Lettre de Guillebon à Leclerc

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

KOUFRA

 

En janvier 1941, pendant que la France était encore dans la stupeur de la défaite, le Colonel LECLERC décide d'attaquer KOUFRA.

KOUFRA, palmeraie réputée inaccessible, protégée par 800 kilomètres de désert jamais traversés, KOUFRA la forteresse réputée imprenable depuis que GRAZIANI l'avait conquise sur les SENOUSSIS avec trente avions et trois mille hommes de troupe, KOUFRA allait être attaquée par 300 soldats français.

Nous étions précédés par un groupement britannique admirablement équipé, mais nous, les français, nous n'avions que de vieux fusils Lebel et pas d'essence pour le retour.

Le 31 janvier, l'avant-garde britannique se heurte à une Unité ennemie, elle perd son chef et une bonne partie de ses véhicules. Le reste reflue à toute vitesse sur la colonne française en proclamant : " nous rentrons au SOUDAN à travers le désert, c'est terminé pour nous ".

Ainsi nous ne pouvions plus compter sur l'appui britannique ; nous avions perdu l'avantage de la surprise et dans la voiture du Commandant anglais, l'ennemi avait pris nos ordres d'opération.

Dès le départ, l'attaque était pleine de risques, maintenant elle devenait insensée.

Nous étions quatre, assis sur le sable : le Colonel tendu, deux anglais plein d'anxiété, et moi.

J'opinais pour donner l'assaut quand même. Le Colonel LECLERC devait recevoir le Bureau du Général de Gaulle à LONDRES où il avait reçu l'ordre d'attaquer KOUFRA ; il devait penser aux humiliations de la campagne de 40, à tous ceux qu'il fallait venger, à tous ceux qu'il fallait réconforter.

Il a pris le risque, il a choisi d'attaquer.

Nous n'avions que 300 vieux Lebel, nous n'avions pas d'essence pour retraiter en cas d'échec, mais nous avions  pour la France, momentanément vaincue, l'Amour agissant des bonnes jours.

 

Leclerc avait 38 ans et nous avons gagné.

 

Signé : de GUILLEBON