temps pesant sous un soleil ardent est suspendu ; le calme est brusquement rompu et un lieutenant Américain, chef d'un peloton d'automitrailleuse, la sienne a été foudroyée à deux reprises par un char Allemand, vient s'informer du nom du village. Appartenant à la 5e D.B.U.S., chargée de la progression sur Mamers, il s'est égaré, tombant dans l'embuscade à la place des Français. Une ambulance arrive pour procéder à l'évacuation des blessés mis à l'abri dans un fossé.

 

 

ACTION CONCERTÉE DES AMÉRICAINS ET DES FRANÇAIS. LES ALLEMANDS RÉSISTENT À DANGEUL.

 

La nuit tombe et les Libérateurs s'organisent en carré, à la sortie nord du village dans une vaste prairie, bordée de haies et de hauts taillis ; une section de l'infanterie de marine est en position sur chaque face, les véhicules collés aux couverts ; officiers et soldats en profitent pour faire leur toilette dans une mare-abreuvoir.

Soudain, la terre tremble et le ciel flambe ; l'air se déchire sous l'effet d'une terrible explosion qui glace les coeurs ; deux autres explosions moins puissantes suivent... la patrouille de sécurité envoyée dans les taillis de la face Est vient de tirer à la rocket sur la masse d'un engin, indistincte dans la pénombre... un camion allemand chargé de vingt tonnes de bombes d'avion vient d'exploser, le conducteur, fuyard inspiré est capturé.

Tout le secteur est en ébullition. A trois mètres de là, un lieutenant silésien amené à l'Etat-major du G.T.L. a saisi l'occasion pour tenter sa chance vers la nuit et la liberté. Une rafale de mitraillette d'un des gardiens lui coûte ses espoirs et la vie. Lorsque la bataille cesse, les voitures allemandes en flammes mettent le feu aux arbres du parc du château dans lequel elles stationnent : un "Sherman" de la D.B.U.S., calciné, est le témoin de l'acharnement des antagonistes. Les actions concertées des Américains et des Français viennent de libérer Dangeul..

 

 

LE 10 AOUT MAROLLES­LES-BRAULT EST AU COEUR DE LA BATAILLE.

 

Ce chef-lieu de canton connaît les rigueurs de la guerre dans la matinée du jeudi 10 ; les Marollais avaient, au cours de la nuit précédente, entendu dès 21 heures 30 des tirs de mitrailleuse en direction de Courcival et du Peray, prélude au retour des Allemands... qui étaient partis de la ville le mercredi 9.

Très rapidement, ceux-ci mettent en place leur dispositif de défense ; presqu'immédiatement et sans interruption se succèdent les coups de fusils, mitrailleuses, canons et mortiers.

 

 

LA LIBÉRATION VA-T-ELLE PROVENIR DE BONNÉTABLE OU DE BALLON OÙ A ÉTÉ SIGNALÉE. LA PRÉSENCE DES AMÉRICAINS ?

 

Vers 2 heures 30, des incendies éclatent au Bois d'Effe et au Pressoir ; deux chars ennemis en batterie un peu avant la Védine interdisent le passage aux sauveteurs qui, parvenus sur les lieux du sinistre, subissent les rafales des armes automatiques et il est impossible d'approcher la motopompe ; les volontaires sont contraints de rentrer à Marolles.

Bientôt deux fermes et leurs dépendances situées au-delà de la rivière, sur la route conduisant à Dangeul sont, à leur tour, allumées alors que les troupes américaines font prisonniers des civils dont... les gendarmes, relâchés après interrogatoire, paradoxe de l'Histoire qui inverse les rôles pendant un souffle de temps.

Soudain, la situation explose vers 7 heures 30 et une dramatique bataille d'infanterie et de chars se déroule pendant plus de quatre heures ; la 7' Panzer a renforcé ses positions et une quinzaine de chars sont embarqués entre le Pont d'Effe et la Védrine alors que d'autres blindés assurent leur protection en contrôlant les rues de l'agglomération.

 

 

MAROLLES LIBÉRÉE PAR LES G.I. INTERVENTION DE L'AVIATION ALLIÉE

 

Aux combats terrestres vient s'ajouter l'intervention aérienne des Thunderbolt contre les nids de résistance implantés le long des habitations dans les cours et les jardins ; la bataille dure jusqu'à 11heures 30 ; les Allemands évacuent sous la mitraille.

Les Marollais, sortant de leurs abris, constatent cinq incendies qui font rage : un, place de l'Eglise, deux, rue de Bonnétable, un, rue Neuve, un, rue Nohain. Pas de motopompes en état de marche ; oubliant le danger et ignorant si la bataille est terminée, tout le monde combat les sinistres. L'église n'a pas été épargnée : un char allemand a tiré volontairement trois obus dans le clocher ; la grosse cloche est percée de plusieurs trous, la tour est endommagée, les toitures sont trouées.

Vers 13 heures 30, les premiers blindés américains arrivent par la route de Bonnétable, celle de Saint-Aignan étant coupée par un trou de bombe.

Aussitôt c'est la joie de la délivrance. La population crie, jette des fleurs sur les chars ; des drapeaux français et américains sortent de leur cachette et pavoisent portes et fenêtres ; un Allemand est fait prisonnier, un char brûle rue Nohain, un autre saute dans la ferme de Chambourg en y mettant le feu.

Craignant une contre-attaque ennemie, des Américains s'installent aux abords de la commune ; le retour offensif des Allemands aura bien lieu, mais dans la campagne, route de Dangeul, une quinzaine de blindés ont été détruits au cours de la bataille.

Le vendredi et le samedi toute la journée, les habitants observent le passage des colonnes impressionnantes de véhicules de toutes sortes et enfin de l'infanterie à pied.

Les G.I.'S ont libéré Marolles.

 

 

SAINTE-JAMME, SAINT-MARCEAU, MARESCHÉ, LIBÉRÉS LE 10 AOUT PAR LES AMÉRICAINS ET LA 2EME D.B.

 

Des fuyards de l'armée en retraite et venant vraisemblablement du Mans doivent à la suite du dynamitage de l'ouvrage, franchir la Sarthe à l'aide de bateaux. Le lendemain 9 août, une colonne de fantassins américains, les premiers, suivant la même route que leurs adversaires sont contraints à utiliser ce moyen pour franchir la rivière par Sainte-Jamme, le Boulay, arrivent à Saint-Marceau par la route de Teillé.

Le même parcours est d'ailleurs suivi le jeudi 10 par la 2bre D.B. qui libère définitivement la commune après un combat où deux chars français prennent position à l'Est du bourg, mitraillant les Allemands qui s'y trouvent encore ; le bilan de l'attaque est de deux morts et de nombreux blessés et ceux qui échappent à la capture se réfugient dans les bois de Sainte-Jamme, de Saint-Marceau et de Maresché. Les Américains partent alors par la Grand Route vers Beaumont-sur-Sarthe et les Français par "la route des Bois" vers Maresché.

