Leclerc au Maroc par Caravane

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

Extrait de Caravane spécial Décembre 1952

LE GÉNÉRAL

LECLERC

AU

MAROC

par le Colonel BERNARD

(Septembre 1943-Avril 1944)

 

 

 

En mai 1943, la campagne de Libération de la Tunisie se termine.

La Force L. (ainsi s'appelait l'ensemble des unités venues du Tchad, renforcées des unités venues d'Egypte (Spahis et Chars), qui étaient sous les ordres du Général Leclerc), y avait pris sa part glorieuse.

Dès mai 1943, le Général Leclerc avait été orienté par le Général de Gaulle sur ce que deviendrait sa Force L. Il savait qu'elle se transformerait en Division blindée.

Mais ce qu'il ne savait pas, c'est où et avec quel matériel et sur quel type (Anglais ou Américain) serait constituée cette Division blindée.

Or, bien que la Force L. ait pris sa part de la campagne de Tunisie, par suite de certains dissentiments entre les Forces Françaises d'A.F.N. et ce que l'on appelait alors les Français libres venus, soit d'Egypte, soit d'A.E.F., tous les Français libres : Division Brosset (1ère D.F.L.) et Force L. (qui s'appelait déjà 2e D.F.L.) furent exilés en Tripolitaine de juin 1943 à septembre 1943.

Car c'était bien un véritable exil que ce stationnement qui fut imposé à ces unités.

La Force L. s'installe, durant cette époque, dans la région de Sabratha (30 à 40 km. à l'Ouest de Tripoli).

Le Général Leclerc était littéralement furieux de cet exil. Avec le Général Koenig et le Général Brosset, ils firent tout leur possible pour s'y opposer. Mais force fut de s'incliner devant l'ordre impératif qu'ils reçurent.

Ce n'était pas seulement ce stationnement sur une terre assez inhospitalière qui navrait le Général, mais c'était bien plus l'éloignement, qui lui était imposé, des grands Etats-Majors où la préparation de la campagne future se discutait et où de nombreux généraux s'arrachaient et quémandaient les Commandements des grandes Unités Françaises qui devaient se constituer en A.F.N.

Il craignait d'être oublié, lui et ses Français libres, sur sa terre d'exil.

Aussi, le Général était-il fort souvent à Alger, et laissa-t-il en permanence, en cette bonne ville, un bureau de liaison chargé de le renseigner sur ce qui se passait et se préparait (Commandant Verdier).

D'A.F.N., durant cette période de juin à sep-septembre, nous arrivaient des éléments français volontaires pour servir sous les ordres de Leclerc, soit civils engagés directement à la 2° D.F.L., soit déserteurs venant des Troupes d'A.F.N. et ayant préféré rejoindre Leclerc (ce qui provoqua certains drames entre Armée d'A.F.N. et Français libres ; drames sans grande importance sur lesquels il vaut mieux ne pas revenir).

 

L'Etat-Major de la Division répartissait ces éléments de façon à constituer l'ossature des nouvelles unités d'une D. B.

Déjà le noyau du Génie divisionnaire et du Bataillon du Génie se formait dès cette époque autour du Commandant Gravier (venu de la 1ère D.F.L.) et du Capitaine Delage, les Artilleurs étaient envoyés au Colonel Crépin qui disposait des quelques batteries d'artillerie en 75 français, venues du Tchad, ou en 25 pouriders que la 8e Armée britannique nous avait cédés au cours de la campagne du Fezzan et de la Tripolitaine-Tunisie.

Les effectifs destinés aux unités de chars se groupaient à la Compagnie de chars du 501' char et ceux destinés à la Reconnaissance, aux éléments du 1" R.M.S.M. (ex-colonne volante aux ordres du Colonel Rémy venue d'Egypte).

Les Bataillons venus du Tchad absorbaient les Fantassins sous les ordres du Colonel Dio, et le Capitaine Lecole recevait les éléments des F.T.A. dans sa Batterie de 40 Bofors.

Alors une fiévreuse activité et une joie profonde se répandirent instantanément dans toutes les unités.

Entre le 20 août et le 15 septembre 1943, toute la 2° D.F.L., qui allait devenir la 2° D.B. fit mouvement, soit par route, soit par voie ferrée vers ses nouveaux bivouacs.

La rejoignirent, en forêt de Temara, les unités constituées qui lui étaient passées en renforcement : R.C.A., Artillerie.

Par contre, le Corps Franc d'Afrique demeura assez longtemps stationné à Djdidjelli où le Colonel Dio,, qui l'avait pris sous sa coupe, eut le difficile travail de l'amalgamer, de le trier pour en tirer les trois Bataillons d'Infanterie portée de la Division.

Dès l'arrivée des premiers éléments de la Division au Maroc, le premier souci du Général Leclerc avait été de créer à Casablanca un organisme de sa Division, auprès de la base américaine, pour activer, autant que possible, surveiller et régler la perception des véhicules et des matériels qui nous étaient destinés.

Ce fut le Colonel Clerc que le Général de Larminat nous avait généreusement passé, lorsque nous étions en Tripolitaine, qui fut chargé de cette importante mission.

Il fallait aller vite, de manière à pouvoir commencer rapidement l'instruction d'ensemble de la Division et de ses groupements tactiques. Le dynamisme du Colonel Clerc sut s'employer à plein pour cette importante mission.

En effet, si le Général avait poussé aussi à fond que possible, l'instruction de base des unités en Tripolitaine, par contre il n'avait pu, faute de matériel, mener cette instruction sur les chars, les armes et les véhicules américains avec lesquels nous allions nous battre.

 

Heureusement, tout fut bien organisé. Des officiers américains nous furent prêtés, qui firent l'instruction des moniteurs français, officiers et sous-officiers des divers Corps et services, et ceux-ci, à leur tour, purent répandre rapidement, dans la Division, la bonne parole sur les beautés des chars Shermann ou légers, sur les moteurs à essence en étoile, sur les moteurs Diesel, sur les mitrailleuses américaines, les half-tracks, les canons Bofors et les camions Broakway. Ce ne fut pas un petit travail.

Quand on pense à cette initiation à un matériel auto et armement entièrement nouveau, on reste frappé de la rapidité avec laquelle le Français sait s'adapter, comprendre et devenir efficace en très peu de temps, lorsqu'il a la flamme au fond du coeur.

Ceci n'a pas été spécial à la Division, mais je crois cependant que dans la 2' D.B. cette initiation a marché et progressé beaucoup plus vite que dans toute autre.

Il est vrai que le Général était partout à la fois.

Logé au bord de la mer dans une petite et charmante villa mise volontairement à sa disposition par son propriétaire, le Général Leclerc, qui dormait souvent fort peu, était levé au petit jour.

Généralement, sa première visite était pour la ville voisine où étaient installés, de la cave jusqu'au grenier, le 1" Bureau, le 4. Bureau, le sous-chef et le chef d'E.-M., le 30 Bureau se trouvant à proximité dans un camion aménagé et le 2e Bureau (Capitaine Alaurent, puis Colonel Repiton-Preneuf) étant si bien camouflé qu'on ne savait jamais où le trouver.

Au petit jour, Chef d'État-major et Chefs de Bureaux prenaient le café - quelquefois, l'on bavardait un peu. Mais la silhouette du Général surgissant dans l'allée du jardin bordée d'une collection de plantes grasses, avait vite fait disparaître les bavards.

 

Et tout le monde filait au travail ; souvent après avoir été interpellé par le Général : Dites-donc, un tel..., où en est la perception de telle chose ? - Qu'avez-vous fait pour le bois des bivouacs ? etc...

Il donnait ainsi simplement, rapidement, mais impérativement, ses directives, pour la journée et filait vers les bivouacs d'unité - où sa présence seule suffisait à doubler l'activité de tous.

Il s'inquiétait beaucoup du sort des hommes qui bivouaquait dans la forêt de Temara ou dans le bled. L'hiver, au Maroc, est assez humide, et il fallait rendre les bivouacs plus sains. Il fallait du bois pour créer des lits de camps ou des planchers isolant les tentes du sol. On se servit du bois de la base de Casablanca et l'E.M. se fit souvent " sonner les côtes " par le Général parce qu'il n'y en avait jamais assez. Son souci du bien-être des hommes était constant - et les hommes de toutes les unités le savaient bien.

L'esprit du Général Leclerc était sans cesse en action pour le seul but qu'il désirait de toute son ardeur de grand Chef : terminer rapidement la mise sur pied de sa Division, pour aller libérer la France. Sa hâte, ses impulsions, quelquefois violentes, dans ce travail ardu, sont la résultante du sentiment, qu'il avait en lui-même, que l'heure n'était pas loin où les Armées alliées iraient débarquer en France.

Il ne savait pas encore ce que l'on ferait de sa Division Blindée.

Irait-elle à l'Armée B dont on parlait ? Serait-elle d'un Corps expéditionnaire français, ou bien serait-elle d'un Corps expéditionnaire américain ?

Le grand désir du Général était que sa D.B. soit transportée en Angleterre pour participer à la libération du Territoire français quand le moment serait venu.