La situation est confuse dans le village car des prisonniers allemands sont gardés par des civils. Qui va se présenter à nouveau ? Un détachement de la D.B. décharge les gardiens de leur mission, fait le nettoyage de la commune et repart, lui aussi, vers Maresché ; des éléments américains reviennent quelques jours après pour débusquer les soldats ennemis cachés vers le moulin de Chadenière, le Château de la Ménardière, le lieu-dit "le Frou" et les bois de Maresché.

 

 

MARESCHÉ

 

Cette commune a été libérée sans combat le 10 août 1944 en fin de matinée ; le seul témoignage recueilli à ce sujet est celui de monsieur Samuel.

Relatons ses paroles :

Les troupes de Leclerc sont arrivées les premières, venant de Ballon se sont arrêtées et ont consommé une bouteille de cidre avec le cafetier, Monsieur Romet. C'était des chars (probablement du 12e CUIR) le deuxième char s'est arrêté et m'a demandé mes papiers. Je les lui ai montrés et il m'a dit "ça va bien".

Je lui ai dit : "je vous signale qu'il y a douze chars allemands qui viennent de passer et qui vont sur Beaumont.

 

 

VIVOIN

 

La progression française s'effectue vers Vivoin ; aucun épisode n'est à signaler sinon qu'au soir de la journée, le 3èm' Escadron du 1" CUIR s'installe aux alen­tours de la ferme du Coudray, en avant de Congé-sur-Orne (précédemment Congé-des-Guérets).

 

 

JUILLÉ

 

De son côté, une colonne, partie de Vivoin atteint l'entrée Est du bourg de Juillé ; le pont sur la Sarthe, au Sud, est miné et gardé par l'ennemi qui attend l'arrivée des Américains et soudain, les Français débouchent dans leur dos : la surprise est totale et prévient l'oeuvre de destruction.

 

 

BEAUMONT SUR SARTHE

 

Le chef-lieu de canton est évacué par les Panzers dans la nuit du 10 août sous la pression constante des blindés de la 3' D.B.U.S. et l'infanterie ; ceux-ci sont le 11 au matin dans la ville et se dirigent vers Fresnay-sur-Sarthe où ils parviennent sans encombre. Répondant à l'appel du Maire, le Docteur Le Cuziat : l'Hôtel de ville et tous les édifices publics sont pavoisés aux couleurs françaises et alliées. A 11 heures, les cloches sonnent à toute volée pendant un quart d'heure. A la même heure, une manifestation patriotique a lieu au Monument au Mort au chant de la Marseillaise.

Ce jour-là, le Maire porte à l'ordre de la commune :

·                    Monsieur Georges Lemonne, secrétaire de mairie, patriote averti, a résisté aux Allemands toutes les fois qu'il en a eu l'occasion, a aidé un grand nombre de réfractaires au Travail Obligatoire en Allemagne en leur fournissant de faux états-civils et des titres d'alimentation.

·                    Monsieur le Curé Doyen Froger a secouru un parachutiste allié au péril de sa vie.

·                    Monsieur Yves Le Cuniat (fils du maire) étudiant en droit, ayant traversé la Sarthe en bateau le 10 août après que les ponts eurent sauté, a renseigné et guidé une patrouille américaine sous le feu des mitrailleuses allemandes, au mépris du danger.

 

DÉCROCHAGE DES TROUPES ALLEMANDES VERS SAINT-CHRISTOPHE ET JUILLÉ.

 

A

u début de la matinée du 10, de nouveau tirs se font entendre tandis que des avions U.S. survolent le Duché et la route du Mans. Vers 11 heures commence le décrochage des forces ennemies qui se replient sur le coteau où elles installent canons et mitrailleuses pour enrayer l'avance des libérateurs ; à 14 heures 20 saute le premier pont de Maresché ; vers 16 heures, une rafale de mitrailleuse, installée à mi-côte de la rue Albert-Maignan tue Monsieur Fouquet et Monsieur Geiffroi, sortis imprudemment de leur maison.

Jusqu'à 19 heures, les mitrailleuses sont en action ; à 19 heures 30, l'aviation américaine attaque les blindés allemands, lâchant des bombes près de la gare ; vers 22 heures, le dernier-coup de canon est tiré et à 23 heures, les occupants s'échappent vers Saint-Christophe et Juillé.

La question a été posée de connaître la date de destruction des ponts romain et suspendu ; en l'absence d'une précision formelle à ce sujet, l'action retardatrice s'est produite tard dans la soirée du 9 ; le franchissement de la Sarthe par bateau, le 10 août par le fils du maire confirme cette déduction.

La guerre allait bientôt prendre son vrai visage dans les communes et les cantons au Nord de la Ville.

 

 

LES COMBATS MEURTRIERS DU NORD SARTHE FACE À LA 9EME PANZER ALLEMANDE.

 

S

i jusqu'à Beaumont-sur-Sarthe, l'avance française s'est effectuée sans difficulté, à l'exception de l'engagement de Mézières-sous-Ponthouin, elle va, dès le 10 août, se heurter à une solide défense ennemie à l'intérieur d'un triangle Mamers, Beaumont-sur Sarthe, Alençon ; de violents et meurtriers affrontements vont s'y produire en raison non seulement d'une habile utilisation du terrain par le 9ème Panzer mais aussi du regroupement des blindés dans ce périmètre.

 

 

COULOMBIERS : LE 12EME CUIRASSIER ET LA 2EME D.B. ACCROCHÉS PAR LES TROUPES ALLEMANDES. LES PREMIERS SOLDATS FRANÇAIS MORTS EN SARTHE.

 

Il est 6 heures du matin, quelques rafales de mitrailleuse sonnent le réveil de la population, soudain, un char du 12' CUIR débouche en face de la poste, à l'angle de la maison de Monsieur Gremeissen, les habitants du bourg, Monsieur Lazarus en tête, suivi de Monsieur Jean Lardeux sortent des maisons et s'empressent autour des soldats.

Après un bref arrêt, les blindés se lancent à la poursuite de l'ennemi par la route de Rouessé-Fontaine ; deux d'entre eux stationnent encore quelques instants, l'un sur la place, l'autre devant la poste, puis reprennent leur progression.

Alors, la cloche de l'église, agitée vigoureusement par de bonnes volontés sonne la victoire et traduit l'allégresse générale, les drapeaux sont accrochés aux fenêtres.

Hélas ! Monsieur Clovis Tetedoux qui, tout à la joie, vient converser avec les occupants d'un nouveau char tombe sous une rafale d'arme automatique déclenchée par inadvertance et qui, par ricochet, vient blesser une femme à la jambe.

L'infanterie d'accompagnement, arrivée de tous côtés, disparaît à son tour rapidement, entourée d'un nuage de poussière et dans le fracas des moteurs ; des pièces d'artillerie sont placées autour du bourg pour réduire la défense allemande de Rouessé-Fontaine.

Bientôt, les premiers blessés sont amenés et installés dans un hôpital improvisé afin de recevoir les premiers soins ; la cuisine de Madame Bastien, transformée en Chapelle ardente, accueille les corps de quatre soldats tués.

Alors que le combat se poursuit plus loin, des G.M.C. conduisent des prisonniers en captivité, sous les huées de la population.

Le lendemain, dans le choeur de l'église, cinq cercueils disparaissent sous d'innombrables fleurs ; les servants d'un char en détresse montent une garde d'honneur auprès de leurs compagnons d'armes. Toute la paroisse est là pour rendre un dernier hommage aux morts de la journée de la Libération et entendre les nobles paroles de leur pasteur, l'Abbé Guesdon.

 

 

SAINT-GERMAIN-SUR­SARTHE EST LIBÉRÉ LE 13 AOUT. DEPUIS 5 JOURS LES COMBATS CONTI­NUENT EN SARTHE, LES MORTS AUSSI. SAINT-GERMAIN-SUR­SARTHE (Saint-Germain-de-la-Coudre)

 

Le bourg est libéré le 10 août, vers 9 heures du matin sans combat mais le sous-groupe-ment Noiret se heurte à une poche de résistance sur la route nationale au carrefour dit "La Hutte" ; le Sherman "Dijon", est mis hors de combat et tous ses occupants tués. L'intervention des pièces d'artillerie, du 1/3e R.A.C., en position près de la Bellardière réduit l'Allemand à la raison non sans provoquer des dégâts matériels, aux maisons, notamment à celle de Monsieur Pineau, entièrement incendiée.

Relatons ici un événement curieux qui se produisit ce jour-là et dont les derniers témoins se souviennent parfaitement.

Le blindé désemparé avait ouvert une large brèche dans le mur de la grange où Monsieur Perruchet, le propriétaire, avait entreposé de la paille des fagots de bois, et... également le Christ du Calvaire dont la croix était à restaurer. Or, pendant quatre heures environ, "Dijon" brûla à quelques 20 centimètres du pailler qui ne s'enflamma pas alors que le toit de la boulangerie contiguë prenait feu, seuls quelques fagots de bois furent noircis.

Le 14 août, avec la participation de la musique municipale de Fyé, une cérémonie funèbre se déroule à Saint-Germain-de-la-Coudre où huit cercueils sont alignés dans le choeur de l'église entourés d'une garde d'honneur d'une vingtaine de jeunes F.F.J. ; la liste des tués est plus longue qu'à Coulombiers car plusieurs "Leclerc", tombés sur le territoire de la commune voisine ont été ramenés à Saint-Germain.

 

 

LES FANTASSINS DU TCHAD (2EME D.B.) SE BATTENT À LA MITRAILLEUSE POUR LIBÉRER DOU­CELLES

 

L

e jeudi 10 août vers 15 heures, quelques Jeeps et auto-mitrailleuses traversent rapidement cette bourgade de 200 habitants en direction de Vivoin ; leur passage est à peine achevée qu'une canonnade retenti dans la campagne environnante, démontrant que les Allemands n'ont opéré aucun repli et se tapissent dans les champs.

Des éléments du G.T.D. arrivent un peu plus tard à 16 heures par la route de Nouans et la 3" Compagnie du 1er R.M.T., commandé par le Capitaine Sammarcelli prend position, en défense, dans l'agglomération où un char du 12e CUIR vient à hauteur de l'église, d'être atteint en plein fouet par le tir d'un Panzer qui a débouché, à quelques centaines de mètres de la route de Vivoin, près du Calvaire.

Le blindé ennemi touché lui aussi, fait demi-tour mais va s'échouer dans le fossé gauche, à mi-chemin entre la maison "Les Tilleuls" et la demeure de Monsieur Mallassigne ; il prend feu et est entièrement détruit. Les fantassins du Tchad entreprennent alors le nettoyage, à la mitraillette et au fusil mitrailleur des rues et des jardins.

Le calme revenu vers 17 heures permet enfin le dépôt du corps du cuirassier Diego Mirales dans l'église ; le répit est de courte durée et les habitants, en liesse, rejoignent précipitamment leurs maisons à la suite d'un coup de feu, tiré des abat-sons du clocher par un Allemand sur l'attroupement des civils et des militaires.

 

 

LA 3e COMPAGNIE 2e D.B. BRISE SON ENCERCLEMENT ET LIBÈRE CHÉRANCÉ.

 

L

es S.S. reviennent à la charge et mettent le feu à des meules de paille et à un hangar de la ferme de Monsieur Breton ; quelques half-tracks, stationnés dans la cour, sont rapidement évacués du lieu de l'incendie, remplis d'explosifs, ils étaient un danger supplémentaire pour le village. Une infiltration de l'adversaire est à envisager, aussi doit-on neutraliser l'occupant du clocher qui lance des grenades sur les Marsouins ; le sous-lieutenant Antoine Bissagnet, Compagnon de la Libération, qui a renoncé à son mandat parlementaire à l'Assemblée consultative d'Alger et l'Adjudant-chef Jean Delacroix, sont tués au cours de l'action, mais le tireur n'est pas débusqué. Peut-être sera-­t-il du groupe d'Allemands, barbus, qui va errer dans les champs pendant quelque temps, se nourrissant de fruits et de légumes.

Au cours de cette nuit où les attaquants et les attaqués se cherchent et s'affrontent, la section du Lieutenant Lucchesi, en point d'appui à l'embranchement des routes de Chérancé et de Congé-les-Guérets, entend un moteur de voiture ; aux sommations d'usage est fournie une explication en américain, à laquelle le canon de 37 donne sa réponse. A l'aube les servants de la pièce constatent l'identité des passagers qui étaient d'Outre-Rhin et non d'Outre-Atlantique.

La 3" Compagnie brise son encerclement, fait évacuer ses blessés du poste de secours improvisé- la salle du café Breton - ils avaient pu recevoir les premiers soins du Lieutenant Karcher, chirurgien d'Alger. Les ambulances des "Marinettes", chargées de leur transport à Yvré-l'Evêque, essuient le feu de l'ennemi malgré l'emblème de la Croix-Rouge.

Les véhicules des Marsouins prennent alors la route de Chérancé, devancés par l'escadron du Capitaine de Laitre, officier qui est tué en reprenant sa progression.

Le Général Leclerc ne fut pas particulièrement satisfait de la tournure des événements dans le canton de Beaumont ; il a constaté les mêmes fautes : trop de progression sur les axes, trop d'attaques des villages par l'entrée principale, pas assez d'utilisation des effets de l'artillerie pour neutraliser les canons anti-char ; les fantassins se servent mal de l'appui-feu de la mitrailleuse lourde montée sur les half-tracks. Des consignes précises avaient été données notamment pour le passage à "La Hutte" où la 9' Panzer avait le plus de chance de se manifester, croisement qu'il fallait aborder avec prudence, ce qui ne fut pas le cas et où le "poing blindé" succomba à quatre 75 et à deux 88.

Le Commandant de Guillebon fit remarquer au Général la fatigue extrême des équipages, les terrains inconnus, le K.O. de certains chefs de peloton qui perdirent deux chars de tête coup sur coup.