Le Général s'employa à obtenir la réalisation de son grand dessein. Démarches à Alger, prises de contact avec de hautes autorités françaises ou américaines. Tout fut mis en oeuvre.

Il me souvient d'une visite que fit au Q. G. de la Division, M. le Général Vanniei, qui est maintenant Ambassadeur du Canada en France je crois que l'appui de cette haute autorité fut acquise au Général Leclerc pour la réalisation de ce dessein.

 

D'autres visites eurent lieu à la 2° D.B. en formation dans cette région de Temara. En fin 1943, vers Noël, celle du Général Delattre de Tassigny - le futur Commandant de la Armée. Elle n'eut rien de décisif pour le destin de la 2e D.B.

Le Général Delattre de Tassigny revint nous voir, un peu plus tard, et assista à une importante manoeuvre. Mais là non plus aucune décision ne fut prise sur la destination de cette 2° D.B.

Le Général Giraud vint aussi voir cette 2' D.B., en formation, commandée par un si jeune Général, un peu jalousé partout en A.F.N.

Et pourtant la modestie et la simplicité du Général Leclerc étaient grandes. Il avait été nommé Général de Division par le Général de Gaulle, en même temps que le Général Koenig, aussitôt après la campagne de Tunisie. Mais il ne portait au Maroc, en fin 1943, que deux étoiles - de peur de froisser la susceptibilité de généraux d'A.F.N. plus âgés que lui.

Bien qu'ayant à sa disposition une villa entière, il travaillait toujours, quel que soit le temps, dans sa " Caravane " qu'il avait amenée de Tripolitaine et qui stationnait devant sa villa.

Souvent le soir, il retenait à dîner, très simplement, quelques officiers (3 ou 4) des diverses Unités, du Colonel au simple Sous-lieutenant, et quand aucun souci trop grave n'inquiétait son esprit, le Général savait mettre ses hôtes très à l'aise.

Il connaissait ainsi tous les Officiers de sa Division, les voyait fort souvent à l'entraînement de leurs unités et savait les mettre en confiance complète. Mais il exigeait beaucoup d'eux.

Mais revenons à notre matériel américain. L'initiation se faisait rapidement, et les perceptions également.

En deux ou trois mois, la Division s'équipait et dans toutes les unités, maintenant toutes créées ou rassemblées, dans tous les services.

Intendance, Santé, Escadrons de réparations, on apprenait rapidement à utiliser ce matériel, et à l'entretenir.

 

Seul le Colonel Crépin s'arrachait les cheveux, car ses automoteurs M.7, perdus je ne sais où, n'étaient pas livrés. Il fallut, si je me souviens bien, une liaison du Général, lui-même, à Alger, pour résoudre ce problème. On lui dit que ces automoteurs étaient partis, par erreur, pour l'Italie ou la Sardaigne. Finalement le Colonel Crépin put, enfin, distribuer ses canons à ses artilleurs, qui, d'ailleurs, étaient déjà fort bien entraînés à tous les problèmes de tir et qui eurent vite fait le tour complet de leurs M.7. Un seul Régiment, qui devait faire partie de la Division, ne lui avait pas été donné dès septembre 1943. C'était le Régiment de Tank Destroyer.

Finalement, le Général Leclerc accepta de prendre les Fusiliers-marins du Capitaine de corvette Maggiar pour le constituer. Le Général avait une certaine prévention contre la Marine. Il le fit, d'ailleurs, un peu durement sentir à son premier contact avec les cadres de son futur Régiment de Tank Destroyer. Mais la réaction des marins fut excellente. Ils se dirent : " Le Général a l'air de douter de nous, eh bien, nous allons lui montrer ce que nous savons faire " ! et le R.B.F.M. fut rapidement une excellente unité, qui d'ailleurs, perçut ses tanks destroyers très peu de temps avant le départ d'A.F.N. et s'entraîna et se roda en un temps record.

Ainsi donc les perceptions de matériel allaient bon train et tout s'organisait et marchait bien. Grâce au travail intense de tous. C'était lancé et bien lancé.

Mais, où en était la question du personnel ?

A notre arrivée à Temara la Division était loin d'avoir fait le complet de ses effectifs.

Il nous manquait beaucoup de spécialistes (radios, et mécanicien-auto, surtout).

L'A.F.N. faisait un effort de guerre considérable. De très nombreux réservistes européens du Maroc, d'Algérie et de Tunisie, avaient été rappelés et les ressources en hommes devenaient maigres, surtout les ressources en spécialistes, car il fallait bien assurer la vie d'un pays, isolé de la Métropole et devant compter sur ses seuls effectifs en hommes.