A Doucelles, le 11 août, tôt dans la matinée, le Général Leclerc, après s'être recueilli devant les corps de tués de la veille, consulte ses cartes d'Etat-major sur une table installée dans la rue principale par les habitants. En dépit des remarques formulées par le Lieutenant-colonel Noiret, il se rend, en Jeep à Chérancé où le Capitaine de Laitre avait vraisemblablement trouvé, la veille, la faille dans le dispositif ennemi. Utilisant un chemin de terre, le Général arrive sur place et se fait expliquer par des éléments de l'avant-garde, par des habitants ce qui s'était passé et la manoeuvre des Allemands.

Une reconnaissance menée par le Capitaine de Boissieu en direction de René permet d'y constater l'arrivée d'éléments du G.T.L.

 

 

LE CHÂTEAU DE LOUVIGNY ET LES PANZER GRENADIERS ALLEMANDS.

LES MÉES - LOUVIGNY

 

Ce vendredi 11, une colonne du sous-groupement Minjonnet, composée d'infanterie, de chars lourds, de chars de reconnaissance, d'artillerie et de chasseurs de chars arrive par la route des Mées, où fut détruit "le Pic d'Any", bilan quatre tués. Après avoir coupé la R.N. 85, l'élément de tête constate, à quelques centaines de mètres de l'agglomération de Louvigny, que les Allemands sont puissamment retranchés dans le Château et dans le parc ; une concentration nourrie de l'artillerie du 1/40e R.A.N.A. sur les avancées de l'ennemi permet vers 12 heures de le déloger ; les reliefs d'un repas en cours témoignent du départ précipité des occupants qui ont abandonné des cartes et documents et des centaines de bouteilles vides. Un poste de la 9e Panzer gîtait là.

Mais les anti-chars ennemis, embossés maintenant dans les couverts à l'Est du bourg interdisent le débouché du parc aux chars de Nouveau. Cependant, les arrières des maisons et des jardins sont atteints vers 14 heures et une patrouille signale au Chef Franchi un blindé embusqué à 50 mètres de l'église et qui attend, protégé par un groupe à terre. Du sommet du mur, cinq grenades plongent et les mitraillettes crépitent ; Franchi, Teboul et Moustache se ruent à la baïonnette mettant l'adversaire hors de combat.

La progression reprend en direction d'Ancinnes mais est stoppée à 2 km par le tir d'un char, camouflé dans les pins en face du lieu-dit "L'Aubépine" bien au-delà du cimetière communal et bientôt le "Poitou" est détruit ; deux automitrailleuses tentent de parcourir les trois-cents mètres qui les séparent des couverts mais finissent par bloquer le passage.

Le 4" escadron se déploie à droite vers te cimetière, la préparation d'artillerie se déclenche, appliquée aux couverts suspects. Un hangar et une meule de paille flambent. Des branches et des feuillages tourbillonnent dans la poussière et la fumée des éclatements.

A gauche de la route, le 3e escadron avec Maret et ses quarante fantassins accrochés aux tourelles s'élance à l'attaque, mitrailleuses crépitantes. Les dix sept canons, les trente quatre mitrailleuses du 4e et celles des half-tracks appuient la ruée.

L'Aupébine est atteint. Au grand trot Maret et son second Orlanducci avec les Marsouins de la 2e nettoient sans ménagement le Coudrai et le Mont Régnier ; une fusillade enragée cloue au vol Rolland et son groupe qui, alertés par un cultivateur, encerclent une ferme isolée. Couverts par les Lutres, l'adjudant et deux des siens bloquent toute issue ; Une grenade à manche s'envole en tournoyant de l'entrée de la cave. Rolland, la carabine à la main gauche, puise le chargeur de son colt dans le trou sombre en hurlant "dehors". Quatre nazis sortent les bras en l'air. Un gradé suit qui, soudain plonge la main dans une musette, une rafale lui donne tort.

La résistance cesse subitement. Les derniers panzer-grenadiers émergent des habitations, mouchoirs blancs et bras niés, la mine défaite, mais les blindés nt réussi à se replier au dernier moment. L'arrivée de soldats isolés et en retraite ans l'agglomération donne lieu à des changes de coup de feu, dans le bourg, ù le presbytère, lieu d'un P.C. allemand, été partiellement détruit.

 

 

SAINT RÉMY DU VAL (Saint-Rémy-du-Plain)

  

La possession de Saint-Rémy-du-Plain est marquée par une lutte très âpre entre les antagonistes. Guidés par un avion léger de reconnaissance, la D.B. talonne les tanks allemands qui--après avoir cédé le-terrain, viennent se replier dans le bourg.

Arrivant de la route de Fresnay, les Français ne peuvent les déloger sans des pertes excessives et doivent se retirer pour permettre une action efficace de l'aviation ; celle-ci se produit au début de l'après-midi du 11 août, de nombreuses bombes sont lâchées, coupant la route ; ce ne sont çà et là que ruines, maisons endommagées et cratères.

Deux blindés ennemis sont mis hors de combat au cours du bombardement et les autres s'enfuient en direction de la forêt de Perseigne.

Au cours de cette journée, deux civils trouvent la mort : Monsieur François -des Ponts et Chaussées - est assassiné de deux balles alors qu'il avait trouvé un abri dans un chemin et René Sébastien, jeune commis agricole est atteint d'une balle dans le ventre, il décédera le 12.

Les cantons de Ballon, Beaumont-sur-Sarthe, Mamers et Marolles-les-Braultsont recouvré leur liberté ; la décrue, amorcée le 11 août va bientôt s'amplifier et rendre les villages du canton de Saint-Paterne à une vie normale. Bien des péripéties vont-cependant intervenir avant la prise d'Alençon.

 

 

FYÉ RÉSISTANCE ACHARNÉE DES TROUPES ALLEMANDES, ACTION CONJOINTE DE LA RÉSISTANCE ET DE LA 2EME D.B.

 

L

'importante commune de Fyé qui, avec ses 850 habitants - auxquels se sont joints de nombreux réfugiés de Brest, de la région de Caen, quelques uns d'Alençon - est la plus importante du canton, outre de nombreux hameaux, deux agglomérations principales, le bourg proprement dit, et à une distance d'l km le village de la Route sur la R.N.138 qui le traverse du Nord au Sud. C'est là que, lors de la Libération d'Alençon, l'ennemi oppose la résistance la plus acharnée.

Aussitôt après le débarquement, la grande route a commencé à être très animée par les convois allemands qui montent vers le front et est, de ce fait, journellement survolée par les avions alliés qui y détruisent une dizaine de véhicules, tout en s'attachant visiblement à épargner les habitations. Au cours de ces bombardements, des Allemands sont tués ou blessés.

Plusieurs attaques aériennes sont également dirigées contre d'autres points de la commune. Vers le 20 juillet, une bombe a manqué de peu le transformateur de Bois-Carreau, tandis qu'une autre tombait dans un champ entre Cons et la Ragottière ; le 2 août, à 20 heures 30 environ, cinq avions mitraillent Haut-Eclair, la route de Fyé à Saint-Ouen-de-­Mimbré et les abords de la Pavetterie où Monsieur Constant, cultivateur, est malheureusement tué alors qu'il rentre chez lui sur une moissonneuse.

 

 

LES PASSAGES DE TROUPES ALLEMANDES SONT FRÉQUENTSMAIS DE COURTE DURÉE, QUATRE À CINQ JOURS À CHAQUE FOIS.

 

E

n juillet, des mines avaient été placées, la nuit par des résistants sur la route nationale, endommageant des camions ; à l'une de ces occasions des coups de feu avaient été échangés. La libération a lieu le 11 août, et est marquée par une série d'épisodes dramatiques, qui ont pour théâtre les uns la grande route, les autres le bourg lui-même et ses alentours.

La veille au soir, étaient arrivées de la direction de Gesnes-le-Gandelin, des troupes ennemies en assez grand nombre, comprenant des blindés et des pièces d'artillerie et qui avaient aussitôt pris position dans toute la partie sud de la commune.

L'infanterie, dont le P.C. est à Villée, s'était déployée à Haut-Eclair, à Bois Carreau, tient surtout la route nationale ; en outre, des canons-automoteurs sont placés aux sorties de l'agglomération et un blindé dans le parc du château des Tourelles.

Dans la nuit, vers 2 heures, les Allemands détruisent eux-mêmes un de leur tank immobilisé depuis plusieurs jours dans un petit chemin de traverse à la Vallée. Le 11 août, le combat commence vers huit heures par un vif duel d'artillerie ; les pièces installées sur Saint-Germain-de-la Coudre tirent du Chêne sur la Hutte et le Sud de la commune de Fyé et de la Bellandière plus loin, dans la direction de Saint-Evron et des bois avoisinants.

 

 

ATTAQUE DE LA 2e D.B.

 

S

ur le territoire, le premier combat rapide, mais très violent, se produit vers 9 heures 30, immédiatement

au Sud du lieu-dit "La Route" ; sur la foi d'un renseignement suspect, sept Shermans, accompagnés d'une automitrailleuse s'avancent sans méfiance du carrefour de la Hutte qui vient d'être occupé.

Mais, au moment d'atteindre l'agglomération, ils sont pris sous le feu de l'ennemi. Il y a là, en effet, outre placé aux Tourelles, cinq Panzer embusqués qui ont pris position vers 7 heures 30 : l'un est à la Noirmorière, un second, camouflé pour le moment fera ensuite la navette sur la Route Nationale et les trois autres, installés à côté de l'orphelinat, deux à l'extrémité du hameau.

Le char de tête est détruit à bout portant et prend feu, puis quatre autres le "Paimpol", le "Reims", le "Chartres et le Brest", ainsi que l'automitrailleuse sont également incendiés, coup sur coup.

Au cours de ce bref combat, trois hommes de l'équipage du "Chartres", atteints de sérieuses brûlures réussissent à s'échapper ; huit français ont été tués ou mortellement touchés ; un blessé a été fait prisonnier et neuf autres ont disparu, brûlés dans leurs véhicules.

Les pièces Françaises, dont le feu se poursuivra jusqu'à la fin de l'après-midi, se mettent à tirer par rafales sur le hameau de la Route et sur ses abords, cherchant à détruire les chars allemands. Aux environs de midi, la colonne de la D.B. fait une nouvelle tentative, infructueuse comme la première, mais moins meurtrière pour forcer le passage par la Route Nationale ; un motocycliste pousse courageusement en éclaireur jusqu'au carrefour des Trois Ormeaux ; mais là, atteint à la cuisse par une balle, tandis que son réservoir d'essence est percé, il est fait prisonnier et sauvagement exécuté ; le matelot Georges Challet du R.B.F.M. sera inhumé avec tous les tués de la journée dans le cimetière de Fyé.

Deux tanks suivent, avec une Jeep, et se portent jusqu'aux Landes, d'où ils s'efforcent vainement de toucher les chars allemands ; mais ils ne réussissent qu'à atteindre une maison (à l'Est de la route), dont la destruction sera achevée dans l'après-midi par le tir d'artillerie, et à incendier une grange (à l'Ouest) puis constatant que le village est toujours solidement tenu par l'ennemi, ils se retirent.

Simultanément, un vigoureux bombardement aérien se produit vers Cons, où un groupe d'appareils alliés a repéré, dans un chemin creux, des véhicules dont un blindé qui s'est remis à tirer sur eux, et les détruit radicalement ; de nombreux allemands y sont tués.

Les affrontements s'atténuent ensuite progressivement, pour reprendre cette fois sur un large front mais ce n'est qu'une heure plus tard que les blindés passent définitivement à l'attaque, qui, cette fois, sera décisive et qui se produit simultanément sur le hameau de la Route à l'Est et sur Fyé à l'Ouest.

 

 

LIBÉRATION DE LA ROUTE NATIONALE LE MANS-ALENÇON, EST-OUEST, PAR LES FRANÇAIS.

 

A

la route, où deux Panzer, de tête, se sont repliés, les blindés Français poussent jusqu'à l'entrée de la "Route" puis se retirent ; mais d'autres se portent par le vieux chemin du Mans, qui, du côté de l'Est, suit à quelque distance la grande route, jusqu'à la Hulière. Un officier de la colonne et deux hommes, sous la conduite de Messieurs Goeland, père et fils s'avancent à pied au village de la Route, pour se rendre compte de la situation ; ceci permet aux blindés de reprendre leur avance et de déborder l'ennemi, qui se retire après 19 heures.

Mais déjà le bourg de Fyé est libéré : à 19 heures, une Jeep est apparue au calvaire et l'a dépassé ; elle s'arrête un peu plus loin et un officier en descend pour aller en reconnaissance dans le bourg.

En même temps, une auto-mitrailleuses aperçoit et détruit une chenillette qui, sur le chemin menant du calvaire au carrefour des Trois Ormeaux, manoeuvrait pour raccrocher le canon des Tourelles que l'ennemi est obligé d'abandonner.

Puis les deux véhicules, suivis de chars, s'avancent et atteignent la place de l'église à 19 heures 10.

Une automitrailleuse de l'escadron du 1er R.M.S.M. prend position devant le cimetière, à l'extrémité Nord-Ouest du village et se met à tirer sur un " Panther " posté à la Plaine ; mais un moment après, elle est violemment heurtée par une motocyclette ennemie montée par deux soldats qui arrive de Gesnes-le-Gandelin, probablement pour apporter l'ordre de repli à un détachement resté à la Buretière ; les deux allemands sont tués, la motocyclette prend feu et l'incendie se communique à l'automitrailleuse. Les blindés Français arrivent à 21 heures 30, par la Route Nationale sur le territoire d'Oisseau-le-Petit.

 

 

MORT HÉROÏQUE DE MADEMOISELLE HOBEY, FYÉ. 60 ALLEMANDS TUÉS AU COMBAT.

 

D

epuis 21 heures, des pièces ennemies installées à Moulins-le-Carbonel et à Gesnes-le-Gandelin ont ouvert, sur le Sud de Fyé, de la Hutte et ses abords, un tir de représailles qui va durer 2 heures et demie ; à 23 heures, elles l'élargissent vers l'Est, en direction de Route Nationale.