L'effort demandé à la population autochtone était à la même mesure.

La 2' D.B. avait perçu les indigènes A.F.N. prévus par ses tableaux d'effectifs.

Où trouver ce qui lui manquait encore en personnel européen ?

Les circonstances voulurent qu'un nombre important de Français, échappés de la Métropole et passés par l'Espagne (où beaucoup avaient d'ailleurs été froidement emprisonnés par les autorités espagnoles), fussent libérés à ce moment. Ces Français étaient tous ardemment désireux de chasser l'Allemand de France. Débarqués à Casablanca, ils furent répartis entre les Divisions en formation en A.F.N.

Chacune de ces Divisions recherchait les spécialistes, à chaque arrivée de bateau. Des officiers recruteurs faisaient la propagande. C'était un peu la foire d'empoigne et cela n'alla pas sans quelques rivalités - c'était très pittoresque, pas très militaire.

Mais tout s'arrangea et les rangs de la 2e D.B. se virent grossir de cet appoint important.

Le Général Leclerc se frottait les mains. Il trouvait, d'ailleurs, qu'il n'y avait jamais assez de personnel nouveau, affecté à sa Division !

C'est ainsi que nous arrivâmes à faire le plein de nos effectifs, et même à constituer les éléments de notre Bataillon de renforts.

De décembre 1943 à avril 1944, la Division s'entraîna, fit des manoeuvres à base de groupements tactiques et devint véritablement un outil prêt au combat, tout en continuant à percevoir ses matériels et à organiser ses unités.

L'effort demandé à tous fut considérable, mais il fut consenti d'un coeur ardent, partout sans exception.

La consécration de ces efforts fut une inspection passée, dans toutes les unités, par un Général américain, dont j'ai oublié le nom, mais qui vint partout voir si nos dotations en matériel, en véhicules, en armement, etc., étaient au complet, et si nous étions capables d'entretenir ces matériels et de nous en servir au combat.

Représentant l'autorité américaine, ce Général pouvait seul dire et écrire : " La 2e Division Blindée française est prête et apte au combat ". Le Général Leclerc attachait une importance capitale à cette inspection, qui fut préparée magistralement et aboutit à une présentation parfaite dans toutes les unités ou services. La présentation des unités de chars fut impressionnante.

Bien entendu le " Bon pour le combat " fut délivré, par ce Général américain, à la 2' D.B. Ainsi la 2' D.B., entre le 15 septembre 1943 et le début d'avril 1944, s'était mise sur pied et avait fait son entraînement.

Mais elle avait fait bien plus encore pendant cette période.

Elle avait pris, depuis le Colonel chevronné jusqu'à l'imberbe 2e classe, l'esprit et l'ardeur de son Chef.

Elle était véritablement, après ces quelques mois, à l'image du Général Leclerc.

Et pourtant, ses éléments venaient de tous les horizons du monde :

- Les uns, Français libres, ralliés à de Gaulle, dès 1940, venaient, après des épopées diverses, ou d'Egypte, ou d'A.E.F. par le Tchad

- D'autres avaient pris leur part de la libération de la Tunisie en venant d'A.O.F. et d'Afrique du Nord ;

- D'autres qui n'avaient pu s'échapper de France, auparavant, avaient seulement connu nos désastres de 1940

- D'autres venaient d'Angleterre ;

- D'autres étaient des Français ou des Indigènes d'A.F.N. qui n'avaient pu encore se battre.

Les uns et les autres n'avaient pas toujours été d'accord sur la mystique à suivre pour la libération de la Patrie.

Ils auraient pu se heurter, ou se méfier les uns des autres.

Rien de tout cela.

Ils bâtirent tous, du même coeur de vrais Français, la 2° D. B.

Et cette réussite, si belle et si grande au moment même où des sentiments, si opposés les uns aux autres, agitaient les Français, est l'oeuvre strictement personnelle du Général Leclerc.

C'est l'ascendant merveilleux de ce grand Chef français, c'est son ardeur et sa volonté de fer devant toutes les difficultés, c'est son grand exemple, - qui se manifestait dans les actes les plus simples, comme dans les décisions les plus graves, - qui firent de ces éléments si disparates, les unités servant la même cause, celle de la France, avec le même coeur que le sien.

La pureté de sa vie, l'épopée qu'il avait déjà vécue de 1940 à 1943 en France, au Cameroun, à Koufra, au Tchad, au Fezzan, en Tripolitaine et en Tunisie, en faisaient déjà, aux yeux des hommes que la défaite avait meurtris, l'espoir de demain, la certitude de la Victoire.