A ce moment, des blindés Français allant du bourg vers cette dernière et évitant la chenillette ennemie incendiée qui leur barre le passage devant les Tourelles, sont en train de passer par le parc du château, sous la conduite du propriétaire, Monsieur Hobey, et de ses trois filles ; l'une d'elles a été mortellement atteinte dans l'accomplissement de cette mission volontaire et périlleuse.

Mademoiselle Geneviève Hobey, 24 ans, dont la mort héroïque a soulever l'émotion des habitants de Fyé et de ceux de Bully (Calvados), sa commune d'origine, a été citée à l'ordre du jour de la brigade : "Dans la nuit du 11 au 12 août 1944, a volontairement guidé des chars français sous un bombardement intense de l'artillerie ennemie. A été mortellement blessée au cours de cette mission".

Le bilan des pertes de Fyé pour cette journée de la Libération : trois civils, une soixantaine d'Allemands tués (une vingtaine ont été capturés par Monsieur Burin fils).

Le monument du cimetière de la commune rappelle les "Leclerc" morts au champ d'honneur.

 

 

LIBÉRATION DU CANTON DE SAINT-PATERNE. COMBATS SÉRIEUX : MORTS ET BLESSÉS DES DEUX CÔTÉS ALLEMANDS ET 2EmE D.B. CHÉRANCÉ : MORT DU CAPITAINE BERNARD DE LAITRE

 

Le 10 Août, une reconnaissance effectuée par un peloton du ler escadron de trois chars CUIR s'est traduite par la destruction de trois chars légers, tombés dans une puissante embuscade tendue par cinq canons antichars "88" longs autoportés.

L'accrochage a coûté la vie au chef de détachement, le capitaine Bernard de Laitre et aux sous-officiers et soldats, Roger Desbois, Lucien Rosello et Bernard Sacepe.

 

 

"LA CROIX DE CHÉRANCÉ" ROUESSÉ-FONTAINE : LES ALLEMANDS EN RETRAITE

 

L

e lendemain, l'attaque reprend depuis Louvigny vers Rouessé-­Fontaine que traverse la R.N.805 et vers laquelle convergent les forces françaises (l'aile gauche du G.T. Langlade et l'aile droite du G.T. Dio); la commune est le théâtre d'un des plus sérieux parmi les combats livrés pour la libération du canton de Saint-Paterne.

La D.B., après avoir facilement occupé les hauteurs qui dominent la rive gauche de la Semelle, lutte pour s'emparer du bourg et forcer le passage par la partie nord.

Un premier engagement s'est produit la veille, vers 14 heures 30, sur la route de Chérancé ; trois chars venant du sud se sont alors avancés jusqu'à Sainte-Catherine et sont entrés dans la cour ; l'officier est allé demander des renseignements au fermier, Monsieur Léonce Proust mais soudain surgissent une voiture et une moto ennemies. Un bref combat s'est engagé et quatre Allemands sont tués, immédiatement remplacés par des soldats disposant d'une batterie postée à 800 mètres au nord et qui a détruit un char français.

Les deux autres se sont retirés ; toutefois l'un deux, s'étant renversé sur le côté, a été brûlé par son équipage lui-même tout près de la ferme. Celle-ci, réoccupée par les Allemands, qui y ont capturé deux hommes blessés de l'équipage du premier char, a été pillée et. Monsieur L. Proust, menacé de mort ainsi qu'un de ses employés.

Dans la soirée, des blindés arrivant du nord viennent prendre position à Rouessé, où le défilé des Allemands en retraite continue.

Le combat commence le 11 vers 7 heures 30 et va se poursuivre jusqu'à 14 heures 30. Très tôt,- les troupes de la Tee D.B. occupent les hauteurs du Haut-Boulay et de Bois-Mocquet (dès 8 heures 30) et de Sainte-Catherine (à 9 heures) où le maréchal des logis Pierre Cany, du 12e chasseurs d'Afrique est tué par un allemand embusqué dans le garage. Sur ce dernier point, décidément néfaste aux chars français, un d'entre eux est encore détruit plus tard.

Maîtres des collines qui dominent au Sud-Est la vallée de la Semelle et d'où un de leurs obus, probablement tiré du Haut-Boulay, a, vers 8 heures et demie, mis hors de combat un gros tank ennemi au carrefour de la Route Nationale et de celle de Chérancé ; les blindés Leclerc, soutenus par l'infanterie, cherchent alors à pénétrer dans le bourg, mais les Allemands y ont de nombreux chars, ainsi que dans le parc de Brestels, et ils ont, en outre, des pièces en batterie au Nord et au Sud de Villeneuve.

Vers 9 heures, deux tanks français et une automitrailleuse qui s'avancent sur la grande route, sont détruits près de l'étang de Brestels et André Giudice est tué ; un peu plus tard entre 9 heures et 10 heures, une autre automitrailleuse, qui a réussi à pousser plus loin sur la Route Nationale jusqu'au delà de Tuboeuf, y est brûlée à son tour et l'un de ses occupants est mortellement blessé. Les Shermans renoncent alors à forcer le passage par la grande route exposée au feu de l'ennemi et se bornent à canonner et à mitrailler, des abords de l'étang, les habitations qui la jalonnent et où s'accrochent des tireurs allemands ; une maison est détruite au Bignon.

Nouvelle tentative vers 10 heures 30 : le char léger le "Berry" descend brusquement la route de Chérancé, traverse la Route Nationale et fonce sur le bourg ; il est "allumé", un peu avant l'école des filles, par un obus tiré tout près par un tank ennemi embusqué dans un pré ; sur les quatre hommes de l'équipage deux sont carbonisés et un blessé.

 

 

BOURG-LE-ROI INVESTI PAR LES S.S. LE GÉNÉRAL LECLERC À CHAMPFLEUR.

Le peloton du Lieutenant Krebs est dans la place ; la veille, des S.S. sont arrivés en grand nombre avec des chars dont certains se sont installés sur la route de Groutel à Cherisay ; les habitants reçoivent l'ordre de se calfeutrer chez eux pendant la nuit.

Lors de l'arrivée des Français, l'ennemi recule sur Champfleur. Krebs veut son "baroud" ; il dédaigne de s'arrêter quand, au détour du chemin, il aperçoit le bouclier d'un canon de "88". D'instinct, le pointeur a fait pivoter sa tourelle et pratiquement dans la même seconde les deux canons ont tonné ; troublé par le mastodonte qui fonce sans complexe, droit devant lui, l'obus mal ajusté du servant allemand passe au-dessus de son but ; en revanche, le " 88 " vole en éclats ; dans le village, quelques voitures tentent de fuir. Menu fretin, des tirs de "76" les réduisent à l'état de ferraille. "Regroupement à la sortie du bourg" grésille la radio. Une Jeep zigzague, remonte la colonne ; le Général est là avec le dispositif de pointe ; il a dépassé la colonne Noiret et, de sa canne, montre l'horizon : "Poussez jusqu'à Champfleur".

Champfleur est à moins de 4 km mais c'est loin du dispositif ami. Krebs sort de Bourg-le-Roi mais sur la crête, en face, des silhouettes massives se profilent un instant puis se perdent sur l'autre contrepente.

 

 

CHAMPFLEUR

 

Une partie de la journée du 11 se passe dans une attente inquiète pour les habi­tants mais au milieu de l'après-midi, des éléments ennemis de toutes armes, chas­sés de Bourg-le-Roi, reculent sur Champfleur. Des chars viennent s'embusquer derrière une haie épaisse à la Bourdonnière ; d'autres, vers 19 heures, arrivant de Courtilloles, prennent position à l'est du bourg ; l'un d'eux, en panne, est incendié par son équipage près des Ormeaux. Ces divers blindés tiennent ainsi sous leurs feux croisés la route de Bourg-le-Roi.

Soudain, à 19 heures 30, les mitrailleuses crépitent, accompagnées aussitôt par le fracas des canons ; 17 chars du sous-groupement Rouvillois marchent sur Champfleur, après avoir traversé Groutel sans incident.

Le premier, le "Brive-la-Gaillarde" du Lieutenant Krebs, guidé par monsieur Martin de Bourg-le-Roi, quitte la route un peu au nord du croisement de celle de Cherisay, par laquelle il est arrivé et s'avance par la plaine entre celle-ci et la voie ferrée ; abrité, tout au moins du côté de l'Ouest par un vallonnement, il réussit à atteindre et à franchir le pont de chemin de fer qui n'est ni détruit, ni miné. Krebs ralentit, essaie d'estimer l'effectif ennemi mais à ce moment, son Sherman encaisse un monstrueux coup de poing d'acier ; non touché dans ses oeuvres vives, il poursuit sa progression.

Le lieutenant se retourne et là, il reçoit un choc : deux chars d'accompagnement le "Blois" et le "Branthome", atteints par le tir des blindés de la Bourdinière, sont en flammes sur la route aux Roquettes, à 300 mètres du pont sud tandis que deux autres le "Bourges" et le "Saint-Chamond" sont mis hors d'usage, à l'Est de la route, dans un repli de terrain situé entre le Pont des Batailles et le passage à niveau de Garancière, par le feu d'un tank installé aux Vignes.

Un des chars adverses, de la Bourdonnière, celui qui a agressé sans résultat le "Brive-la-Gaillarde" en touchant légèrement ses roulements, reçoit la réponse ; atteint à bout portant, il explose près du pont et tous ses occupants sont carbonisés.

Alors, le chef de peloton donne l'ordre au conducteur de foncer dans le village où l'équipage sème le feu et la terreur parmi les fantassins ennemis. Dans la rue principale, le chargeur donne subitement l'alerte en signalant la présence d'un Panther à 20 mètres en arrière et qui était embusqué dans une ruelle transversale. L'obus perforant du Sherman dont la tourelle fait avec célérité un demi-tour complet perce de part en part le suiveur dont le 75 PAK a, par bonheur, ricoché sur le blindage ; trois obus mettent fin à sa destinée.

Le "Brive" repart ensuite vers l'église, démolit un autre char allemand qui se tient, un peu au-delà, fait un tour dans la plaine jusqu'au pont des Batailles et rentre par la route du cimetière dans l'agglomération sur laquelle les pièces françaises, ignorant sa présence continue à tirer.

D'autres Shermans ne tardent d'ailleurs pas à arriver à l'Ouest de la ligne de chemin de fer, par le passage à niveau.

 

 

LE COLONEL DIO À ANCINNES

 

S

ur le flanc droit, l'attaque a été efficacement soutenue par deux blindés qui venus de Bourg-le-Roi à Garancière par les hauteurs à l'Est de la voie ferrée, ont pu tirer profit de cette position dominante et ont finalement atteint, en passant par Montlioux, la route de Courtilloles. De ce côté, un tank allemand, qui s'est retiré vers l'Est, s'arrête pour la nuit à la ferme Tertre et parvient, le 12 au matin, à gagner la forêt de Perseigne.

Sur la gauche, où les blindés ennemis se sont repliés vers la Feuillère d'autres chars français se sont avancés par la plaine, à l'Ouest de la route de Bourg-le-Roi, vers la Bourdonnière, où ils ont incendié deux camions et démoli un bâtiment à usage de fournil, puis vers Neslière et enfin vers les Essarts, sur la route d'Arçonnay. Le combat a duré plus d'une heure ; les tués du côté français, les soldats Jean Bringuier, Salomon Kalifa, Gaston Lalanne et Antoine Pérez du. 12e CUIR sont inhumés au cimetière de Champfleur ; dans les chars, deux soldats ont été carbonisés et le brigadier Georges Jouvel, mortellement blessé, décède à Groutel tandis qu'on le transportait à un poste de secours installé à Bourg-le-Roi ; du côté allemand, cinq membres ont péri et sept ont été faits prisonniers dans le bourg. Parmi la population, on ne compte que deux blessés légers.

Les Allemands se sont retirés, tout en combattant par la route d'Arçonnay suivis par les Français, qui se portent vers Saint-Gilles et le vieux-bourg. La fusillade se prolonge jusqu'à 21 heures, puis l'ennemi décroche.

Les véhicules de l'État-major du Colonel Dio forment un parc dans un pré situé à l'Ouest de la gare, de l'autre côté de la voie, le Général y prend d'ailleurs un peu de repos, après avoir donné ses ordres en vue de l'occupation d'Alençon et de ses ponts.

Vers 1 heure du matin, l'artillerie ennemie ouvre brusquement le feu, atteint un half-track, dont les munitions vont sauter pendant le reste de la nuit et tue le sergent-chef Gabriel Nawaro et le sergent Georges de Vasita, du Régiment de Marche du Tchad, inhumés au cimetière de Champfleur. L'agression dure presque une heure mais déjà le Général a repris sa route vers Saint-Gilles et Alençon.

 

 

LE BELVÉDÈRE DE LA FORÊT DE PERSEIGNE ET LE CARREFOUR DE FONTAINE-PESÉE À ANCINNES

 

La vaste commune d'Ancinnes comprend, d'un côté, une partie de massif forestier de Perseigne et s'étend, de l'autre, sur la plaine qui, à l'Ouest, s'allonge au pied de celui-ci. Le bourg, à mi-côte, occupe une position intermédiaire et forme un belvédère dominant cette plaine ; il constitue, de ce fait, un point stratégique important ; les Allemands avaient établi en forêt de Perseigne, aux abords du carrefour de Fontaine-Pesée un important dépôt de munitions.

Le vendredi 11 août, tard dans la matinée, des explosions répétées, qui se prolongeront pendant 3 heures apportent la preuve que l'ennemi détruit ses stocks de munitions.

Dans la matinée également, tandis que la canonnade fait rage au sud et au sud-ouest et qu'un petit avion de reconnaissance allié, communément appelé "le mouchard" survole le bourg, des forces ennemies en retraite arrivent, les unes de Louvigny, les autres de Rouessé-Fontaine. Des éléments d'infanterie s'installent aux abords du bourg, notamment du côté sud et aménagent partout de très forts nids de mitrailleuses, principalement le long du mur ouest de la cour de la mairie d'où ils guettent dans la direction de Bourg-le-Roi.