La belle légende du Général Leclerc était déjà, à ce moment, une réalité. Elle apparaissait, en lui, chaque jour.

Nous savions tous que chacun de ses actes, chacune de ses décisions, étaient la résultante de ses méditations, toujours profondes et raisonnées, pour la Libération de la France.

Grâce à ses demandes incessantes, grâce à sa volonté de fer tournée vers ce seul but, le Général Leclerc obtint, du Général de Gaulle, la promesse que sa Division serait dirigée sur l'Angleterre.

Je crois pouvoir dire que ce transport, de l'Afrique du Nord vers l'Angleterre, des quelques trois mille cinq cents véhicules de toutes sortes et des douze mille hommes à la 2' D.B., posait de graves problèmes : il n'était pas initialement prévu dans le plan de transports maritimes du pool allié.

D'autre part, les Américains et les Anglais avaient déjà commencé leurs transports maritimes de concentration sur l'Angleterre, en vue du débarquement ultérieur sur les côtes, françaises de Normandie.

Il fallut donc toute l'insistance de l'Etat-major français d'Alger et du Général de Gaulle, lui-même, à laquelle s'ajoutait la renommée personnelle du Général Leclerc, pour obtenir l'intégration du transport de la 2" D.B. dans le " pool " de transports maritimes alliés.

Je crois, mais j'ignore dans quelles conditions, que l'action personnelle du Général Leclerc fut décisive pour obtenir satisfaction.

Un beau jour du mois de mars, si mes souvenirs sont exacts, le Général Leclerc apprit que la décision était prise, et que sa Division serait embarquée pour l'Angleterre.

Il en fut extrêmement joyeux et satisfait.

Sa Division serait donc Division française isolée et participerait, avec les Divisions anglo-américaines, aux opérations de libération de la France, des côtes Nord-Est de la France vers le coeur du pays. Il pensait déjà à Paris. Il n'avait cessé depuis Koufra, depuis nos désastres de 1940, de penser à Strasbourg.

La voie lui était ouverte.

Nous étions déjà tous récompensés par cette grande décision, qui permettrait, dans quelques mois nous le sentions bien, à la France d'être représentée, dans les opérations de libération de sa partie Nord-Ouest, par la 2e D.B.

Nous savions que nous serions isolés dans une Armée anglo-américaine, mais nous en étions fiers et notre ardeur s'en trouva décuplée. Nous nous sentions capables, sous les ordres de notre Général, de faire tous les sacrifices pour représenter dignement l'Armée française dans les combats futurs.

Nous savions que le Chef qui nous mènerait à la bataille, celui qui avait su forger, en peu de mois, son outil de combat, saurait aussi nous commander et gagner la Victoire. Il en avait déjà donné la preuve.

Une inspection du Général de Gaulle, à la 2° D.B., vint consacrer cette décision.

Le Général de Gaulle parla de sa voix si caractéristique à tous les officiers de la Division, réunis pour la circonstance au Casino de la Place de Temara.

Il faisait confiance au Général Leclerc. Il savait bien qu'il ne serait pas déçu.

Dès la fin du mois de mars 1944, les transports maritimes s'organisèrent.

La majeure partie des véhicules blindés s'embarqua à Casablanca

Le reste des véhicules, et tout le personnel fut dirigé sur le camp d'Assi ben Okba, à 6 ou 7 km. à l'Est d'Oran, où nous opérâmes l'embarquement à destination de l'Angleterre.

Dès le début d'avril, le Général était parti par avion avec un Etat-major restreint pour organiser le stationnement de sa Division en Angleterre. Si mes souvenirs sont exacts, la Division rejoignait le camp d'Assi ben Okba le 9 avril 1944 et le 1er juin les derniers éléments débarquaient à Liverpool. Il avait fallu de nombreux bateaux, de tous genres pour assurer ces transports (L.S.T., cargos, Liberty-ships et paquebots).

La mise sur pied de la 2' D.B. au Maroc a été menée de main de maître par le Général Leclerc.

Elle fut, non seulement, une très belle performance au point de vue matériel, mais elle fut aussi une grande réussite française, d'Union et d'élévation des esprits.

C'est au Maroc que le Général fit de tous les hommes, qu'il commandait et qui étaient venus d'horizons si divers, les " Gars de Leclerc ".

En avril 1944, toute dévouée à son Chef, toute prête aux combats de libération, la 2' D.B. voguait, d'Afrique du Nord en Angleterre, vers le Grand Destin que lui avait préparé le Général Leclerc.