 

 

MASSU ET SA COLONNE EN MARCHE VERS ALENÇON

 

L'aile droite de la D.B. composée des sous-groupements Minjonnet, qui débouche de Louvigny et Massu qui arrive de Rouessé-Fontaine, avance sur Ancinnes dont la possession est indispensable pour prévenir une éventuelle attaque de flanc qui risquerait d'être lancée de la forêt contre le reste de la Division en marche vers Alençon par la plaine.

Le combat s'engage vers 14 heures 30. A ce moment les forces françaises ont atteint le Coudrai et rencontrant de l'opposition, se sont déployées sur le chemin de crête qui, au-dessus de la vallée de la Semelle, relie la route de Rouessé à celle de Louvigny. L'abbé Luçon, curé d'Ancinnes parvient à rejoindre leurs lignes et leur apporte de précieux renseignements. Le duel d'artillerie s'ajoute bientôt à celui des mitrailleuses, les pièces de la D.B. cherchant à détruire les blindés qui forment l'armature de la défense ennemie et les soldats Gaston Fievet et Gilbert Gobillot du 12' Chasseurs d'Afrique sont tués. A 16 heures est lancée l'attaque même du bourg sur lequel vont pleuvoir les obus pendant plus de trois heures. Les blindés français poussent sur la route de Rouessé jusqu'au delà de Geneslay, mais ils sont arrêtés par le feu des deux chars qui se tiennent au croisement du Chesnay. A 17 heures 30, une patrouille de trois hommes s'avance, à pied pour reconnaître ces derniers, mais entre le Parc-Sec et le Chesnay, ils sont mitraillés à courte distance par des fantassins ennemis cachés derrière des haies ; deux d'entre eux sont tués, l'adjudant Léon Pagnoux et le sergent-chef Dominique Missoffe du R.M.T., le troisième parvient à s'échapper.

A quatre reprises, la D.B. essaie, en vain de rompre la ligne de résistance adverse et le commandement envisage de faire donner l'aviation sur Ancinnes mais, après intervention de Monsieur le Curé Luçon, on renforce, on rallonge le tir et on lance une nouvelle attaque, la cinquième qui, cette fois, réussit ; un fantassin se glisse par le lit d'un ruisseau, affluent de la Semelle, que la route de Bourg-le-Roi franchit par un pont à l'Ouest du carrefour de La Chesnay : il parvient à contourner les deux Panthers en position de défense et à les incendier au bazooka, ce qui provoque l'effondrement de la résistance ennemie. Un autre blindé est détruit non loin de la mairie. Peu avant, une voiture, transportant des munitions est brûlée aux Guilebaudières par un obus tiré des hauteurs du Coudrai. Vers 19 heures, tous les éléments ennemis, à l'exception d'une automitrailleuse en panne dans le bourg, et que les Allemands ont minée mais qui n'a pas explosé, se replient vers la forêt par le chemin de la Louverie.

Peu après, le sous-groupement tactique fait son apparition à l'entrée Ouest du bourg et s'y organise pour la nuit, s'attendant à une contre-attaque au petit jour, qui ne se produira pas.

 

 

LE GÉNÉRAL LECLERC DÉCIDE D'INVESTIR ALENÇON À PARTIR DE SAINT PATERNE

 

C

e chef-lieu de canton sarthois, en fait banlieue du chef-lieu du département de l'Orne recouvre bientôt, lui aussi, sa liberté dans la soirée du vendredi 11 ; les seuls événements marquants de la journée précédente ont été le départ d'un Etat-major ennemi et la destruction d'un char allemand lors d'une attaque aérienne sur la Route Nationale, au point où elle traverse le taillis de Malèfre ; deux hommes ont été carbonisés.

La division de Panzers, rejetée de Champfleur se replie sur Saint-Gilles, petit hameau qui abrite plus de 150 réfugiés ; l'artillerie française envoie, dans la direction de Saint-Paterne, plusieurs volées d'obus, dont un blesse mortellement une jeune fille dans la cour de la ferme de la Cartonnière. A 20 heures 30, un groupe de cinq allemands passe encore dans la bourgade.

A 22 heures, l'avant-garde de "l'armée Leclerc" y arrive à son tour : deux Shermans venant de Champfleur à travers champs et appartenant au 4" escadron du l2° CUIR, sous le commandement du Lieutenant Roger ; à la suite des renseignements recueillis auprès de la population, ce dernier repart à bicyclette vers Champfleur, accompagné de Monsieur Raymond Ciroux, d'Alençon qui s'est offert à le conduire au P.C. du Colonel Noiret. Le reste de l'escadron, toujours guidé par Monsieur Ciroux qui le-précède dans la Jeep du Capitaine Da, rejoint Saint-Gilles où il s'installe pour prendre quelque repos.

Mais dans la nuit, l'ordre d'occuper Alençon immédiatement est donné par le Général, arrivé sur les lieux avec des forces importantes et, à 4 heures du matin, la colonne repart, toujours conduite par Monsieur Ciroux et marche droit sur Alençon par la plaine.

 

 

MOULINS-LE-CARBONEL

 

Ce village a été le cantonnement continuel des troupes allemandes de passage ; un Etat-major de la Luftwatte est demeuré au château du 3 juillet au 11 août au soir. Les Américains sont très proches et à 14 heures leurs Jeeps pénètrent à Moulins-le-Carbonel.

le 12 août après 4 jours de combat la Sarthe est complètement libérée grâce à la participation héroïque de la 2e D.B. du Général Leclerc. L'armée Patton s'est bien battue mais les Français, parmi eux des Sarthois, ont fait l'essentiel en affrontant victorieusement l'armée allemande composée, bien souvent, de troupes S.S. aguerries et bien formées. Ainsi, le cauchemar de plus de quatre années d'occupation nazie est fini dans la Sarthe, mais rien ne saurait faire oublier les morts civils et militaires, les déportations, les souffrances morales de la population.

Il ne m'appartient pas de rendre compte de la suite des évènements hors Sarthe, mais le Général devait dans les jours et les mois qui allaient suivre faire entrer la Division dans l'histoire nationale... Paris, Strasbourg, Berchtesgaden.

 

NOTES :

Ces pages sont extraites d'une série d'articles publiés par la Vie Mancelle et Sarthoise dans les années 1961/1962. Écrites par Jacques Berthelon, Président à l'époque, de l'association de la 2e D.B. et combattant de cette glorieuse épopée.

Il en est de même pour tous les autres articles. Exclusifs, certains autres sont écrits pour ce numéro spécial. Ils constituent un ensemble fait d'histoire et de combats vécus par des soldats ou des résistants. Nous les remercions pour cette participation de la mémoire.

La Vie Mancelle et Sarthoise s'honore d'une initiative et d'un enrichissement ceux du souvenir et des sacrifices de la population sarthoise.